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François Hollande : Cinq ans de trahisons

Publié le 7 mai 2018

Dans son livre-bilan, autoportrait élogieux, François Hollande se dépeint en victime.

Dans cet ouvrage rédigé quelques mois après son départ de l’Élysée, François Hollande dresse le bilan de son quinquennat.

A en croire sa flatteuse autojustification, l’ancien président n’aurait commis qu’une seule erreur, au moment de la déchéance de nationalité.

Du reste, il déclare avoir redressé le pays et légué à son successeur une
« France de nouveau respectée ».

Loin de nous l’idée d’affirmer qu’un président ne devrait pas écrire ça, et au lieu de nous pencher sur les tableaux diplomatiques, politiques et économiques figurant dans Les leçons du pouvoir (Stock), nous avons choisi de nous arrêter sur sa gestion des rapports humains, qui ne lui vaudront pas de prétendre au titre de meilleur DRH de France.

Prenons les cas « Cahuzac » et « Thévenoud ».

Le premier, son ancien ministre du Budget, « un des meilleurs spécialistes des finances publiques », rencontré en 1990, est devenu son ami.

On peut donc concevoir la déception de François Hollande face à cette
« trahison éclatante » qu’il ne comprend que tardivement.

Car, à deux reprises, « les yeux dans les yeux », Cahuzac lui affirme qu’il n’a pas de compte en Suisse. Même en janvier 2013, alors qu’une enquête préliminaire est ouverte, le président continue à le croire.

Au final, il regrette juste d’avoir été « trop patient », mais se félicite d’avoir créé ensuite le parquet financier. Un mal pour un bien !

Rancœur

Idem avec l’affaire Thévenoud, qu’il nomme secrétaire d’État au commerce extérieur en août 2014, alors que Michel Sapin le prévient qu’il n’est pas en règle avec l’administration fiscale.

Hollande écrit sans trembler qu’il a « écarté rapidement » ce jeune ministre deux jours après avoir appris qu’il n’avait pas déclaré ses revenus.

Il commente alors : « La république exemplaire, c’est la sanction exemplaire ! »

Une de ses promesses de campagne qu’il justifie en affirmant que « ce n’était pas une profession de foi dans les femmes et les hommes qui allaient m’accompagner ».

Dont acte…

Or, pendant ce temps, une autre République se mettait en marche, à pas de – jeune – loup. Là non plus, le président socialiste n’a rien vu venir.

S’est-il montré trop « naïf » avec Emmanuel Macron ?

« Certainement pas ! » affirme-t-il.

Quoi qu’il en soit, la rancœur le fait s’épancher longuement sur ce successeur
« chanceux » que lui a présenté Jacques Attali en 2008 au bar du Bristol. La cantine de Nicolas Sarkozy !

« Il m’avait fait bonne impression. […] Un homme souriant, vif, rapide, cultivé, séducteur, qui veut s’implanter dans le Pas-de-Calais […] mais qui aurait pu choisir la droite, car j’ai su plus tard qu’il avait failli rejoindre le cabinet de François Baroin. »

Cela n’empêche pas « l’ennemi de la finance » d’intégrer ce jeune banquier,
« spécialiste des fusions acquisitions » chez Rothschild, à son équipe de campagne, puis au secrétariat général de l’Élysée, avant d’en faire un ministre d’État.

On connaît la suite. Malgré les avertissements de Manuel Valls, Stéphane Le Foll, Michel Sapin et des élus socialistes qui lui montrent les SMS envoyés par Macron pour les rallier, Hollande continue à lui faire confiance.

Même quand celui-ci monte son propre parti pour servir ses ambitions, le président n’y « voit pas malice [et] n’imagine pas qu’il puisse préparer une candidature ».

Il « croit à la fidélité et au destin commun ».

Un précepte qu’il ne semble pas mettre en pratique dans ses affaires privées, domaine où il paraît moins à l’aise. Car même si ses frasques amoureuses ont fait les gros titres, elles n’occupent que trois petites pages au milieu du livre. Une par femme !

« J’ai horreur d’afficher ma vie privée », justifie-t-il.


Mais comme il se sait attendu sur ce terrain, le président au scooter s’y engage.

Commençons par Ségolène Royal, qui revient à plusieurs reprises dans l’ouvrage, en raison de ses fonctions ministérielles. Une « mère formidable » à laquelle il pense avec nostalgie en passant devant la crèche de l’Élysée, où ils déposaient naguère leurs quatre enfants.

Il relate aussi leur rupture annoncée au soir du second tour des législatives en 2007.

« Pour l’un comme pour l’autre, ce fut douloureux, déchirant, tant notre union avait été longue et intense. »

Vengeur

Vient ensuite le tour de Valérie Trierweiler, avec qui il a « reconstruit (sa) vie » et « mené campagne ».

Après être revenu sur l’épisode des coussins du mobilier extérieur du fort de Brégançon qu’elle a fait refaire, il reconnaît que ne pas s’être marié ne lui a pas facilité la tâche.

Mariage pour tous mais pas pour lui !

Il avoue la souffrance de cette première dame dont il n’a pas digéré le Tweet en faveur du concurrent de Ségolène aux législatives de 2012.

« Quelque chose s’est brisé ce jour-là […]. J’avais tracé une ligne de séparation entre vie personnelle et vie publique : elle l’effaça en un instant. »

Les lecteurs qui auraient voulu des détails sur l’épisode de la rue du Cirque avec Julie Gayet et sur le limogeage sans préavis de Valérie Trierweiler,
« profondément meurtrie », en seront pour leurs frais.

Car, sans transition, l’auteur enchaîne : « Plusieurs mois plus tard, Julie Gayet est entrée dans ma vie […]. Notre relation fut révélée dans les pires conditions pour ma personne et pour la fonction. »

Pas une trace de repentance.

Néanmoins, il ose un détour par le livre vengeur de son ex, Merci pour ce moment : « Ces mots m’ont fait mal. C’était sans doute son intention. Nous avons mis du temps pour échanger à nouveau. Mais j’ai été sensible au mot délicat qu’elle m’a adressé le dernier jour de mon mandat. »

Quant au court passage consacré à « Julie la militante », il faut le lire entre les lignes. Il égratigne la presse people, « pour ne pas dire populaire », et affirme que sa compagne s’est « naturellement impliquée dans [sa] campagne dès les primaires de 2011 ».

Il évoque aussi leur « vie commune à l’Élysée », avant de faire l’éloge de sa
« tendre et délicate affection qui a été durant ces trois dernières années un inestimable soutien […]. Sans avoir besoin de jouer un rôle, elle était là, avec cette aspiration au bonheur qui rend la vie plus douce ».

Une vie plus douce. Voilà tout ce que semble souhaiter un François Hollande très marqué par cinq années de présidence « normale ». Ou presque…

Pierre-Antoine BRIONNE

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