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Frédéric François : "J'ai la peur au ventre !"

Publié le 10 mai 2020

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Confiné comme tout le monde depuis plus d'un mois, le plus Italobelge de nos chanteurs n'ose même pas sortir dans son jardin...

Alors qu'il fêtera ses 70 printemps le 3 juin prochain, l'interprète de Je t'aime à l'italienne vit cette période de confinement pétri d'angoisse face à ce terrible virus. Alors, il suit les gestes barrière à la lettre et rêve du moment où il pourra à nouveau serrer ses enfants et petits-enfants dans ses bras. Et bien sûr remonter sur scène à l'automne prochain, époque à laquelle ont été reportés tous ses concerts. En exclusivité pour France Dimanche, il nous confie ses craintes, son quotidien, ces choses qu'il n'aurait jamais pensé faire un jour et ces petits bonheurs au cœur de ce chaos.


France Dimanche : Bonjour Frédéric, comment allez-vous ?

Frédéric François : Bien, merci, même si la vie a beaucoup changé. Le confinement nous a bien sûr contraints d'adapter nos journées. Le matin donc, on commence par se dire « bonjour » d'un petit coup de coude. Ça me choque un peu de saluer ainsi ma femme et ma fille, mais nous ne voulons vraiment prendre aucun risque. On essaie de suivre toutes les consignes à la lettre. Après le petit déjeuner, je fais un peu de sport, du vélo d'appartement, du tapis roulant. Ensuite, je joue de la musique, du piano, de la guitare, je fais mes vocalises, j'écris, je compose, j'appelle mon parolier et l'orchestrateur pour qu'on avance sur mes nouvelles chansons. Pour le déjeuner et le dîner, on essaie de se faire plaisir. On prépare de bonnes pâtes, des crêpes, des mousses au chocolat, etc. Puis le soir, on appelle nos enfants via Facetime, on se sert un petit verre et on trinque tous ensemble. On est tellement heureux de se voir et de se dire que tout va bien. Et à 20 heures, on allume des bougies et on a une pensée pour le corps médical, ainsi que tous ceux qui ont perdu un être cher et ne peuvent pas faire leur deuil correctement.

FD : Vous ne sortez pas du tout ?

FF : Non, pas trop. Quand il y a un peu de soleil, on fait quelques pas dans le jardin, mais pas longtemps car, même là, on n'est pas certain d'être vraiment à l'abri. On a peur, on ne sait pas comment ce virus s'attrape et s'il n'est pas dans l'air. Comme c'est la grande inconnue, on est très méfiant. Ce sont ma femme ou ma fille qui vont faire les courses, et comme j'ai la peur au ventre qu'il leur arrive quelque chose, je leur fais mille et une recommandations : « Attention, mettez un masque, des gants, respectez les distances de sécurité, si vous devez parler à quelqu'un restez à 2 mètres minimum de lui… » On a même acheté une machine à coudre, du coup ma fille confectionne des masques, pour nous, mais aussi pour tous ceux que l'on peut aider. Et lorsqu'elles rentrent avec les provisions, il faut retirer les emballages et tout désinfecter. Bref, comme vous le voyez, nos journées sont bien remplies, et passent très vite, finalement. On n'a pas le temps de s'ennuyer. Mais c'est une véritable catastrophe ! On est entré dans un nouveau monde où la peur nous a envahis et nous domine.

FD : Pourquoi avez-vous si peur ?

FF : Je suis très angoissé pour mes proches. C'est un ennemi invisible qui frappe au hasard, les jeunes comme les moins jeunes, personne ne peut prétendre être en totale sécurité. Alors, j'appelle les miens, mes cousins dans le Piémont une des régions d'Italie les plus touchées, ceux de Sicile… Sans arrêt, j'ai ce besoin d'entendre mes proches, de prendre de leurs nouvelles, de savoir comment ils vont, s'ils suivent bien les recommandations et prennent soin d'eux. Même pour mon village natal de Sicile, Lercara, le maire m'a demandé d'enregistrer une petite vidéo rappelant aux habitants toutes les mesures à respecter. Pour tout vous dire, je me sens un peu comme le patriarche !

