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Flavie Flament : La médecine vient à son secours

Publié le 12 octobre 2017

Dans un bouleversant documentaire consacré au viol des mineurs, Flavie Flament fait une incroyable révélation.

Le 5 octobre dernier, un article du New York Times accusait le producteur le plus puissant de Hollywood, Harvey Weinstein, d’avoir perpétré des agressions sexuelles envers de nombreuses actrices. Et ce, apprenait-on, depuis plusieurs années…

Ce scandale à l’échelle planétaire a par la suite été confirmé par d’autres femmes qui ont pu libérer leur parole après une longue période d’un mutisme imposé. Si l’on est choqué de découvrir l’impunité avec laquelle ce prédateur a pu agir durant tout ce temps, certains se demandent aujourd’hui pourquoi celles qui ont subi ces viols brisent soudain le silence.

Cette question – parmi bien d’autres –, l’animatrice Flavie Flament se l’est posée bien avant que l’on ne découvre les exactions de cet Américain qui était, il y a quelques semaines encore, à la tête de l’une des plus grandes firmes de l’industrie cinématographique mondiale…

Souvenez-vous, il y a tout juste un an, en octobre 2016, la belle blonde publiait La consolation (éd. JC Lattès). Elle y dévoilait avoir été violée très jeune par un célèbre photographe, dont le nom n’était pas mentionné dans ce livre choc, que l’on a appris plus tard être David Hamilton.

Un photographe connu pour le fameux flou de ses clichés qui mettaient en scène des adolescentes dans des positions érotiques. «J’ai grandi sans souvenir, raconte l’ex-épouse de Benjamin Castaldi dans l’excellent documentaire Mon combat contre l’oubli, réalisé par Karine Dusfour, bientôt diffusé sur France 5. Je me rappelais les séances photo avec David Hamilton, mais uniquement les séances photo.»

Panique

Pourtant, un jour, ces remugles du passé refont surface, sans prévenir.

«À l’âge de 35 ans, une première attaque de panique me terrasse, poursuit-elle. J’ai l’impression de mourir là allongée sur ce banc. Les vannes du passé viennent de s’ouvrir violemment. Plus rien ne va les arrêter.»


Il lui faudra malgré tout du temps, beaucoup de temps, avant de pouvoir faire revenir à la conscience les images horribles, honteuses, sales, vécues lors de cet été de 1987 où la petite fille qu’elle était a perdu toute innocence.

Seulement voilà, du temps, Flavie n’en a plus pour obtenir justice. Car dans le droit français, selon la loi Perben II de 2004, les mineurs victimes de crimes sexuels ne disposent que d’un délai de prescription de vingt ans après leur majorité pour être en mesure de porter plainte contre leurs agresseurs.

Ce qui signifie que, passé 38 ans, une personne agressée durant son enfance ou son adolescence ne peut plus être entendue par les juges et exiger réparation… Cette loi, cette femme marquée à tout jamais, la combat de toute son âme, et veut l’amender.

Début 2017, soit quelques mois après la sortie de son terrible récit (adapté par la réalisatrice Magaly Richard-Serrano pour la télévision et diffusé le 7 novembre sur France 3), Flavie Flament s’est vu confier une mission de consensus et de réflexion sur le viol et le délai de prescription par Laurence Rossignol, secrétaire d’état à la Famille, à l’Enfance et aux Droits de la femme sous le gouvernement de Manuel Valls.

«Je n’ai accepté qu’à une seule condition : que les victimes échangent au cours d’auditions, sous forme de tables rondes, avec des magistrats, des neurologues, des psychiatres et des législateurs. C’est une première», vient-elle de confier dans Télé 7 Jours.

Son but ? Porter ce fameux délai de vingt ans à trente, dans un premier temps, avant d’obtenir qu’il soit purement et simplement supprimé de la loi française, comme il l’est déjà dans d’autres pays comme le Royaume-Uni ou la Suisse, et dans certains états d’Amérique du Nord.

Et pour ce faire, la présentatrice de 43 ans avance un argument de taille, capable de convaincre les législateurs : «Aujourd’hui, les progrès spectaculaires des neurosciences permettent d’explorer au plus près les circuits neuronaux de la mémoire, explique-t-elle encore dans le documentaire de France 5. Comment ai-je pu oublier ? Que sait-on des conséquences d’un psychotraumatisme sur le développement cérébral d’un adolescent ?»

Toxique

Pour le comprendre, cette femme déterminée n’a pas hésité à s’adresser aux professeurs Carole Azuar et Damien Galanaud, spécialistes de l’Institut de la mémoire de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, qui lui ont proposé de se soumettre à une IRM (imagerie par résonance magnétique) afin de déceler d’éventuelles altérations présentes dans son cerveau.

Et le résultat s’est avéré effrayant ! «Le cœur du réacteur s’appelle l’hippocampe, et nous en avons un de chaque côté de la tête, explique Carole Azuar à l’animatrice. Il permet de stocker des informations sous la forme d’un code électrique. Mais ce qui est particulier dans cette zone du cerveau, c’est qu’elle est très sensible à tous les médiateurs de stress, notamment au cortisol que l’on secrète lorsqu’on est très stressé. Quand on a une production anormale de stress, l’hippocampe va être la cible du cortisol qui est donc toxique pour la mémoire.»

Raison pour laquelle beaucoup de victimes ne se souviennent pas de leurs agressions durant de nombreuses années !

Mais il y a pire… En regardant sur l’écran de l’ordinateur l’image du cerveau de leur célèbre patiente, les chercheurs ont fait une terrible découverte : «L’IRM montre que le volume des hippocampes a diminué, preuve d’un marqueur de la souffrance très significatif, rapporte encore le professeur Galanaud. L’espace restant dans la cavité est rempli de liquide céphalorachidien.»

Cette réduction des hippocampes pourrait avoir des conséquences terribles pour cette mère de deux fils, Antoine, 21 ans, et Enzo, 13 ans, puisqu’elle engendre une fragilité accrue envers les affections dégénératives du cerveau, au premier rang desquelles figure la maladie d’Alzheimer.

Cette terrible nouvelle n’a en rien entamé la volonté de Flavie Flament d’aider les victimes de viols à se faire entendre et à voir leurs agresseurs jugés pour leurs actes. Même si, dans son affaire, le présumé coupable a emporté ses secrets dans la tombe, en se donnant la mort le 25 novembre 2016, à 83 ans, celle qui a pu trouver la force de révéler son douloureux calvaire n’est certainement pas près d’abandonner ce combat contre l’oubli…

Clara MARGAUX

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