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Florence Cassez : Vente aux enchères de ses tableaux

Publié le 29 juin 2012

Condamnée à 60 ans de détention pour enlèvements et séquestration, Florence Cassez n’a jamais cessé de clamer son innocence.Condamnée à 60 ans de détention pour enlèvements et séquestration, Florence Cassez n’a jamais cessé de clamer son innocence.

Après un après-midi passé avec Florence, au centre pénitentiaire de Tepepan en février dernier, la journaliste Mélissa Theuriau a organisé pendant trois jours l’exposition d’une soixantaine de tableaux de Florence Cassez.

ExpositionDepuis sa geôle, après avoir donné des cours de français à ses co-détenues, ou créé des bijoux, la Béthunoise de 37 ans participe à un atelier de dessin animé par Ricardo Caballero. Cette activité lui permet à la fois de canaliser son immense énergie et de s’évader de son quotidien carcéral. Appréciant son talent et avec son accord, Mélissa a orchestré une vente aux enchères, le samedi 16 juin à 18 h, à La Galerie, 75 rue du Faubourg Saint-Honoré, à Paris.

Ce matin-là, j’arrive très tôt pour admirer, tranquillement, les œuvres de Florence. Bernard Cassez est seul et attend son épouse. Je me présente et lui rappelle mon interview parue dans France Dimanche, en avril 2010.

Nous échangeons quelques informations, et il évoque son dernier voyage : « Nous avons vu Florence, il y a environ trois semaines. Notre fille va mieux, elle sent qu’elle est entourée et qu’on ne l’oublie pas en France. L’exposition lui remonte le moral. La cour suprême semble se manifester en sa faveur, mais nous attendons toujours sa décision. »

A gauche, Charlotte et Bernard Cassez, Mélissa Theuriau au centre et Me Cornette de St-Cyr © Anita Buttez

En fin de matinée, un taxi s’arrête devant la porte vitrée. Mélissa, Jamel et Léon, leur fils de 3 ans et demi, entrent et sont accueillis par Charlotte et Bernard. Ils embrassent le garçonnet, et Charlotte s’agenouille près de l’enfant et le remercie : « Tu parles à Florence au téléphone, elle nous a beaucoup parlé de toi. » Puis, juste avant que sa petite famille ne s’engouffre dans un taxi, Jamel Debbouze lance une promesse sur le seuil de la porte : « Moi aussi j’ai envoyé des invitations, vous verrez… A toute à l’heure ! »

Quelques heures plus tard, Mélissa et Jamel ont changé de tenues et reviennent sans Léon. Mélissa vérifie les commentaires de Florence affichés sous chaque cadre. Je profite d’un peu de calme pour recueillir ses impressions : « N’importe qui aurait pu tomber dans ce piège, comme Florence. A l’époque où je voyageais beaucoup, ce drame aurait pu aussi m’arriver. J’aimerais qu’on s’intéresse à son histoire. Après tant d’espoirs déçus, elle est toujours debout ! Son courage, sa répartie et son humour m’ont beaucoup touché. Elle n’est pas concentrée sur elle-même, elle se bat aussi pour les autres femmes prisonnières. Je l’admire beaucoup. »

Anita Buttez avec le généreux Alain Delon © Jean-Ralph Adiba

Il est 16 heures, quand le Président de la République, qui avait reçu Charlotte et Bernard Cassez à l’Elysée le 13 juin dernier, se présente à la galerie, et découvre les toiles de Florence. Il est suivi de sa compagne Valérie Trierweiler qui embrasse chaleureusement Mélissa. Désormais, les époux Cassez sont rassurés, ils savent qu’ils peuvent compter sur le soutien du nouveau gouvernement. Après quelques informations glanées auprès de Mélissa et de Charlotte, François Hollande s’avance vers moi et me serre la main, puis c’est le tour de Valérie qui me déclare : « Enchantée de vous rencontrer ». En dernier lieu, le chef de l’Etat s’adresse à l’assemblée avec un large sourire : « Vous êtes tous invités à l’Elysée… pour boire un café. » La courte visite du couple présidentiel aura duré environ une demi-heure. Mais, juste avant leur départ, les flashs des photographes redoublent à l’apparition de Monsieur Alain Delon. Réfugié en face, à l’hôtel Bristol, le célèbre acteur attendait discrètement le début de la vente.

En décembre 2011, il était le premier artiste à défendre officiellement Florence Cassez, lors d’une cérémonie Miss France… Quelques semaines plus tôt, elle et ses co-détenues reçoivent la visite ordinaire d’un proche de l’Ambassadeur de France au Mexique. Or, ce dernier l’informe qu’il doit prendre un avion pour Acapulco, afin de remettre un prix à Alain Delon et Sofia Loren lors d’un festival du cinéma. Très réactive, Florence lui demande d’attendre un instant, et déchire une page de son carnet pour écrire un mot à Alain Delon. C’est en rentrant plus tard à son hôtel, que l’acteur découvre la lettre et son auteur. Il rappelle l’ambassade aussitôt et demande que l’on transmette son numéro à celle qu’il qualifie de « femme exceptionnelle ». Comme elle ne reçoit aucun appel, c’est Florence qui lui téléphone régulièrement. C’est ainsi qu’une belle et profonde amitié, s’est nouée entre les deux signes astrologiques du Scorpion.

