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Gérard de Villiers : Révélations sur les secrets d’un écrivain sulfureux !

Publié le 9 juin 2018

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Cinq ans après la mort de Gérard de Villiers, un livre choc révèle la face cachée du père des “SAS”…

Pour Son altesse sérénissime Gérard de Villiers, première biographie consacrée à l’écrivain et ancien journaliste de France Dimanche, Benoît Franquebalme a enquêté sur les nombreux secrets de l’homme aux 100 millions de livres vendus. En voici quelques-uns.

Ses biens pillés après sa mort

Quand Gérard de Villiers disparaît, victime d’un cancer du pancréas, le 31 octobre 2013, la France découvre, effarée, que celui qui a vendu plus de 100 millions de SAS a fini ruiné et endetté.

N’ayant jamais résolu ses problèmes avec le fisc, un emprunt a été pris, peu avant sa mort, appuyé sur la valeur de sa maison de Saint-Tropez, qui s’élèverait à plus de 7 millions d’euros.

La somme de 500 000 euros a été versée sur le compte joint du couple de Villiers en février 2013 pour payer 330 000 euros d’impôts.

Sa veuve Christine (ils étaient séparés mais pas divorcés) assure que l’appartement parisien qu’il louait au 3, avenue Foch a été « pillé ».

Selon elle, lors des derniers jours de son mari, certains en ont profité pour le spolier.

Elle dépose une plainte contre X pour abus de faiblesse, abus de confiance et vol au détriment de son époux.

Argenterie, bijoux, chemises Hermès, grands crus, montre en or Audemars Piguet, œuvres d’art, etc. auraient disparu.

Le livre révèle que le 26 février 2014, la BRDA (Brigade de répression de la délinquance astucieuse) de Paris place Sylvie Élias (sa dernière compagne) en garde à vue à la suite de la plainte.

Une perquisition est effectuée à son domicile mais ne donne rien.

Les tapuscrits originaux des SAS, de la documentation et des meubles sont finalement découverts chez un expert, déposés à la demande d’un commissaire-priseur.

Une statue est retrouvée chez une société d’enchères.

En mai 2014, le rapport de synthèse de la BRDA épingle « le caractère fantaisiste de la procédure formalisée » par ledit commissaire-priseur. Une grande partie des biens de Gérard de Villiers n’est pas retrouvée.

Le drame de son enfance

C’est un aspect de sa vie que l’écrivain n’a jamais révélé : sa présumée mère ne l’a reconnu que le 1er mars 1933, alors qu’il est né le 8 décembre 1929.

Plusieurs questions se posent donc.

Où a-t-il passé les années qui ont suivi sa naissance ?

Probablement dans une institution religieuse, sa famille étant très pieuse.

Pourquoi attendre ses 3 ans pour le reconnaître ?

Parce que, passé cet âge, les enfants étaient systématiquement adoptés. Valentine Adam de Villiers devait donc prendre une décision.

Autre question : était-elle vraiment sa mère ?

Très probablement, mais Gérard étant né hors hôpital et ayant été déclaré par un certain Georges Schenck, dont on ne sait rien, on ne peut rien affirmer.

Et le père ?

Gérard assurera toute sa vie qu’il s’agissait du célèbre dramaturge Jacques Deval.

Il aurait eu une brève aventure avec sa mère, la faisant « fille-mère » à 37 ans. Mais celui-ci ne l’a pas reconnu non plus.

« Il ne parlait jamais de son enfance, explique Christine de Villiers. J’ai découvert à la mairie, le jour de notre mariage, en 1991, qu’il était né de père inconnu quand le maire l’a dit ! »

Silence total également concernant les trois premières années de sa vie. Olga, sa première femme, qui a connu Valentine, se rappelle l’avoir souvent entendue dire à son fils : « J’aurais pu t’abandonner ! »

Il se brouille à mort avec Philippe Bouvard

Gérard et le papa des Grosses têtes auront été amis toute leur vie. Ou presque.

Les deux journalistes se sont véritablement connus à l’automne 1960 en Iran.

Partis couvrir la naissance du fils du shah et de son épouse Farah Diba, ils restent plusieurs semaines sur place à festoyer.

Devenu un complice indéfectible, Philippe Bouvard soutient de Villiers dans ses articles lorsqu’il lance les SAS en 1965 et, dans les décennies suivantes, l’invitera régulièrement à participer à ses émissions.

Même le fiasco du journal Réussites en 1980, qu’ils avaient lancé ensemble, ne les fâchera pas. Pour cela, il faudra attendre le début des années 2010.

