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George Weah : L’ancien footballeur devient président !

Publié le 28 janvier 2018

George Weah, la star du ballon rond, touche au but et dirige désormais son pays, le Liberia.

Trois décennies passées aux abords des surfaces de réparation vous apprennent certaines valeurs. La patience par exemple, cette certitude que même si vous ratez une occasion, une autre finira bien par se présenter et vous toucherez enfin au but. Cette leçon, un certain George Weah l’a bien apprise. Et il tient enfin sa récompense : le 26 décembre dernier, ce roi du ballon rond a été élu président de la République du Liberia, douze ans après sa première tentative.

Pour lui, le plus dur reste à faire, mais ce qu’il vient d’accomplir tient déjà de l’exploit. Vous l’avez peut-être vu dans les stades, voilà plus de vingt ans, quand cet athlète d’exception faisait trembler tous les filets d’Europe, sous les maillots de Monaco, du PSG et de l’AC Milan. Cet attaquant hors pair, seul joueur africain ayant décroché le Ballon d’or, en 1995, est devenu une légende.

Pas seulement pour ses passements de jambe et ses shoots d’une précision chirurgicale. Car quand ses camarades collectionnaient les bolides italiens, lui se préoccupait déjà du sort des plus démunis. Et lorsque les joueurs de son équipe délaissaient leur repas, il allait lui-même les distribuer aux sans-abri tenaillés par la faim. Gilles Grimandi, qui fut son partenaire sur le Rocher et vivait dans le même immeuble que lui, se souvient encore de leur rencontre, comme il vient de le confier dans L’Équipe : « C’était un homme de partage. À ses yeux, il n’existe pas de hiérarchie dans la vie. C’est vraiment quelqu’un d’exceptionnel. »

Carrière

À l’époque, il était déjà l’idole de tout un continent, et les gamins chantaient sa gloire bien au-delà des frontières du petit pays où cet enfant de la balle a vu le jour en 1966, le Liberia. Un joli nom, très prometteur, pour une très triste réalité. Car cette nation d’Afrique de l’Ouest bordée par l’Atlantique, créée en 1822 par la Société américaine de colonisation pour accueillir les esclaves libérés et devenue indépendante en 1847, n’a jamais vraiment été à la hauteur des idéaux philanthropiques de ses pères fondateurs. Alors même que George triomphe sur toutes les pelouses de la planète, sa patrie est endeuillée par une guerre civile sanguinaire, qui fera plus de 250 000 victimes entre 1989 et 2003.

Hasard ou coïncidence, cette même année Weah met fin à sa carrière, après une ultime saison aux Émirats arabes unis, au service d’Al-Jazira Club, destination guère glamour pour un cador de sa trempe. Une fois ses crampons rangés pour toujours, le champion se doit de trouver un nouveau défi à relever. Et même si George Weah a gardé des liens forts avec la France, dont il a même la nationalité, et avec Paris, où son fils Timothy rêve aujourd’hui de s’imposer un jour en équipe première du PSG, comme papa, le gamin de Clara Town, un bidonville de la capitale Monrovia, n’oublie pas d’où il vient.

À 37 ans, ce sportif veut mettre sa notoriété au service de son pays, miné par la corruption et ravagé par les combats, qui figure parmi les dix nations les moins développées du monde selon l’ONU. Et le meilleur moyen d’améliorer une situation aussi désastreuse est, à ses yeux, de se lancer en politique, comme un gladiateur dans l’arène. Cette image, au Liberia, ne relève pas de l’exagération. Avant même d’engager la bataille pour la présidentielle en 2005, George Weah, symbole de réussite sociale résidant en partie à l’étranger, faisant figure de « Monsieur Propre » auprès de ses concitoyens, demande aux Nations unies d’intervenir sur sa terre natale pour mettre fin aux exactions des chefs de guerre régnant sur le pays.

Résultat, le plus puissant d’entre eux à l’époque, le président Charles Taylor, envoie ses hommes incendier sa maison et agresser sa famille. Autant dire que ceux qui « entrent en politique » risquent fort d’en sortir dans un cercueil. George Weah brigue portant la magistrature suprême sous les couleurs du Congrès pour le changement démocratique (CDC), face à une rude adversaire, l’économiste Ellen Johnson Sirleaf.

Cette dernière, avec le handicap d’avoir longtemps travaillé pour la Banque mondiale, trouve d’emblée un angle d’attaque pour discréditer son adversaire : Weah n’est qu’un gosse des rues, très doué balle au pied, mais n’ayant pas fait d’études, totalement dépourvu d’expérience politique et, pour ne rien arranger, il appartient à l’ethnie des Krous, alors que le pouvoir a toujours été détenu par les Congos, descendants des esclaves, soit 5 % de la population. Bref, ce gars-là n’a pas la carrure pour diriger le pays. Et l’argument porte : en novembre 2005, l’ex-footballeur ne recueille que 40 % des suffrages (pas mal pour un débutant tout de même) et doit s’avouer vaincu.

Enfant du ghetto

En 2011, il retente sa chance, cette fois comme vice-président, sans plus de réussite : Ellen Sirleaf est réélue. Mais, comme sur les terrains l’enfant du ghetto se montre tenace, il entame des études et décroche un master en gestion en 2013. Un an plus tard, ses efforts portent leurs fruits : Weah devient sénateur dans la province la plus peuplée du pays, battant à plate couture le fils de la présidente.

Un heureux présage pour celui qui, fin 2017, espère bien lui prendre sa place. Et pour gagner en crédibilité, l’ancien footballeur n’hésite pas à prendre pour colistière Jewel Howard-Taylor… l’ex-femme de Charles Taylor, condamné entre-temps à 50 ans de prison pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre ! Inutile de préciser qu’un tel choix lui a valu de sévères critiques de la part de ses adversaires, ce à quoi Mister George, adepte du pardon des offenses, a répondu : « Tout le monde était l’ami de Charles Taylor », avant d’ajouter n’avoir aucun contact personnel avec le seigneur de guerre déchu.

Dénouement

Reste que la présence de l’ex-banquière sur son « ticket » présidentiel lui aura donné davantage de crédibilité lors du scrutin, Jewel étant pour les électeurs un gage de sérieux et jouissant d’un réseau tissé pendant de longues années passées dans les coulisses du pouvoir. Le dénouement, nous le connaissons désormais.

Avec plus de 61 % des suffrages, il devance dans un fauteuil (présidentiel) Joseph Boakai. Très ému, c’est en larmes que George Weah est allé saluer ses partisans en liesse, réunis sous les balcons de son QG, avant de déclarer : « Je mesure l’importance et la responsabilité qui m’incombent, ainsi que l’immense tâche qui m’attend aujourd’hui. »

Une tâche ressemblant fort à une mission impossible. Elle ne fait pourtant pas peur à cet homme au fabuleux destin, qui affirme : « Il ne faut pas avoir peur du changement. Regardez ma vie. Je suis passé de footballeur à homme politique. »

Souhaitons-lui de connaître autant de succès lors de sa mandature, à partir du 22 janvier, placée sous le signe de la lutte contre la corruption, que sous les maillots du PSG et de l’AC Milan…

Claude LEBLANC

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