FD : Votre fille vous a donc fait un joli masque ?

FF : J'ai tellement peur d'être aphone que, pour ma part, j'en porte un depuis plus d'un an. Et comme je suis aussi très maniaque, je me lavais déjà les mains vingt fois par jour. Ce maudit virus ne nous frappait pas encore, mais je craignais un refroidissement, un mal de gorge qui puisse me priver de chanter. Et comme je ne suis pas footballeur, j'ai grand besoin de ma voix. Voilà donc pourquoi je sortais déjà « masqué » depuis longtemps.

FD : Que faisiez-vous quand le confinement a été mis en place ?

FF : Disons que comme je savais tout ce qu'il se passait en Italie, j'ai commencé le confinement bien avant qu'il ne soit instauré. J'ai donné mon dernier spectacle à Montpellier le 7 mars. Le lendemain, je suis rentré à la maison, et depuis cette date je n'en suis plus jamais ressorti. En entendant les informations italiennes, j'étais atterré. J'avais déjà très peur pour ma famille là-bas, et je commençais à me dire que si ce foutu virus arrivait chez nous, ce serait terrible. Voilà pourquoi, moi, je suis en confinement depuis le 8 mars !

FD : Comment imaginez-vous l'après ?

FF : Pour commencer, je vais sortir de chez moi, regarder le ciel, le remercier d'être enfin libéré, et me précipiter voir mes enfants pour les serrer très fort dans mes bras. Et leur dire à point je les aime ! Mis à part ça, je pense qu'on restera tous très marqués. Les êtres humains que nous sommes ne sortiront pas indemnes de ces deux mois, voire peut-être plus, d'enfermement. On sera méfiant. Comment se saluer désormais ? Recommencerons-nous à nous embrasser et à nous serrer la main ? Non bien sûr, car on aura peur de l'autre. Comme tout le monde aura un masque, chacun se demandera si l'autre est malade. Et on ne sera pas. Regardez en Chine, on croyait le virus parti et il est revenu.

FD : C'est Victoria, votre dernière fille, qui est avec vous ?

FF : Oui, comme elle travaille dans la production et tournait une série tout près de chez nous quand tout cela est arrivé, elle n'a pas pu rentrer chez elle à Bruxelles et est du coup restée confinée avec nous. Et c'est tant mieux ! Nous profitons de la vie tous les trois, prenons le temps et apprécions chaque instant. C'est merveilleux de voir à quel point nos valeurs ont changé. Ça remet les pendules à l'heure pour une nouvelle vie.

FD : Vous êtes aussi particulièrement actif sur votre page Facebook…

FF : Oui, afin de garder le lien et réconforter les personnes qui sont seules. On organise des live, on publie des extraits de concerts, des petits messages, on a même ressorti des clips des années 70 ou 80. On a vécu tant de décennies ensemble ! Et les gens sont au rendez-vous, puisqu'on fait plus de 2 millions de vues par semaine. L'autre jour, je me suis aussi mis au piano pour leur chanter un de mes derniers titres : « Il faut dire je t'aime ; à tous ceux qu'on aime, tant qu'ils sont vivants ; tant qu'il en est encore temps… » Une chanson plus que de circonstance aujourd'hui. Mais aussi un vrai message d'espoir et d'amour.

FD : Qu'allez-vous changer dans votre quotidien après tout cela ?

FF : Une activité à laquelle je ne me livrais pas et que je fais désormais : les tâches ménagères ! [Rire.] Mettre le couvert, débarrasser, faire à manger, autant de choses que je n'avais jamais faites avant. Alors, je ne sais pas si je continuerai aussi assidûment, mais un petit peu certainement. Et surtout, je n'avais jamais passé autant de temps avec ma femme et ma fille. Quel bonheur !

Caroline BERGER

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