France Dimanche > Actualités > Françoise et Jean d’Ormesson : Soudés malgré les infidélités !

Actualités

Françoise et Jean d’Ormesson : Soudés malgré les infidélités !

Publié le 29 décembre 2018

Dans une interview émouvante, Françoise d’Ormesson évoque ses cinquante-cinq années d’amour avec Jean, le plus séduisant des intellectuels français.

«Jean est là, présent, tout le temps. Je n’ai encore rien touché de ses affaires. Dans son bureau, il y a même le creux de son assise, sur le canapé où il écrivait. » Un an après sa disparition, le 5 décembre, l’empreinte du grand homme est vivace. Et le vide qu’il a laissé dans le cœur et la vie de Françoise, sa veuve, immense. Pourtant elle n’est pas triste, comme elle le confie dans une interview à Paris Match. Sa foi l’aide en effet à supporter ce qu’elle vit comme une parenthèse. Elle est certaine de retrouver Jean dans l’au-delà.

L’avant-veille de sa disparition, l’écrivain mettait le point final à son 44e livre, Un hosanna sans fin. Il était fatigué. Le lendemain, ne se sentant pas bien, il fait venir le médecin qui ne trouve rien d’anormal. Jean, persuadé du contraire, dit alors à Françoise : « Il se trompe, je vais mourir. »

À 2 heures du matin, voulant se rendre à la salle de bains, il demande à son épouse de l’aider. « Je l’ai porté. Il est tombé dans mes bras. Un infarctus foudroyant. Le Samu a essayé de le réanimer. Un des médecins m’a chuchoté : “Les séquelles risquent d’être très, très graves. Il faut le laisser partir.” J’ai répondu : “oui.” »

C’est aussi en connaissance de cause, qu’un certain 2 avril 1962, contre l’avis de sa famille, de sa belle-famille et du marié lui-même, elle lui avait dit : « oui »…

Leur rencontre, quatre ans plus tôt, lors d’un week-end de ski à Megève, était pourtant loin d’augurer leur drôle et extraordinaire histoire d’amour. C’est par l’intermédiaire de sa sœur Pascaline, amie de Jean, que Françoise fait sa connaissance.


Ce jour-là, elle se casse un doigt sur les pistes. Il n’y prête aucune attention et continue de skier. « Je l’ai trouvé épouvantable, imbu de sa personne, parlant fort, d’une voix haut perchée, croyant tout savoir. »

Ils se retrouvent un an plus tard, pour le mariage de Pascaline. Il l’invite à déjeuner, elle accepte, par politesse, et tombe sous le charme ! Romantique, la fille de Ferdinand Béghin, industriel qui doit sa fortune au sucre, l’est un peu. Séduisant, Jean l’a toujours été. Si elle le fait patienter quelques mois avant de tomber dans ses bras, Françoise acquiert la certitude que l’auteur de L’amour est un plaisir est l’homme de sa vie. Elle adore son élégance, son humour irrésistible et sa franchise, même si celle-ci ne lui est pas toujours agréable. Tout en lui faisant la cour, Jean ne lui cache pas en effet voir d’autres femmes et n’envisage pas une seconde de se marier.

« Il voulait sa liberté, voyager lorsqu’il le souhaitait, avoir des aventures, ne rien devoir expliquer et surtout, disait-il : “Pas la moindre responsabilité.” On peut dire que j’étais prévenue. Il ne m’a pas prise en traître », se souvient-elle. 

Malgré tout, elle persiste. Au grand dam de sa famille, persuadée que leur union est vouée à l’échec. Le frère de Jean a prévenu Ferdinand Béghin : « Ne le laissez pas épouser votre fille, elle sera malheureuse. »

Rien n’y fait. Françoise annonce à sa famille qu’elle se fiance avec Jean. Pas pour longtemps, puisque ce dernier met un terme à ce premier engagement.

La rupture dure six mois, le temps pour la jeune femme de se persuader qu’elle avait raison. Sans cet irrésistible amoureux, de treize ans son aîné, la vie a perdu toute saveur.

Elle le revoit, ils retombent dans les bras l’un de l’autre, et peu de temps après, Françoise découvre qu’elle est enceinte.

Jean a beau détester les responsabilités, il assume cette paternité, et accepte sans joie de se faire passer l’anneau au doigt. Comme sa veuve le rappelle avec humour : « Le jour du mariage, il n’était pas très convaincu. Je portais un manteau jaune pour égayer un peu… »

Mais l’alliance ne fait pas le mari ! Non seulement l’écrivain n’aide en rien à la maison – se refusant même à aller acheter le pain – mais Françoise ne peut pas compter sur lui comme père ! « Il ne s’est pas du tout intéressé à Héloïse bébé. Il fallait presque que je l’emmène de force dans sa chambre ! Plus tard, il ne s’est jamais occupé d’un devoir, ni d’aller voir un professeur. » Ce qui n’empêche pas les sentiments ! Cette enfant qu’il n’avait pas souhaitée, Jean l’aimera plus que tout.

Mais il ne change rien à ses habitudes, part en vacances sans sa famille, quand cela lui chante, se décommande à la dernière minute lorsque son épouse invite des amis à dîner, et accumule les conquêtes. Il n’en parle pas à Françoise. Les autres s’en chargent. Heureusement, celle-ci n’est pas jalouse. Juste triste parfois. Il faut beaucoup d’amour pour accepter que celui dont on partage l’existence écrive à propos d’une autre femme, en l’occurrence son éditrice : « Je l’ai aimée, admirée, vénérée. » Françoise est allée plus loin encore, faisant de sa rivale une de ses meilleures amies.

N’allez cependant pas croire que cette jeune femme de bonne famille attendait, telle Pénélope, que son volage académicien rentre au bercail.

Si Françoise n’a aimé que Jean, cela ne l’a pas empêchée d’avoir des aventures. Comme elle le faisait pour lui, son mari fermait les yeux. Sauf une fois : « Un homme avec lequel j’avais un flirt m’a tendu une part de gâteau. Jean la lui a presque arrachée des mains, sans dire un mot, pour me la donner. Cela signifiait : “Pas touche !” Plus tard, tous les deux sont devenus très amis. »

Si ces deux-là se sont beaucoup trompés, ils étaient dans le vrai concernant les sentiments qui les unissaient. Cet homme qu’elle a voulu plus que tout, Françoise le décrit ainsi : « Un sublime compagnon, qui m’a séduite pendant cinquante-cinq ans. Un enchanteur. Mais un mari, sûrement pas. »

Quant à Jean, il n’évoquera qu’une seule fois son épouse dans un livre, Je dirai malgré tout que cette vie fut belle, paru en 2016 : « Ravissante, douce, honnête, Françoise savait ce qu’elle voulait. Je lui dois presque tout. J’espère qu’elle ne s’est pas trop repentie. » C’est beaucoup plus qu’une déclaration d’amour…

Lili CHABLIS

À découvrir