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George Michael : Star 80 !

Publié le 15 janvier 2022

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Cette icône des années 80, pop star au succès planétaire, a laissé des tubes intemporels qui lui ont ouvert la porte de tous les excès. Il aurait fêté ses 40 ans de carrière en 2022.

L'ironie est lugubre. George Michael, dont un des tubes commençait par ces mots « Last Christmas, I gave you my heart », a succombé le soir de Noël à une insuffisance cardiaque. Il n'avait que 53 ans. Voix en or, songwriting et déhanché implacables, l'icône reste figée dans l'ambre eighties-nineties comme chair à midinettes, avant de virer gay à la barbe rase.


Un colosse aux pieds d'argile, juché sur 115 millions de disques vendus en trente ans de carrière et capable de trébucher dans le caniveau où le débusque la presse du même acabit, avec une vie privée jetée à la scrutation publique et des frasques dont la recension est devenue un défi. Car la turbulente pop star soulève des tempêtes de rumeurs et de fantasmes.

Ce plénipotentiaire de la pop FM, dont les aubades ont longtemps masqué son tumulte intérieur, a incarné plus que tout autre la pop star sous toutes ses facettes avec des moments admirables, des étapes fantasques, des passes détestables et des états sans nuages.

Né à East Finchley, dans le nord de Londres, d'un père restaurateur chypriote et d'une mère danseuse britannique d'origine juive, Georgios Kyriacos Panayiotou reprend Queen, Elton John et Stevie Wonder dans le métro, puis fait le DJ dans des clubs. Son premier groupe The Executive, formé en 1979 avec son ami d'école Andrew Ridgeley, s'adonne au ska. Lorsqu'il débarque sur la scène pop, cet Anglo-Chypriote aux cheveux décolorés n'a que 19 ans, affublé de tenues bariolées qui attaquent la rétine. Avec Andrew Ridgeley, l'éphèbe au brushing de surfeur californien forme le groupe Wham! aux ambitions commerciales décomplexées. Le duo disco-pop est propulsé idole de la jeunesse sous l'ère de la Dame de fer, appliquant violemment sa doctrine libérale.

Le tandem enflamme les dancefloors et conquiert la planète avec le tube cataclysmique Wake Me Up Before You Go-Go en 1984. Cette même année, ce vocaliste à la puissance caressante commence sa carrière solo (avant la fin de Wham!) en publiant la ballade, Careless Whisper, dont le saxophone doucereusement lancinant déchire les charts.

Après un dernier tube, Everything She Wants, et un troisième album, Music from the Edge of Heaven, le duo se sépare en 1986, laissant place aux velléités moins teenage de George. Son look change. Il abandonne les frusques d'aérobic flashy pour une barbe de trois jours. Sa musique change aussi. Finie la guimauve.

Prime à une musique aux influences soul, funk et R'N'B' révolutionnée par les pulsations de Prince, mêlant riffs de guitare et rythmes funk. C'est alors l'une des périodes d'effusion créative les plus fertiles et échevelées de sa carrière. Son premier album Faith, en 1987, démontre le nuancier de sa palette et son sex-appeal à l'image du suggestif I Want Your Sex.

Le chanteur est très incarné, physique, jouisseur dans ses clips torrides. Ses mélodies addictives caracolent dans les hit-parades du monde. Un disque multiplatiné qui lui permet d'être l'égal des prophètes Michael Jackson, Madonna et Prince et d'être honoré de deux Grammy Awards.

Dès 1983, George Michael et Andrew Ridgeley forment le groupe Wham! .

Au sortir des années 80, le sida fauche ses amis. Il n'a plus le cœur à ces chiqués macho pour clips érogènes. Son image de sex-symbol remuant devient un avatar encombrant. Il est en recherche d'une légitimité d'auteur-compositeur et de vocaliste. Son deuxième album Listen Without Prejudice Vol. 1 marque cette inflexion plus mature avec, en guise de concept marketing, le retrait. Il n'apparaît plus sur ses pochettes de disques, ni dans ses clips. Ce second opus, moins commercial, est mal accueilli chez Sony, préférant soumettre ses artistes à un régime d'intense matraquage. George se sent pressé comme un citron et emprisonné dans un stakhanovisme discographique, scénique et médiatique. Dans son clip de Freedom!'90, il se fait remplacer par les mannequins Naomi Campbell, Linda Evangelista, Cindy Crawford, Christy Turlington et Tatjana Patitz, tandis qu'il vit une grande histoire d'amour avec Anselmo, un Brésilien rencontré en 1990.

Au faîte d'une popularité et d'une arrogance de stratège à se pousser du col, il accuse Sony de le traiter en « esclave professionnel » et de ne pas avoir soutenu son second album. Un procès retentissant a lieu en 1992. Il le perd. Le chevalier blanc devient mouton noir et broie du noir. Sa romance avec Anselmo finit tragiquement. Il meurt du sida en 1993.

George Michael passe chez Virgin. Son troisième album Older à l'écriture jazzy-soul et orchestration acoustique sophistiquée, sort en 1996. La mort de son compagnon lui inspire l'éthéré Jesus to a Child, tout en arpèges de guitare et flûte.

Alors qu'il renoue avec le succès, il est arrêté pour atteinte à la pudeur dans des gogues où la police de Los Angeles a monté un traquenard. Son homosexualité fait la une des journaux. Il sort de force du placard en or massif où il était exposé en direction d'un public massivement féminin.

Il dénonce les méthodes policières et compose Outside qui raconte cette expérience. En 1999, son disque de reprises Songs From the Last Century ne le remet pas en selle. Pas plus que le single Shoot the Dog, en 2002, dans lequel il éreinte la façon dont Tony Blair et George Bush justifient l'intervention en Irak. « Le magnat de la presse Rupert Murdoch a décidé que j'avais outrepassé mes droits de chanteur pop, confiait-il. Il a fait sonner la charge dans ses tabloïds et a tué mon album. » En 2004, l'album subtil et engagé Patience signe son retour chez Sony.

Après un arrêt de près de quinze ans, il repart en tournée dès 2006, à la faveur du best of Twenty Five. Jusqu'ici tout va bien. Il a un nouveau petit ami, s'est réconcilié avec Sony, remplit les salles. La façade se fissure pourtant et laisse voir la plaie béante d'une star aux affects chaotiques. Sur la brèche, en proie aux fragments douloureux du passé, il est au pire de ses amours torves avec la drogue et l'alcool. En 2010, il emboutit sa voiture sous l'emprise d'antidépresseurs et de cannabis. Il passe un mois derrière les barreaux. Sa tournée de 2011 est interrompue en raison d'une pneumonie qui lui vaut un mois d'hôpital.

Il composait un nouvel album quand il s'éteint chez lui à Londres, le jour de Noël 2016. Comme en clôture d'une année en forme d'hécatombe pop qui a vu quelques mois plus tôt la mort de David Bowie et de Prince. Les Noël sont, depuis, plus tristes sans lui.

Dominique PARRAVANO

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