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Francis Lai : il était le compositeur de l’amour !

Publié le 19 novembre 2018

Avec 100 musiques de films et plus de 600 chansons, Francis Lai faisait partie de notre patrimoine culturel…

«C’était l’homme de ma vie », a salué Claude Lelouch, inconsolable d’avoir perdu son compositeur attitré, Francis Lai, décédé le 7 novembre à l’âge de 86 ans, à Nice, sa ville natale. « Nous avons fait 35 films ensemble, confie le cinéaste dans un hommage publié sur les réseaux sociaux. Nous avons vécu une grande histoire d’amour qui a duré plus de cinquante ans. Francis reste pour moi le plus grand mélodiste français. » Un musicien de génie qui a « fait battre le cœur » de Vivre pour vivre, Un homme qui me plaît, La vie, l’amour, la mort, Le voyou, L’aventure, c’est l’aventure ou Itinéraire d’un enfant gâté. Et surtout, Un homme et une femme, le plus célèbre long-métrage de Lelouch, Palme d’or à Cannes en 1966, dans lequel il rendait hommage au scat, une forme de jazz vocal popularisé par Louis Armstrong, utilisant des onomatopées en guise de paroles.


Son fameux « Badabadabada » chanté par Nicole Croisille et Pierre Barouh, sur lequel Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant s’étreignent avec passion, devient culte. L’air sera repris près de 200 fois et se transformera au fil du temps en
« Chabada-bada », puis en « Dabadabada », au grand désespoir des puristes.
« Francis était la première personne à qui je racontais mes films, se souvient Lelouch, puisque j’ai toujours enregistré la musique de mes films avant le tournage. » Les deux hommes font connaissance en 1965, grâce à un ami commun, Pierre Barouh, qui a écrit les paroles de la chanson phare d’Un homme et une femme. Ils deviennent rapidement inséparables.


Claude Lelouch et Francis Lai

Grâce à ce succès, Francis Lai est réclamé à Hollywood, mais il refuse d’abord toutes les offres, ayant la phobie de l’avion. Qu’à cela ne tienne, la Paramount, qui lui a confié la bande originale du film d’Arthur Hiller, Love Story, lui fait livrer une copie 35 mm à Nice pour qu’il se mette au travail sur-le-champ. Le résultat est saisissant. Cette histoire d’amour tragique est sublimée par Francis Lai. Les spectateurs du monde entier sortiront leurs mouchoirs, et en 1971, grâce à ce coup de maître, il remporte l’Oscar de la meilleure musique.

Devenu un compositeur de premier plan, il écrira les partitions de plus de 100 films. Un sacré palmarès qui le place dans la cour des grands, aux côtés de Maurice Jarre ou Michel Legrand. Mais sa renommée internationale ne lui monte pas à la tête. Pas question d’abandonner le cinéma français. Indissociable de Lelouch et de ses films très spontanés, il lui arrive pourtant de s’essayer à d’autres genres, en travaillant par exemple avec Claude Zidi, sur la série des Ripoux. Il va aussi mettre son talent au service de la télévision en réalisant l’habillage sonore de la chaîne FR3, ancêtre de France 3.

Que de chemin parcouru pour ce fils d’horticulteurs qui doit sa carrière à l’accordéon, auquel il fut initié par un cousin. Très jeune, il anime des bals dans l’arrière-pays niçois, jusqu’à sa rencontre à Paris avec le poète et chanteur Bernard Dimey, avec qui il écrira ses premières chansons. Très vite, les plus grands artistes se l’arrachent, et il compose autant pour Édith Piaf (L’homme de Berlin) ou Dalida que pour Philippe Léotard, Serge Reggiani, Ella Fitzgerald, Nicoletta, Elton John et même Johnny Hallyday ! Mais son plus grand succès restera La bicyclette, d’Yves Montand, sorti sur l’album éponyme de 1968. Au total, il signera plus de 600 titres.

Ces derniers temps, loin d’avoir raccroché, il avait décidé de mettre une nouvelle fois son sens du romanesque au service de Claude Lelouch, en planchant sur la bande originale de son dernier film, Les plus belles années, troisième volet d’Un homme et une femme. Magnifiées par les envolées sentimentales de Francis Lai, les retrouvailles d’Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant s’annoncent plus bouleversantes que jamais. Comme on pourra en juger dans les salles obscures en 2019.

Sophie MARION

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