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Geneviève Delpech : "Si on m'avait écoutée, Pauline Lafont aurait été sauvée !"

Publié le 25 juillet 2020

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Médium depuis sa plus tendre enfance, Geneviève Delpech a bien du mal à accepter toutes ces fois où on ne l'a pas crue…

Dans son dernier ouvrage des plus passionnants, Les Enquêtes d'une médium, paru chez First dans la collection Témoins de l'extraordinaire, la jeune femme revient sur toutes ces disparitions pour lesquelles les policiers ont fait appel à son formidable don. Et pour France Dimanche, c'est avec autant de passion qu'elle se confie…


France Dimanche  : Comment avez-vous vécu cette période de confinement ?

Geneviève Delpech : Entre inquiétude et lassitude. Ce manque de liberté et de contacts humains a fini par cruellement me peser. On a tous besoin de câlins, de sentir et de voir ses enfants… Skype [un logiciel d'appels vidéo par Internet, ndlr], c'est bien, mais à la fin ça ne suffisait plus, je perdais pied. Mais tout ça ne m'a pas étonnée… En mai 1990, j'avais eu une vision, que le compositeur Jean-Michel Rivat, ami de Michel [Delpech, ndlr], avait d'ailleurs notée sur un papier et mise au coffre. J'avais vu que nous allions traverser des moments très durs, dont une pandémie qui nous obligerait à porter des masques. J'avais alors peint un tableau, que j'ai toujours, d'une mère et de son fils avec des masques, comme ceux que nous portons aujourd'hui. Donc je savais que ça arriverait, sans savoir exactement quand…

FD : Vous avez été d'autant plus touchée que votre fille Pauline a contracté le Covid-19…

GD : Oh là là, qu'est-ce que j'étais inquiète ! En plus, elle refusait que je vienne la voir. Heureusement que je la voyais sur Skype tous les soirs. Victime d'une forte fièvre, elle était K.-O., si bien qu'elle était obligée de se tenir aux chaises et aux murs pour aller aux toilettes. Elle a aussi beaucoup maigri, elle qui n'était déjà pas bien épaisse. Très fatiguée, elle passait ses journées à dormir, souffrait de douleurs musculaires et de violents maux de tête. Son mari s'en est occupé comme d'un bébé, mais il a fallu plus d'un mois pour qu'elle soit vraiment remise sur pied.

FD : Michel continue-t-il à vous faire signe ?

GD : Oui, même si je le sens beaucoup moins présent ces derniers temps. Il me dit qu'il a du travail, mais je ne sais pas trop ce que ça signifie. Tous les défunts avec qui je communique m'expliquent qu'on ne peut pas comprendre, mais que ce qu'ils vivent est merveilleux. Et pour avoir déjà fait une EMI (une expérience de mort imminente), je n'en doute pas une seule seconde. Michel est donc très occupé. Ou est-ce moi qui peut-être m'habitue et le sollicite moins ? En tout cas, quand j'ai vraiment besoin de lui, il est là et me guide.

FD : Comment cela se manifeste-t-il ?

GD : Par une voix que j'entends derrière l'oreille gauche – on va me mettre à Saint-Anne [hôpital psychiatrique parisien, ndlr], mais j'assume ! – ou des visions nocturnes, toujours entre 3 et 5 heures de matin, jamais avant jamais après, au pied de mon lit. Il ne reste pas deux heures, mais je le vois vraiment.

FD : Vous n'avez pas envie de refaire votre vie, de retomber amoureuse ?

GD : Ce confinement a entraîné beaucoup d'introspection et de réflexions sur soi. Jusqu'à présent, j'avais toujours le sentiment que, si je rencontrais quelqu'un, je remplacerais Michel, ce qui m'était tout à fait insupportable. Et puis, j'ai réalisé que c'était une erreur, qu'on pouvait aimer à nouveau sans pour autant ne plus aimer la personne qu'on avait tant aimée. J'ai compris ça pendant le confinement, ce qui me rend peut-être aujourd'hui plus disponible, et ce qui expliquerait également pourquoi Michel est moins présent. Comme pour laisser la place. Il y a peu, il m'y a même encouragée…

FD : Tous ces témoignages de défunts qui vous disent que « c'est magnifique » doivent vous rassurer sur la mort et l'après ?

