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Fred Mella : Le dernier des Compagnons de la chanson !

Publié le 2 novembre 2019

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© BESTIMAGE Fred Mella

Son frère, René, lui-même membre du groupe, s’est éteint à 93 ans le lundi 30 septembre à Mirabel-aux-Baronnies, dans la Drôme…

C’est avec une immense tristesse que l’on a appris, le 30 septembre dernier, la disparition, à l’âge de 93 ans, de René Mella… Ce membre du groupe mythique des Compagnons de la chanson a fait un malaise lors de sa promenade quotidienne à Mirabel-aux-Baronnies, dans la Drôme, et les pompiers, appelés en urgence, n’ont pu le ranimer. La nouvelle a été annoncée par son frère, Fred, qui est désormais le seul chanteur encore en vie de cette formation qui a connu la gloire durant plus de quarante ans !

C’est à Lyon en 1941, durant les années noires de l’occupation, qu’est née cette formation musicale, d’abord connue sous le nom des Compagnons de la musique. Sous l’impulsion du maître de chapelle Louis Liébard, de jeunes gens âgés d’une vingtaine d’années se produisent dans le centre de la France et connaissent un vrai succès.

Ce sont Louis-Lazare Jacob (Jean-Louis Jaubert dit Jaubert), Henri Lancelot (Hubert Lancelot), Guy Bourguignon, Jean Albert et Marc Holtz (dit Herrand) qui formeront dès 1941 les Compagnons. de la musique. En 1946, le groupe déniche la perle rare : Fred Mella ! Fils d’immigrés italiens, le jeune Ardéchois d’Annonay rêvait alors de se lancer dans une carrière lyrique : « Mon père, peintre en bâtiment, chantait Tosca de Puccini sur son échafaudage, racontait le ténor à Télé 7 Jours en 1987. à la maison avec mes frères, c’était un concert permanent d’airs d’opéra et de vieilles chansons du pays. »

Au lieu de suivre son penchant pour les classiques, celui que les journaux appellent la « voix d’or » deviendra le soliste et le chanteur vedette des Compagnons de la chanson ! Un destin hors norme qu’il ne regrettera jamais…

En 1944, lors d’un concert du Gala des cheminots donné à la Comédie-Française, les jeunes chanteurs rencontrent Édith Piaf. Une rencontre décisive, car ils doivent vraiment tout à la Môme qui, séduite par leur incroyable talent, décide de leur mettre le pied à l’étrier. La chanteuse a modernisé leur répertoire et les a imposés avec elle dans ses tournées.

C’est encore grâce à elle que le groupe de neuf garçons maintenant constitué de quatre ténors, Fred Mella, Marc Herrand, Jean Albert et Paul Buissonneau, trois basses, Jean-Louis Jaubert, Guy Bourguignon et Jo Frachon, deux barytons, Gérard Sabbat et Hubert Lancelot, vont, en octobre 1947, découvrir l’Amérique et devenir célèbres dans le monde entier. Cette année-là, ils interprètent avec leur bonne fée Les trois cloches et remportent un succès planétaire. Le disque se vendra immédiatement à un million d’exemplaires…

Lors d’une tournée au Québec en 1949, deux des Compagnons voient leur vie basculer et prennent des décisions radicalement opposées ! Paul Buissonneau qui a eu le coup de foudre pour la jeune Montréalaise Françoise Charbonneau l’épouse et quitte la troupe pour rester au Canada. Il y fera une belle carrière d’acteur et de metteur en scène de théâtre, puis travaillera à la télévision. Paul est alors remplacé par René Mella, le frère cadet de Fred. Le soliste vedette, quant à lui, tombe lui aussi amoureux fou : elle est comédienne et s’appelle Suzanne Avon, mais au lieu de suivre l’exemple de son ami, lui décide de la convaincre de le rejoindre de l’autre côté de l’Atlantique ! « Nous nous sommes connus en mai 1949, se rappelait le chanteur. Ma petite Canadienne a débarqué en France. Je suis allé la chercher à l’aérogare avec un petit bouquet de muguet… Elle n’a pas compris pourquoi j’avais choisi ces fleurs, puisqu’elle ignorait tout de ces petites clochettes et de leur symbole. Nous nous sommes mariés au Québec, le voyage de noces s’est déroulé à Londres, tournées obligent… » Le couple aura deux enfants, Laurence et Michel, et les deux tourtereaux ne se quitteront plus.

à l’approche des années 1980, les Compagnons, dont la composition a, au fil des années, quelque peu changé, décident de marquer leurs quarante ans de carrière en prenant une retraite bien méritée. C’est le début d’une tournée d’adieux qui durera cinq ans ! Enfin, le groupe donne le 14 février 1985 son ultime récital au Pavillon Baltard de Nogent-sur-Marne. Sexagénaires encore vaillants, les Compagnons s’adonnent alors à leurs passions respectives, certains entamant une nouvelle carrière : théâtre pour Gérard Sabbat, télévision pour Jean-Pierre Calvet, Michel Cassez et Jo Frachon – ce dernier anima brièvement l’émission télévisée Des chiffres et des lettres –, travail dans le bâtiment, pour René Mella…

Quant à Fred, la star du groupe, il s’octroie à 63 ans, une seconde carrière en solo dans la chanson, avec l’aide occasionnelle de son frère, au sein du groupe Les copains d’accord. Touche-à-tout, il s’essaye également à la peinture et publie, en 2006, Mes maîtres enchanteurs, aux éditions Flammarion. Sa voix d’or a retenti une dernière fois en public, le 29 septembre 2012, lors d’une soirée télévisée enregistrée à l’Olympia, et consacrée à son grand ami Charles Aznavour…

Après le décès de Guy Bourguignon en 1969, alors que l’ensemble vocal était en pleine gloire – par respect pour sa mémoire, il n’avait d’ailleurs pas été remplacé –, c’est Jean Broussolle qui disparaîtra en 1984, Jean-Pierre Calvet, en 1989, Jo Frachon, en 1992, Hubert Lancelot, en 1995, Gérard Sabbat, en 2013, et enfin, René Mella, le 30 septembre dernier.

Tout juste un an après la disparition de sa chère Suzanne, le 2 octobre 2018, nul doute que la mort de son frère cadet, avec lequel il avait tant partagé, est un insoutenable chagrin pour celui qui est désormais le dernier de la troupe encore en vie…

Clara MARGAUX

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