France Dimanche > Actualités > Francis Cabrel : Il ne porte pas Hugues Aufray dans son cœur !

Actualités

Francis Cabrel : Il ne porte pas Hugues Aufray dans son cœur !

Publié le 24 juin 2015

Le chanteur d’Astaffort, Francis Cabrel voue un véritable � culte � à Bob Dylan qu’il n’a jamais pu approcher, contrairement à Hugues Aufray, ami de l’icône de la musique folk depuis les années 60.

Il a beau être un chanteur reconnu et adulé, depuis ses débuts en 1977, Francis Cabrel se sent tout petit devant son idole absolue, Bob Dylan, dont il est le plus humble des fans. Il possède tous ses disques et va à tous ses concerts. Un amour qui explique sa jalousie sans bornes envers Hugues Aufray qui, lui, a eu la chance de compter au nombre des intimes de l’artiste américain.

Car le chanteur d’Astaffort ne ressemble pas vraiment à l’image du gentil garçon que nous avons de lui. C’est l’une des révélations faites par Alain Wodrascka, dans sa biographie non autorisée, Cabrel, les chemins de traverse, parue aux éditions de l’Archipel. Un livre qui évoque les « rendez-vous manqués » entre les deux admirateurs de l’interprète de Lay Lady Lay…

Outre l’amitié entre Hugues Aufray et Dylan, il envie aussi son rival pour avoir, le premier, fait découvrir en France l’artiste d’outre-Atlantique, grâce à une adaptation très réussie de ses toutes premières chansons dès 1964-1965.

À 15 ans, en 1968, Cabrel a un coup de cœur pour Dylan en entendant Like a Rolling Stone sur un 45 tours d’importation. Fasciné par ce son unique allié à des paroles qui « ont un sens », il a dû patienter jusqu’en 2012 avant de se risquer à proposer ses propres adaptations du poète américain, dans l’album Vise le ciel, qui n’obtiendra qu’un succès d’estime.

Les deux interprètes férus de chansons engagées se sont souvent croisés, et alors qu’Hugues Aufray a toujours tenté de devenir l’ami du Gascon, Francis Cabrel n’a jamais répondu à ses appels, s’abritant derrière sa légendaire timidité.

En revanche, le courant est toujours bien passé entre Dick Rivers et Francis. Le rocker a expliqué à Alain Wodrascka ce qui a soudé leur amitié. Ils se sont rencontrés à la Sacem en 1979, alors que Francis Cabrel recevait le prix de l’Unac pour Je rêve, une chanson que l’ex-Chat sauvage appréciait beaucoup.

Cette « complicité musicale » est à la base de leur entente, mais aussi le fait que la femme de Dick est originaire du Sud-Ouest. Ils ont une propriété à Pompignan et des amis en commun, les frères Seff (découvreurs chez CBS de Cabrel). « On a des goûts semblables mais, bien sûr, on n’est pas d’accord sur tout, a déclaré Dick à l’auteur.

Par exemple, Bob Dylan, que je connais, et que Francis rêverait de rencontrer, éveille chez lui une passion illimitée, et ce n’est pas mon cas. J’apprécie l’auteur-compositeur […], mais ses qualités d’interprète ne m’enthousiasment guère. »

Guerre

De son côté, Hugues Aufray est conscient de la jalousie de Cabrel envers lui, et raconte : « En 1984, quand Bob Dylan se produisait au parc de Sceaux, il m’avait invité à chanter avec lui ma version de The Times They Are a-Changin […] Comme nous marchions tous deux, lui, encerclé de ses musiciens et moi, seul à ses côtés, j’ai aperçu dans la foule Francis Cabrel ! Il devait en avoir gros sur le cœur en me voyant passer avec Dylan, lui qui n’a malheureusement jamais pu le rencontrer ! »

La guerre s’est poursuivie, dans les années 80, par musicien interposé : Cabrel a débauché le guitariste Georges Augier de Moussac qui jouait pour son aîné, avant de le remercier cinq ans plus tard. Hugues fut alors ravi de retrouver son musicien, avec qui il travaille encore aujourd’hui. « Et non seulement Hugues m’a hébergé chez lui pendant trois ou quatre mois avec femme et enfant, mais il m’a acheté un ampli », a déclaré le guitariste à l’auteur.

L’artiste célèbre pour ses vestes à franges aura pourtant tout tenté pour se rapprocher de Cabrel : « Pour établir un lien avec lui, se souvient Hugues Aufray, j’ai demandé à Georges Augier de lui offrir mon album Transatlantic, mais il n’a fait aucun geste à mon égard et ne m’a pas adressé le moindre remerciement… » Lorsqu’il est allé voir le chanteur d’Astaffort en concert, c’est à peine si celui-ci lui a serré la main en coulisses, préférant discuter avec Renaud.

Il a fallu qu’Hugues propose à Francis, en 2009, de participer à son album New Yorker, consacré à des reprises en français des chansons de Dylan, pour apaiser leur relation.

« Il s’est montré appliqué et très gentil. Ensuite, on a même chanté en duo dans Vivement dimanche de Drucker où il a fait preuve à mon égard du plus grand respect […] J’aurais bien aimé découvrir la maison de Francis Cabrel, goûter son vin, tout comme j’aurais souhaité l’accueillir chez moi et lui montrer mes sculptures. Mais qui sait ? Cela se produira peut-être un jour. »

Dominique Préhu

À découvrir