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Francis Huster : "Je suis fou amoureux de mes filles !"

Publié le 30 juillet 2020

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Francis Huster remonte sur scène dès le 3 août à Sisteron. L'occasion de faire le point sur sa riche carrière et... sur les femmes de sa vie. Entretien exclusif.

Alors que de nombreux festivals ont été annulés, la 65e  édition des Nuits de la Citadelle aura bien lieu cet été à Sisteron, et c'est Francis Huster qui ouvrira le bal le lundi 3 août dans un décor new-yorkais avec Bronx, un chef-d'œuvre autobiographique de Chazz Palminteri. Du mafieux au jeune homme amoureux, en passant par le père inquiet, le comédien polyvalent de 72 ans endossera dix-huit rôles dans cette pièce racontant « l'histoire de gens ordinaires rêvant d'une vie extraordinaire », explique Steve Suissa, le metteur en scène. Entre deux répétitions, Francis Huster a accepté de nous rencontrer et de se livrer à nous, en toute intimité, sur sa rencontre et sa relation fusionnelle avec Steve Suissa, la blessure qui a changé son destin, le secret de son enfance, ses regrets, son amour pour les femmes, et surtout pour ses filles adorées.


France Dimanche : Vous remontez bientôt sur les planches avec Bronx qui a cartonné à Paris pendant des mois… Parlez-nous de cette pièce.

Francis Huster : Le thème principal de Bronx, c'est la transmission. Cette pièce me bouleverse car elle raconte un destin hors du commun, celle d'un gamin de 9 ans qui voit un parrain de la mafia assassiner un type dans la rue et ne le dénonce pas. Et quand il a 18 ans, il doit choisir entre devenir un parrain comme Al Pacino ou bien redevenir quelqu'un dans la vraie vie…

FD : Vous y interprétez dix-huit personnages. Qu'est-ce qui vous permet de passer aussi facilement de l'un à l'autre et quel est votre secret pour avoir autant de mémoire ?

FH : Il existe trois types de mémoire : la mémoire visuelle, la mémoire auditive et une troisième, invincible, c'est la mémoire collée aux sentiments, et c'est celle que j'ai ! Je choque le texte avec un sentiment et lorsque tu cimentes les sentiments entre eux comme une brochette, c'est fini, tu ne peux pas te tromper ! Le texte est dans la main droite et le sentiment dans la main gauche ! Par ailleurs, je suis comme un pianiste avec son piano, je ne suis que le piano ! C'est Steve Suissa qui me permet d'interpréter tous ces personnages. C'est un vrai chef d'orchestre ! Je ne doute pas de son talent et c'est pour cela que depuis dix ans je travaille avec lui.

FD : Justement, racontez-nous votre rencontre avec Steve Suissa…

FH : C'était en 1989. Il était venu passer une audition au cours Florent et pendant qu'il jouait sa scène, nous nous sommes mis à parler avec le jury pour le distraire. Steve a considéré que c'était un manque de respect, il a alors sorti un revolver chargé de sa poche et a tiré deux balles dans le sol. Choqués, nous l'avons mis dehors. Mais cinq jours plus tard, je l'ai rappelé pour lui dire qu'il était accepté. En le voyant sur scène avec son flingue, j'ai eu l'impression d'être face à un homme qui jouait sa vie à chaque instant. J'ai senti une vraie personnalité, une présence, et en même temps un côté très fragile et surtout très vrai. Je me suis dit qu'être dirigé sur scène par ce personnage-là, j'obtiendrais certainement la même vérité.

FD : Vous aviez dit un jour que Steve et vous fonctionnez un peu comme un couple…

FH : Oui, je confirme, dans le sens où dans un couple, ce sont deux individus dont la dignité est de rester chacun lui-même. Chacun a sa personnalité, qui s'exprime d'autant plus à 100 % qu'en face, il y a une personnalité différente et contradictoire. Il ne faut surtout pas que l'on se ressemble ! Moi, je suis juif ashkénaze, et lui, juif séfarade, et c'est pour cela que ça fonctionne ! [rires] Chacun cherche à élever chez l'autre sa différence. L'attitude qui lui ressemble le plus, c'est « tout, tout de suite, ici et maintenant », alors que moi, je suis toujours dans le retrait, dans le questionnement. Il y a une opposition totale entre nous. C'est comme Alfred Hitchcock et Cary Grant, mais quel couple formidable !

FD : Fils d'un directeur des voitures Lancia et de Suzette Cwajbaum qui tenait un atelier de couture, vous n'êtes pas issu du monde du spectacle. Rêviez-vous malgré tout de devenir acteur ?

