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Georges Moustaki : Cette histoire d’amour dont jamais il ne parla…

Publié le 23 mai 2014

Quand il rencontre Sophie Delassein, elle a 19 ans, lui, trente-quatre de plus. Avec le temps, leur liaison se transformera en une amitié solide et indestructible.

C’est l’histoire d’un secret… jusqu’ici bien gardé ! Celui d’un amour enfoui, protégé, mais désormais partagé. Dans son livre, La vie avec Moustaki, publié aux Éditions du Moment, la journaliste Sophie Delassein lève aujourd’hui le voile sur sa romance avec le chanteur. Leur rencontre, leur passion, leur rupture, puis leur amitié. Unique. Jusqu’à sa mort, celui qui aurait fêté ses 80 ans le 3 mai dernier avait en effet gardé une tendresse toute particulière pour celle qu’il avait rencontrée plus de vingt ans plus tôt.

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À l’époque, Sophie est étudiante. Elle a 19 ans. Mais quand, pour la première fois, dans un restaurant italien de Deauville, elle croise la route du Métèque, le temps s’arrête… « La silhouette un rien voûtée, la barbe d’ancêtre, la voix caverneuse, Georges Moustaki apparaît à une heure que je situerais aux alentours du milieu de la nuit. J’aimerais lui parler, j’en crève, j’y vais, j’y vais pas. […] Je m’approche donc, sans motif mais motivée, misant tout sur mon art de l’improvisation qui n’a jamais fait ses preuves. Adorable, il me sourit et me tend son numéro de téléphone griffonné sur la nappe en papier. » Et même si, par son biais, Sophie espère dans un premier temps se rapprocher de la chanteuse Barbara, son idole d’alors, elle ne le sait pas encore, mais sa vie avec Moustaki vient de commencer…

Pour leur premier rendez-vous, elle rencontre la star dans son fief, au 26 de la rue Saint-Louis-en-l’Île. « Un vieil immeuble dans lequel on pénètre par une étroite porte en bois, on longe un long couloir aux lignes floues et on monte, le bois craque, on monte encore, c’est interminable. […] Au dernier étage, le cœur battant à toute allure, le souffle irrécupérable, l’interphone indique le nom de MOUSTAKI en lettres capitales », écrit-elle.

En découvrant cet immense appartement que le chanteur occupe depuis 1961, la jeune femme est sous le charme : « J’adore la fenêtre du salon qui donne en trompe-l’œil sur les vitraux de l’église. L’artiste vit dans un décor qu’il situe entre le musée et le souk avec ces objets chinés au gré de ses voyages, […] des disques empilés et puis des photographies de femmes dispersées, des casques de moto, l’équipement du parfait pongiste [joueur de ping-pong, ndlr], ses peintures grecques contemporaines, un portrait de grand-père à l’huile sur toile, un piano à queue, une cheminée qui s’illumine les jours de grand froid… »

Très vite, malgré leurs trente-quatre ans d’écart, la passion s’invite. Après notamment de nombreuses parties de backgammon et des heures à l’écouter chanter, Sophie finit par céder au charme de cet insatiable amant. « La soixantaine lui tournait autour, physiquement il paraissait vieux depuis si longtemps que chez lui les signes de jeunesse surprenaient chaque fois : un coup d’œil vif et malin sous le sourcil gris, un rire de gamin qui explose dans sa barbe d’aïeul, […] il m’arrivait de me demander qui de nous deux était l’aîné », se souvient-elle.

Amoureux transi, Georges Moustaki fait alors honneur à sa réputation de grand romantique… « Il m’appelle tous les matins à 10 heures, de France ou de l’étranger, capable de se réveiller au cœur de la nuit pour ne pas manquer ce rendez-vous téléphonique. Dans la journée, il m’envoie par télécopie ses petites pensées du jour, ses mots d’amour et des dessins où je figure nue », confie-t-elle. Mais l’idylle finit par tourner court…

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Malgré ses sentiments, Sophie fait machine arrière. « La perspective de devenir une femme d’artiste et l’abnégation que le poste requiert, le quotidien avec lui me semblait inimaginable », explique-t-elle. D’autant que son cœur balance. Un autre homme, Yves Derai, journaliste et éditeur, s’est invité dans la danse. « Ils se lancent dans une partie d’échecs dont je suis la spectatrice pensive, ils ont l’air de bien s’amuser, moi aussi puisque je décide que mon destin sentimental sera à l’image du résultat : je reste avec le gagnant », dévoile-t-elle aujourd’hui.

Sauf que la partie se solde par un match nul… Mais qu’importe, Sophie finit tout de même par choisir Yves ! Coup de tonnerre pour le chanteur, peu habitué à ne pas avoir le dernier mot avec la gent féminine. Beau joueur, Georges accepte toutefois de préserver sa belle amitié avec Sophie, mais pas avec son rival : « Yves et Jo ne se reverront plus que de loin en loin. […] Après notre rupture, mon ami m’avait fait comprendre qu’il ne tenait plus à fréquenter mon mari. »

Une dizaine d’années plus tard, dans une chanson dédiée à Sophie, Éphémère éternité, l’artiste lui chante son amour. « Par discrétion, sur le livret, il l’a dédiée à “L” », explique-t-elle dans son livre. Leur séparation ne les a pas empêchés de rester d’excellents amis.

Avant qu’il ne soit emporté par la maladie, Sophie préparait même la création d’une pièce de théâtre sur sa vie. « Jo suivait tout cela de près, il se réjouissait. La vie a interrompu notre beau projet. Pas la vie, non, mais la mort. Sa mort », regrette-t-elle.

Florian Anselme

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