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FAIT DIVERS : Pour épater Jodie Foster…

Publié le 29 juillet 2022

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Le 30 mars 1981, John Hinckley tire six balles sur le président américain. Après quarante et un ans d'internement, il est désormais libre.

Peu après l'attentat, Nancy Reagan était accourue au chevet de son mari à l'hôpital George-Washington. Jugé trop violent, le déséquilibré sera exclu du parti nazi américain !

Le 20 janvier 1981, Ronald Reagan devient le quarantième président des États-Unis. De son passé d'acteur all-American type, sans grands éclats certes, il a conservé le charisme, une confiance en soi quasi infaillible et porte beau ses presque 70 ans. Sa politique de rupture, faisant passer son pays de la redistribution des richesses à l'initiative personnelle, ne lui vaut évidemment pas que des amis, surtout quand il se voit tôt suspecté d'être l'insidieux candidat des riches et des puissants.

De son côté, John Warnock Hinckley Jr, 25 ans à l'époque des faits, ne se préoccupe guère de ces questions sociales. Né dans une famille aisée du Texas et après

des études plus que laborieuses dans les établissements les plus huppés de Dallas, il espère devenir musicien. Seulement, John Hinckley ne brille pas plus à la guitare qu'à l'école. Il tente pourtant l'aventure à Los Angeles et se lance dans une carrière de musicien… vite avortée. Ressassant ses frustrations et ses illusions perdues, il traîne quelques années en Californie, vivant un peu d'expédients et beaucoup de cet argent que ses parents persistent à lui envoyer. Dans son monde à lui, fantasque, il s'invente même des petites amies qui n'existent malheureusement pas. Un paumé, en somme.

En 1976, il a une première révélation en regardant le chef-d'œuvre de Martin Scorsese, Taxi Driver, qui narre les tribulations d'un chauffeur de taxi new-yorkais, Travis Bickle, interprété par un jeune Robert de Niro alors en état de grâce. Travis Bickle est un homme perdu dans une mégapole dont il ignore les us et coutumes. Quand il veut séduire une fille, il l'emmène voir un film pornographique, ne comprenant pas ensuite la très logique fin de non-recevoir de l'objet de ses désirs quant à un possible avenir sentimental. Puis, il s'éprend de la jeune prostituée de 12 ans, incarnée par Jodie Foster qui, à l'époque, n'affiche que deux printemps de plus. Pour l'épater, le « héros » projette d'assassiner un homme politique de premier plan.

La même année, ce long métrage reçoit la Palme d'or à Cannes, avant d'être gratifié de quatre Oscars, dont celui du meilleur film. Une œuvre sulfureuse que John Hinckley voit en salles de manière obsessionnelle, dix, quinze, vingt fois au moins. Dans sa pauvre tête dérangée, non seulement Travis Bickle, c'est lui, mais en plus, Jodie Foster lui est destinée. Pour ajouter à ce désordre psychique, il adhère, en 1978, au parti nazi américain, qui ne renouvelle pas son adhésion en raison de sa trop grande propension à la violence !

En attendant, il submerge la jeune comédienne de dizaines de lettres torrides. Nombre d'actrices hollywoodiennes sont malheureusement la proie de tels harceleurs. Seulement, il arrive parfois que certains amoureux transis puissent passer à l'acte. La preuve en est ce funeste 30 mars 1981.

Quand éclatent les six coups de feu ce 30 mars 1981 à 14 h 27 près de l'hôtel Hilton de Washington où le président vient d'adresser un discours accueilli froidement par le syndicat des ouvriers du bâtiment, trois de ses gardes du corps lui sauvent la vie en s'interposant. Mais une balle atteint par ricochet la poitrine de Ronald Reagan qui est emmené au George Washington Hospital où il sera opéré pendant plus de deux heures. Très digne, l'homme d'État tient toutefois à entrer en marchant dans l'établissement hospitalier. Puis demande au chirurgien qui s'apprête à intervenir : « J'espère au moins que vous êtes républicain ? ». Ce à quoi le praticien lui répond : « Aujourd'hui, Monsieur,

“Après 41 ans, 2 mois et 15 jours, enfin la liberté”, a-t-il twitté.

nous sommes tous républicains. » Le 11 avril, il en ressort, refusant le fauteuil roulant qu'on lui tend : « Je suis entré en marchant, je sortirai en marchant. » Un courage qui lui vaudra des records de popularité.

Et John Hinckley ? Lors du jugement en 1982, pour des raisons psychiatriques, il est jugé non coupable, car pénalement irresponsable. Interné pendant trente-quatre ans à l'hôpital St. Elizabeth de Washington, Hinckley bénéficie toutefois de permissions de sortie pour rendre visite à sa mère. En 2016, il quitte l'établissement psychiatrique mais reste néanmoins sous contrôle médical et judiciaire… jusqu'au 16 juin dernier où, âgé désormais de 67 ans, il a annoncé dans un Tweet : « Après 41 ans, 2 mois et 15 jours, enfin la liberté. »

Nicolas GAUTHIER

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