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Francine Distel : Le rêve de Sacha qui la hante

Publié le 18 juillet 2014

Dix ans après la disparition de Sacha Distel, sa femme et ses fils vont ressusciter le compositeur de � “La belle vie” �en musique. Une parenthèse de bonheur dans l’océan de souffrance où surnage Francine.

Francine Distel et son fils aîné Laurent ont reçu France Dimanche dans leur maison de famille à Rayol-Canadel-sur-Mer dans le Var, où Sacha Distel s’est éteint, le 22 juillet 2004. Il y a déjà dix ans que le compositeur de La belle vie repose dans la crypte de la propriété, baptisée Thalassa, face aux îles du Levant et de Port-Cros.

Francine 1 DistelFrance Dimanche (F.D.) : En 2009, lors de notre dernière interview, la solitude vous pesait. Comment allez-vous, Francine ?

Francine Distel (F.Distel) : J’essaie de m’habituer. Je considère que je suis très gâtée par la vie. Mais je dois me bagarrer seule, car comme tout le monde, j’ai vécu des drames, et perdu tant d’amis. Je suis une sportive, donc je ne me laisse pas abattre. Et si j’ai une baisse de moral, je me dis : « Mais de quoi tu te plains ! »

Francine 2 DistelF.D. : Ancienne championne de ski vous avez conservé une formidable énergie…

F.Distel : Cette année, j’ai fêté mes 80 ans à Megève et organisé un slalom géant pour mon anniversaire. J’en suis assez fière. Comme je suis née le 7 juin, et qu’il n’y a plus de neige à cette date, je l’ai planifié le week-end du 8 mars, au Mont d’Arbois, avec l’école de ski. J’ai réuni trente amis skieurs, mes deux fils Laurent et Julien, et mes petits-enfants. Je porte la croix de Savoie stylisée en or, que mes invités et mes fils m’ont offerte. Laurent et Julien ont fait graver «On t’aime ». J’ai perdu celle que Sacha m’avait achetée pour nos 35 ans de mariage. Je songeais à cette course depuis deux ans, mais j’ai connu quelques problèmes de santé.

Francine 3 DistelF.D. : Que vous est-il arrivé ?

F.Distel : J’ai subi une opération du dos. Mes jambes étaient paralysées car mon canal médullaire se fermait. En août 2010, un ami vertébrothérapeute à Sallanches m’a prescrit une IRM. C’est le chirurgien qui m’a annoncé que je risquais la paralysie. J’avais ressenti des décharges électriques dans le dos, mais je secouais la jambe et je repartais. L’intervention a eu lieu à la clinique d’Argonay, près d’Annecy. Pour éviter au canal de se rétrécir, on m’a placé une plaque de 20 cm avec 4 vis sur les vertèbres. Huit jours après, je rentrais au chalet à Megève, et là, j’ai commencé à souffrir, au point de vouloir me jeter par la fenêtre. Sans sommeil, je devenais folle. J’avais l’impression de porter 50 kg sur le bas du dos. Intolérante à la morphine injectable, rien ne pouvait me soulager. Ne tenant plus, j’ai téléphoné à une amie anesthésiste, qui m’en a envoyé sous forme d’ampoules. J’ai commencé par 10 gouttes, diminué la dose chaque jour, et j’ai pu enfin dormir, malgré les nausées. Cette expérience m’a appris que la douleur physique dévorait toute notre énergie, c’est épouvantable. De retour à Paris, j’ai eu une sciatique qui a duré un an et demi. J’ai dû me rééduquer seule. En novembre, pendant son absence, mon ami et voisin Daniel Filipacchi a accepté que je nage dans la piscine de son chalet. J’ai découvert la fasciathérapie, une méthode de massages doux des fascias, qui m’a vraiment soulagée. Aujourd’hui, je me fatigue plus vite, mais dès que je suis sur les skis, je n’ai mal nulle part.

Francine 5 DistelF.D. : Après quarante-deux ans de mariage, avez-vous songé à refaire votre vie ?

F.Distel : Jamais. Depuis la mort de Sacha, je n’ai rêvé que deux fois de lui. Dans le premier songe, je l’ai vu à un coin de rue, il était accompagné de Maritie Carpentier, une grande amie disparue. Le second est troublant, nous étions ici, dans l’allée qui va au court de tennis, on se promenait ensemble, et je lui disais : « Tu es vivant, quel bonheur ! Mais, comment allons nous l’expliquer aux gens ? » C’était d’une acuité absolument incroyable ! Alors non, aucun autre homme ne me plaît. Certains ont essayé… En vieillissant, certains se penchent sur leur passé. Moi, je me projette toujours vers l’avenir. C’est le seul moyen de survivre. Je viens de passer deux mois à Paris, et j’hésitais à vendre la maison du XVIe arrondissement. Sacha l’avait acquise, juste avant notre rencontre, avec les cachets de sa première tournée. Tous les matins je me demandais comment j’allais vider cette demeure de trois étages. Dans ces cas-là, je fais appel à mon ange gardien. Il s’appelle Hekamiah, en hébreu. Bien que non pratiquante, je suis très croyante. Alors, j’invoque le ciel, et demande de l’aide. Cette semaine-là, je n’ai eu que des ennuis : la serrure de la porte d’entrée qui ne fermait pas, le garagiste qui m’a escroquée, et les grèves ! J’ai compris les signes, et j’ai remercié Hekamiah. C’était clair, je ne voulais plus être propriétaire à Paris. Tout partira aux enchères, les meubles, les collections d’antiquités appartenant à Andrée, la mère de Sacha. Ensuite, j’ai pensé à la proposition de la femme de mon père, qu’il avait épousée à Tahiti. Elle vit en Polynésie, et possède un appartement parisien, qu’elle occupe quelques semaines par an. Ainsi, je pourrai utiliser l’une de ses chambres… Une amie me dit souvent que je suis une bonne sorcière. Dès que je quitte une des maisons, je la protège en l’imaginant dans une bulle de brouillard pour la rendre invisible, et je l’entoure d’un petit fil doré. Tous les soirs, je fais une prière à mon ange et à Dieu, pour protéger les gens que j’aime. Ce sont mes rituels. Voici Laurent… C’est fantastique de sa part d’avoir changé de métier à 40 ans. N’est-ce pas ?

Francine 4 DistelF.D. : Bonjour Laurent, vous gérez depuis huit ans Prosadis, la société d’édition de votre père ?

Laurent Distel : Oui, et j’ai tout appris en autodidacte, puisque j’étais dans le sport automobile. Sacha était éditeur de la plupart de ses chansons originales, dont La belle vie et The Good Life. Il était très organisé, ce qui m’a facilité le travail. Le deuxième coffret de DVD Sacha Show devrait sortir à Noël. En ce moment, nous rééditons une vingtaine d’albums remastérisés. J’ai créé une nouvelle rubrique sur le site ­sachadistel.com, qui permet de poster un message. Sacha adorait Rayol et la municipalité tenait à lui rendre hommage. Toute la famille sera réunie lors d’un concert le 22 juillet à 21 heures devant les jardins de la mairie. J’ai invité cinq des musiciens de sa troupe des Collégiens, dont son ami Raymond Gimenès, son chef d’orchestre et arrangeur. Il y aura des duos, avec la chanteuse de jazz Charlotte Perrin.

Anita Buttez

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