FH : Absolument pas ! Une partie de ma famille était dans la médecine. Je devais être chirurgien ! C'est le destin qui a fait que je suis devenu acteur. J'ai eu une blessure et je ne pouvais plus aller au sport avec mes camarades de lycée, donc j'ai suivi des cours de théâtre. Mon oncle me disait que ça me donnerait plus d'assurance quand j'aurais à annoncer aux malades qu'ils étaient atteints d'un cancer ! Du coup, ça m'en a tellement donné que j'y suis resté !

FD : C'est aussi votre grand-mère qui vous a influencé car elle vous emmenait en cachette au cinéma…

FH : Absolument ! Elle était russe et on l'appelait Rosa. Elle avait un caractère très prononcé, une personnalité incroyable à la Marlene Dietrich ! Une vraie star. Elle rayonnait quand elle arrivait quelque part. Elle parlait et riait plus fort que tout le monde. Elle adorait le cinéma et vivait dans un monde de rêves, mais sa vie a été brisée car mon grand-père a fini à Auschwitz ! Elle m'emmenait avec elle en cachette au cinéma car mon père voulait absolument que je devienne médecin, et il aurait été fou de rage s'il avait appris cela ! D'ailleurs, lorsque j'ai été pris au Conservatoire, il m'a donné une paire de gifles et ne m'a plus parlé pendant quatre ans ! C'est seulement lorsqu'il a su que j'étais engagé à la Comédie-Française qu'il a compris que c'était sérieux…

FD : Vous êtes aussi le père de deux jeunes filles, Elisa, 22 ans, et Toscane, 17 ans, nées de votre relation avec Cristiana Reali. Quel genre de papa êtes-vous ?

FH : Je suis un papa complètement fou amoureux de ses filles ! Elles sont très différentes, je pense que l'une prendra le chemin artistique et l'autre, scientifique. Elles feront en tout cas un métier qui les amène à construire quelque chose pour les autres. Mes filles représentent le trésor de ma vie. Et elles sont très belles… mais ça, c'est grâce à leur mère !

FD : Vous avez dit dans la presse que vous tombiez amoureux de toutes les filles avec lesquelles vous tournez. Vous confirmez ?

FH : Oui, c'est vrai. Mais dans Bronx, je suis dans un monologue, donc je ne peux pas tomber amoureux ! Je pense que Steve Suissa l'a fait exprès !

FD : Est-il vrai qu'au cours de votre vie, vous avez fait cinq demandes en mariage ?

FH : En effet ! Ma mère et la mère de mes enfants resteront les femmes de ma vie pour toujours… Mais il est vrai que j'aime les femmes.

FD : Et si vous deviez choisir entre les planches et les femmes ?

FH : Je choisirais le théâtre car c'est là que je suis moi-même ! Dans la vie privée, je suis quelqu'un de très secret, alors que sur scène, je suis plus ouvert ! Ma vie, c'est la scène. Quand je ne joue pas, je ne vis pas ! Mais je dois tout mon métier aux femmes, que ce soit mes partenaires ou celles qui m'ont fait débuter à l'écran… Et puis les femmes sont tellement plus vraies que les hommes, elles disent plus ouvertement ce qu'elles pensent ; elles sont tellement sensibles que je ne peux pas me passer d'elles ! Cependant, paradoxalement, un homme comme Steve Suissa, c'est quelqu'un sur qui je peux compter, car je sais qu'il comprend chez moi ce qu'il y a de féminin. Un acteur doit absolument être à la fois masculin et féminin : masculin dans sa façon d'être sur scène, et féminin car s'il ne craque pas et ne pleure pas, ce n'est pas un grand acteur !

FD : Quel est votre rapport à Dieu ?

FH : Je dis toujours que Shakespeare est mon dieu car ma religion est le travail. Certains consacrent du temps, chaque jour, à la religion, car elle leur permet de se purifier et de ne pas tomber dans des moments de violence. Moi, c'est le contraire. Je suis obligé d'être continuellement dans la déchirure, donc je ne peux pas trouver dans un acte religieux le moyen de me rééquilibrer, car il ne faut pas que je sois rééquilibré ! Je reste aveugle et sourd. Je ne peux pas être paisible et, quelques instants après, interpréter ce que je dois interpréter. Il faut que je reste dans une folie continuelle, donc je suis toujours au bord d'un précipice, sur un fil rouge. Je ne pense pas que les artistes puissent jouer le double jeu de se restructurer : c'est impossible, ça serait un mensonge !

Vanessa ATTALI

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