GD : Oui, même si je n'ai absolument pas peur de mourir. J'ai peur de maladie, de la souffrance, de quitter les miens, mais pas de la mort, car je sais que de l'autre côté c'est merveilleux. Et puis, je n'aime pas tellement ce mot « morts », parce qu'ils n'ont jamais été aussi vivants ! Et arrêtons de dire qu'il ne faut pas déranger les défunts, ils ne demandent que ça !

FD : Vous dites que ce don vous est parfois pesant. Si vous deviez refaire votre vie, ce serait avec ou sans ?

GD : Disons que je garderais l'expérience du « tout », le fait d'avoir pris conscience de l'amour, du vrai, et que nous ne faisons qu'un. Mais tout le reste, la vision des défunts, etc., je crois que je céderais ma place. Aujourd'hui ma vie n'est vouée qu'à cela ! Je passe mon temps à aider des gens qui ont perdu un proche, et je suis ravie quand j'arrive à les apaiser, mais c'est parfois très lourd. Mais je suis sûre que nous sommes tous un peu médium avec, disons, un tuyau plus ou moins large. Moi, ça fait partie de ma vie depuis que j'ai une dizaine d'années.

FD : Compreniez-vous ce qu'il se passait quand vous étiez petite ?

GD : Oui, car j'ai grandi dans un milieu où ce don était très présent. Ma grand-mère l'avait de manière exceptionnelle, ma sœur l'a également, ainsi qu'une de ses filles et l'un de mes fils. Et j'ai toujours entendu répéter à mon sujet : « Cette petite a le don ! » C'était donc naturel et je pensais que tout le monde l'avait.

FD : C'est l'écrivain Didier Van Cauwelaert qui a rédigé la préface de votre livre…

GD : Oui, j'étais d'ailleurs très émue en la lisant. Séduit par mon premier ouvrage, Didier m'avait appelée pour qu'on se rencontre. Et lorsque Michel était à l'hôpital, juste avant de partir, il m'avait demandé à le voir. Didier était du coup venu à son chevet et Michel lui avait pris la main en lui disant : « Je vous confie ma femme qui est la plus grande médium de la terre [rires], mais qui a besoin d'être rassurée. » Didier a alors endossé ce rôle comme un frère, et, avec sa femme, ils sont aujourd'hui ma famille. Je lui fais part de toutes mes visions qu'il fait constater par huissier.

FD : Vous aviez prédit que Coluche allait se tuer ?

GD : Oui, mais il ne m'a pas écoutée ! C'était à une soirée où il y avait le Tout-Paris. Lorsque je l'ai aperçu, j'ai dit à Michel : « Il va échanger sa moto contre une autre, avoir un grave accident, se fendre le crâne et mourir ! » Michel s'est empressé d'aller le prévenir. Et Coluche, rigolard, est venu vers moi en me lançant : « Alors ma poule, il paraît que je vais clamser ! » Ajoutant : « Non seulement, je vais prendre cette moto, mais je vais battre mon record de vitesse. » Il l'a effectivement battu mais, un mois plus tard, il se tuait… Michel répétait sans cesse : « On aurait dû insister. » Mais c'est ainsi, c'était son destin.

FD : Quel est votre plus grand regret ?

GD : Toutes ces fois où l'on ne m'a pas crue, écoutée, alors que la personne aurait pu être sauvée… Il y a malheureusement trop d'exemples, comme pour Pauline Lafont, en août 1988. Je ne la connaissais pas, pourtant lorsqu'on a annoncé sa disparition à la télé, je l'ai immédiatement vue au fond d'un ravin, à gauche d'une maison, en haut d'une colline. Tout le monde pensait alors qu'elle avait fugué ou avait été enlevée… Moi je répétais à Michel qu'elle avait eu un grave accident et qu'elle était très mal en point, mais encore vivante. Nous avons donc appelé le frère de Pauline, David, que Michel connaissait, et sommes allés dans cette demeure des Cévennes où séjournait la famille. Mais personne ne m'a crue, pire, la grand-mère de Pauline m'a dit de me taire. Soudainement prise de règles hémorragiques, j'ai commencé à me sentir mal et j'ai demandé à Michel qu'on s'en aille. Quand nous avons recroisé Bernadette Lafont par la suite, elle s'est toujours souvenue de cela. Moi, je pense avoir vécu l'agonie de Pauline jusque dans ma chair. Mais si vous saviez comme je regrette d'avoir cédé face au scepticisme et de n'avoir pas plus insisté… Je suis convaincue qu'on aurait pu la sauver !

Caroline BERGER

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