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Franck Dubosc : Ses révélations sur son enfance blessée

Publié le 17 mai 2019

“Je n’étais pas heureux. J’ai même fait une dépression nerveuse. Petit, je n’étais pas très bien vu de mes copains”, a expliqué Franck Dubosc.

«J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. » Cette phrase de Paul Nizan, Franck Dubosc aurait pu la faire sienne. Car si aujourd’hui le public accourt pour voir son dernier spectacle, Fifty-Fifty, un show d’une grande tendresse autour du thème de la cinquantaine, l’humoriste revient de loin. C’est au Petit-Quevilly, près de Rouen, qu’il a grandi, entre un père déclarant en douane et une mère fonctionnaire de mairie. La vie du gamin n’est pas des plus douces, même si lui et sa sœur « ne manquent de rien ». Sauf peut-être de confiance en lui, en ce qui concerne Franck. Le petit souffre aussi d’être parfois privé de la présence de sa maman, hospitalisée.

Récemment, dans On se retrouve chez Sabatier, sur C8, l’humoriste a craqué en repensant à cette époque, quand l’animateur lui a montré un poème qu’il avait écrit pour elle, à 8 ans. « L’amour d’une mère est une chose qui ne se perd / Elle est toujours présente / parfois elle est en pente ». Incapable de retenir son émotion, le comédien a lancé : « Maman a été malade longtemps… Je ne parle jamais d’elle en fait… Je ne vais pas chialer dans ton émission parce que je le fais tout le temps ! Ces poèmes-là, c’était pour elle, qui était à l’hôpital. »

Mais si Franck pouvait compter sur l’amour maternel, à l’école, il jouait le rôle ingrat de souffre-douleur, ainsi qu’il vient de le confier dans Notre temps. « C’est vrai que je n’étais pas heureux. J’ai même fait une dépression nerveuse. Petit, je n’étais pas très bien vu de mes copains. Lorsqu’il fallait constituer les équipes pour jouer au foot, j’étais toujours celui qu’on choisissait en dernier. Les autres ne m’appréciaient pas. » Mais Franck s’est transformé en « petit garçon qui travaille beaucoup », pour obtenir de bonnes notes et faire plaisir à ses parents.

Un autre sentiment hante son enfance : la honte. Franck ne supporte pas d’être « comme tout le monde », avec des parents aux revenus et aux rêves modestes. Il veut devenir « quelqu’un », être Jean-Paul Belmondo. Celui sur lequel les gens se retournent.

L’humoriste avait raconté en juin 2016 à Marc-Olivier Fogiel ce qu’il faisait pour paraître ce qu’il n’était pas. Prenant le bus dans Rouen, il descendait à un arrêt situé dans une rue bourgeoise : « Dès qu’une porte cochère était ouverte, je rentrais […] Je me disais : “Les gens qui me voient, ils ont l’impression que j’habite là.” Faut être dingue ! »

Non Franck, il ne faut pas être dingue, juste malheureux. Et il l’était sans doute. Comme ce jour où, en classe de cinquième, il demande à sa mère la permission d’organiser une boum. Janine est d’accord. Franck bouge les meubles dans le salon, allume les spots, et il attend. Personne ne vient. « Lorsque maman est rentrée, je lui ai dit que ça s’était très bien passé », avait-il confié à Marc-Olivier Fogiel.


Mais il a beau être laissé pour compte, Franck va tenir bon. Il a des yeux pour voir et un cerveau pour réfléchir. Ses camarades se moquent de lui. Qu’à cela ne tienne. « Dans ma tête, je notais tout ce qui faisait rire les autres, et j’essayais de comprendre les ficelles et les ressorts pour m’en resservir. C’est comme ça que sont nés mes premiers sketches », a-t-il expliqué, toujours dans Notre temps. C’est ainsi qu’à force de travail, Franck est devenu celui qu’il rêvait d’être, se fabriquant un personnage de loser qui le fera connaître. « Je l’ai peaufiné jusqu’à le maîtriser à la perfection. Dans ces moments-là, les autres me regardaient. Cela me procurait du plaisir. »

Oui, l’humoriste est allé bien au-delà de ses rêves les plus fous. Mais ni son argent ni sa notoriété n’ont pu guérir une blessure jamais refermée. Celle d’avoir eu honte de son père, disparu en 2002, sans qu’il ait pu lui parler. Car lorsque sa mère était absente, il s’occupait des enfants. « Il était avec nous tout le temps », a expliqué Franck sur C8, regrettant « de ne pas lui avoir rendu tout ça, tout cet amour qu’il nous a donné parce que maman était à l’hôpital. »

Aujourd’hui, à 55 ans, il sait sans doute qu’il ne pourra jamais guérir tout à fait de son enfance. Mais si elle l’a meurtri, cette jeunesse lui a aussi apporté une force et un don d’observation extraordinaires, sur lesquels il a bâti son succès actuel. C’est peut-être cela que l’on appelle la résilience.

Laurence PARIS

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