A l’étage de la galerie, Jamel s’apprête à répondre à mes questions, mais se ravise d’un seul coup, et me demande : « S’il vous plait, pourrait-on reprendre notre conversation après le départ de François Hollande ? » Nous nous dirigeons jusqu’à la fenêtre, et sans aucune hésitation, Jamel lève la main pour le saluer, en s’écriant : « Hollande Président ! » Sur le point d’entrer dans son véhicule, le chef de l’Etat lève la tête, et d’un large sourire répond à son geste. « C’est incroyable, le Président Hollande s’est déplacé, me dit Jamel encore sous le choc. Je suis très fier de Mélissa, c’est elle qui a tout coordonné. L’histoire de Florence est d’une injustice évidente ! »

Pierre Cornette de Saint-Cyr met en vente aux enchères ce premier tableau de Florence Cassez intitulé "N° 45 Morenita" © Anita Buttez

La salle commence à se remplir, mais l’humoriste attend quelques amis retardataires. Frank Berton, l’avocat français de Florence, et l’arrivée de Maître Pierre Cornette de Saint-Cyr annonce le début des enchères. Seulement, Omar Sy n’est toujours pas arrivé, et Alain Delon, qui a déjà repéré une aquarelle aux tons orangés, s’impatiente parce qu’il doit repartir le soir même à Genève. Soudain, une grande silhouette coiffée d’une casquette, traverse la pièce bondée, on entend la voix de Jamel : « Que personne le touche ! », c’est bien sûr Omar, le désormais célèbre Intouchable…

La vente débute dans un immense éclat de rires. Le premier tableau peint par Florence « Morenita », est présenté par Mélissa et sera adjugé à 1 500 euros. Ensuite, le commissaire-priseur lance un regard à Monsieur Delon : « Florence a indiqué que « L’arbre noir » était le symbole de la force, de la vie, est noir, en dépression, fatigué, mort… Qui commence ? Alain, l’enchère démarre à 300 Euros… Alors, vous dites ? » « Je n’ai rien dit, pourquoi moi ? On n’est pas au cinéma Cornette ! » répond l’acteur et producteur de Borsalino. Légèrement distant, il attend… 500, 1 000, 2 000, le prix grimpe en flèche, car Jamel apprécie lui aussi l’aquarelle. Elle sera finalement adjugée à Alain Delon pour 5 000 €. L’humoriste se rattrape en emportant Solitude, une peinture à l’huile, représentant une petite maison bien cachée, pour 1 000 Euros…

Pour soutenir sa femme, dont il est très fier, Jamel a envoyé quelques SMS à ses amis. Franck Dubosc est à ma gauche, et Omar à ma droite. J’entends Jamel derrière moi, qui s’adresse à Maître Cornette : « Dis, Monsieur de Fursac, tu pourrais commencer tes enchères à 100 Euros ? Ici, il n’y a pas que des stars, il y a aussi des smicards ! » L’élégant Pierre Cornette de Saint-Cyr ne peut retenir un fou rire retentissant. Quand les affaires reprennent, plusieurs personnes se disputent le Glacier ardent. Soudain, une femme brune en conversation téléphonique persiste et se montre très généreuse. Omar lance : « 2 000 Euros ! Et, là, il dit quoi le téléphone ? » L’assemblée est hilare et l’ambiance bon enfant. C’est l’invité mystère qui obtiendra pour 3 300 euros, l’huile sur papier toilé, et l’œuvre préférée de François Hollande.

Notre reporter en compagnie de Jamel Debbouze © Jean-Ralph Adiba

Le Mensonge représentant un visage très coloré, a été acheté par Omar et Franck Dubosc. La dernière peinture proposée à la vente représente un oiseau que Florence a intitulé Les Ailes immobiles. Adjugé à Jamel pour 2 000 Euros, le célèbre comique a la délicatesse de l’offrir à Bernard Cassez, parce qu’il sait que cette œuvre est l’une de ses préférées. Mais, le papa de Florence, dont les yeux brillent, n’est pas au bout de ses émotions. Son téléphone sonne, et l’écran indique qu’il s’agit de sa fille. On demande le silence autour de moi et sur le haut-parleur, je reconnais la voix de Florence : « Je vous remercie tous, pour votre présence et votre magnifique soutien. Je suis très émue, c’est un grand jour pour moi. Merci à Mélissa pour l’organisation de cette vente. La fin est proche. Je vous embrasse. »

Les bénéfices de cette vente, seront reversés à l’Association Florence innocente, et bien qu’elle soit terminée, la galerie ne se vide pas. Monsieur Delon a disparu, mais Valérie Damidot accompagnée de son fiancé Régis, m’explique : « Il existe beaucoup trop de zones d’ombres dans son dossier. Son arrestation a été « fictionnée », c’était de la pure télé-réalité ! Je ne prends jamais l’avion. Alors, je lui achète ses tableaux. » Franck Dubosc ajoute : « La seule vérité, c’est qu’elle n’est pas coupable. Surtout pas de ce qu’on lui inflige là-bas. » Même si Sonia Rolland est arrivée un peu plus tard, je remarque son intérêt et sa curiosité pour le travail de Florence. La soirée est déjà bien entamée, quand Jamel revient près de Bernard et lui dit confiant : « Par expérience, quand les gens restent encore après, c’est bon signe ! »

Elle a raconté sa terrible épreuve dans un livre aux éditions Michel Lafon

Ce fut une journée bouleversante et très animée. En moins d’une heure, j’ai rarement serré autant de mains de stars… Il me faudra attendre le lendemain, avant de connaître l’identité de l’invité mystère. Il s’agit de Marion Cotillard, qui retenue aux Etats-Unis, a quand même participé à ce bel élan de solidarité. Depuis sa visite en avril dernier à Tepepan, l’actrice oscarisée est restée en contact avec la jeune femme. Et, à l’instar de Monsieur Alain Delon, une belle histoire d’amitié est née…

Courage Florence Cassez, vos amis et beaucoup d’autres personnes anonymes, ne vous oublient pas.

Pour adhérer au comité de soutien ou envoyer vos dons : http://site.cassez.net/

Anita Buttez

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