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George VI : Le roi qui bégayait

Publié le 17 avril 2015

George VI n'était pas destiné à devenir roi, du moins pas aussi rapidement. Propulsé sur le trône après l'abdication de son grand frère, ce grand timide a dû vaincre son principal handicap : il bégayait terriblement depuis sa jeunesse...

Après les dix mois de règne de son grand-frère frivole, George VI accède au trône en décembre 1936. Ayant reçu la même éducation stricte que lui, le nouveau monarque n’a en revanche pas la même aisance pour s’exprimer en public. Son enfance n’est pas heureuse : élevé par une nourrice, il est considéré comme pleurnichard et irascible. Ses genoux cagneux le forcent à porter des attelles correctrices particulièrement douloureuses. Né gaucher, on le force à apprendre à se servir de la main droite. Il souffre également de problèmes digestifs chroniques, pour lesquels il sera fréquemment hospitalisé. George VI, incarné au cinéma par le brillant Colin Firth dans Le discours d’un roi, doit surtout composer avec un handicap très lourd : il bégaie depuis son enfance. Timide, tourmenté par l’effort lorsqu’il doit s’exprimer, le prince « Bertie » est l’enfant favori de son père. Mais rien ne semble le destiner au trône : vivant dans l’ombre de ce frère si à l’aise, George, deuxième dans la hiérarchie, est terrifié à l’idée de s’exprimer en public.

Sa bonne étoile résidera finalement dans le choix de sa femme. En 1920, il rencontre Elizabeth Bowes-Lyon, une femme qui n’est pas issue d’une lignée royale. Mais elle est belle, intelligente, riche, influente et très à l’aise. Bertie en tombe immédiatement fou amoureux. Ce n’est qu’en 1923, et au bout de la troisième demande en mariage, que la perle rare accepte de l’épouser. La famille royale britannique n’empêche pas le mariage avec cette roturière (qui descend tout de même d’une longue lignée aristocratique), privilégiant le progressisme. Elizabeth jouera un grand rôle dans la reconnaissance de son mari. « Lilibet » est tout d’abord très appréciée de son beau-père George V. C’est surtout elle qui pousse son époux à prendre des cours d’orthophonie avec Lionel Logue, dès 1926, après un discours calamiteux prononcé lors de la clôture de l’exposition impériale de Wembley. Le futur monarque Albert se rend plus de 80 fois chez l’orthophoniste en un an. Les progrès du souverain sont lents et laborieux, mais réels. Et loin d’être inutiles : en 1936, « Bertie » devient roi et prend le nom de George VI, suivant en cela les espoirs de son père. George V, désespéré par les amours interdites de son aîné, avait en effet déclaré « Je prie Dieu que mon fils aîné n'ait jamais ni femme ni enfant, et que rien n'empêche Bertie et Lilibet d'accéder au trône ». Le sort confirme même les espoirs de George V de manière prématurée, avec l’abdication d’Édouard.

Elizabeth Bowes-Lyon et George VI
Elizabeth Bowes-Lyon et George VI lors de leur mariage en 1923

L’Irlande profite de la confusion pour accéder au statut de République de manière institutionnelle. Le monarque, fraîchement arrivé au pouvoir, doit faire face à un contexte particulièrement difficile, de regain de tension internationale. Toujours dans l’ombre de son grand-frère, avec qui il est sans cesse comparé, il doit s’assumer et représenter le Royaume-Uni en surpassant sa timidité, alors que se profile le deuxième conflit mondial. Le premier moment charnière, le couronnement, pousse George VI dans ses derniers retranchements. Bon nombre d’entraînements avec Lionel Logue sont nécessaires pour que le roi puisse prononcer le serment correctement. Le même écueil subsiste pour le discours à la nation qui suit le couronnement. Le monarque s’en sort, malgré quelques incidents mineurs. Pour l’ensemble de ses bénéfices, l’orthophoniste australien Lionel Logue sera nommé membre de l’Ordre Royal de Victoria.

Le second moment-clef pour le souverain, très bien retranscrit dans le film de Tom Hooper, est un discours radiophonique prononcé le 3 septembre 1939. Il s’agit ni plus ni moins de la déclaration officielle de l’entrée du Royaume-Uni dans le deuxième conflit mondial. Lionel Logue, appelé en catastrophe au chevet du roi, arrive à 17h40 au palais, vingt minutes avant le passage du roi ! Le discours est malgré tout une réussite, plaçant George VI à un degré d’humanité particulièrement poignant. Durant la guerre, le roi fait d’ailleurs son possible pour être logé à la même enseigne que ses sujets. Le 13 septembre, deux bombes éclatent dans l’une des cours de Buckingham lors d’un bombardement nazi, manquant de peu le couple royal. Lilibet positive, heureuse de savoir que désormais, elle et son mari sont considérés comme tous les autres citoyens britanniques. La famille royale est d'ailleurs soumise au rationnement, et privée de chauffage et d’eau chaude. Le couple devient un symbole de la résistance de la nation : multipliant les visites aux troupes, aux usines de munitions et aux habitants, George VI et Elizabeth sont acclamés en héros au sortir de la guerre. De plus en plus à l’aise dans l’exercice oral, George VI prononce un discours devant les Nations Unies en janvier 1946, à l’occasion de la première assemblée de l’institution.

Le père d’Elizabeth II est également le témoin de profondes mutations d’après-guerre qui fragmentent l’Empire et redessinent le monde : l’Inde prend son indépendance en 1947, et devient même une République en 1950. Usé par ses efforts, par la guerre, par les privations et le stress, mais aussi par un tabagisme excessif, George VI n’est pas en bonne santé. De plus en plus souvent, il laisse à sa fille la charge royale. Son état devient préoccupant : en plus de son athérosclérose, on lui diagnostique un cancer du poumon. En décembre 1951, son poumon gauche est retiré après la découverte d’une tumeur maligne. Il meurt le 31 janvier 1952, à l’âge de 56 ans. Elizabeth II devient reine du Royaume-Uni, charge qu’elle occupe toujours aujourd’hui après 63 ans de règne.

Raphaël Marchal

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