Invité chez Philippe, Gérard apostrophe ainsi un convive nommé Blum : « Alors, vous êtes pas tous restés à Auschwitz ? »

« Je me suis dit que ce n’était pas possible de fréquenter un type comme ça, explique Bouvard dans la biographie de Benoît Franquebalme, à qui il a confié cette anecdote inédite. Il était trop mal élevé, trop provocateur. »

Précisons que la maman de l’animateur était juive, ainsi que son beau-père.

« De Villiers était antisémite et xénophobe, estime son ancien ami. Pas par méchanceté mais pour le plaisir de choquer. Il adorait ça, choquer. Comme dans ses livres. »

Il ne se rendra pas à ses obsèques.

Un père absent et outrancier

Gérard de Villiers a eu deux enfants de deux femmes différentes.

Né le 18 juin 1959, Michel est le fils d’Olga, la première épouse du journaliste (il en aura quatre).

Née le 28 décembre 1971, Marion avait pour maman Annick, sa deuxième épouse, disparue depuis.

Troisième femme de De Villiers, Marie-Christine assure que c’est elle qui a élevé Marion à partir de ses 8 ans : « Gérard ne s’occupait pas de ses enfants, c’était un très mauvais père, ça ne l’intéressait pas. »

Mais c’est surtout avec Michel que cela se passera mal. De son vivant, son géniteur l’admettait : « Je m’étais très mal occupé de mon fils. »

Dans Son altesse sérénissime Gérard de Villiers, ce dernier lui rend la monnaie de sa pièce : « Il n’avait pas d’amour à offrir, donc il mentait, c’était un mensonge ambulant, un mensonge vivant. »

Michel assure même que, alors qu’il n’avait que 16 ans, son père a tenté de le faire coucher avec sa propre maîtresse lors d’un voyage aux États-Unis : « Un soir, après qu’ils avaient fait l’amour, il a voulu l’emmener dans ma chambre, et j’ai refusé. Je n’étais pas vierge, je n’avais pas besoin de lui pour trouver une femme ! Là, j’ai compris qu’un truc n’allait pas chez lui. Mettre sa propre maîtresse dans le lit de son fils, c’est choquant. »

Un incorrigible coureur de jupons

À l’image de son héros Malko Linge, Gérard de Villiers a connu une vie amoureuse et sexuelle tumultueuse, dont ses quatre épouses ont fait les frais.

Olga, la première, obtiendra le divorce en établissant des constats d’adultère.

Annick et Marie-Christine, ses deux femmes suivantes, ont beaucoup souffert de ce tempérament.

« Je n’ai jamais refait ma vie, je ne me suis jamais remariée. C’est difficile de refaire sa vie quand on a été blessée de la sorte », témoigne Marie-Christine.

Christine, sa quatrième épouse, ne se laissera pas faire, se révoltant au début des années 2000 à la suite d’une affaire croquignolesque.

Se rendant en Malaisie pour un SAS, son mari y donne rendez-vous à… cinq maîtresses !

Hélas pour lui, sa femme découvre le pot aux roses en tombant sur les messages téléphoniques des cinq conquêtes !

« Il avait proposé cinq jours à Kuala Lumpur à l’une, trois jours à Malacca à l’autre, etc. Il a été vexé comme un écolier pris sur le fait quand il a vu que j’avais compris », confie, quinze ans plus tard, sa veuve.

L’ami de Jean-Marie Le Pen

Si « Monsieur SAS » n’a jamais caché son admiration pour le fondateur du Front national, on ignorait qu’ils étaient amis.

Jean-Marie Le Pen a reçu Benoît Franquebalme dans sa propriété de Montretout (Hauts-de-Seine) et s’est livré sans fard.

« J’avais de l’amitié et de l’estime pour lui. Et je suis un ami fidèle, clame le père de Marine. Je dînais avec lui et nos femmes. Il était un peu goguenard, c’était un personnage joyeux. Nous étions presque contemporains. Il est né en 1929, et moi en 1928. Nous avions des idées relativement proches. Il aimait les jolies femmes, il était un peu coquin. »

L’ex-patron du FN était un lecteur fidèle de son ami.

« J’aimais ce qu’il faisait. C’était un mélange subtil, avec la petite intrigue policière et quelques pétales d’érotisme. Un petit mélange agréable à lire. C’est lui qu’il projetait à travers ce personnage séducteur, séduisant et sympathique. »

Un agent de renseignement

Peu avant la mort de l’auteur, Michel Roussin, ex-directeur de cabinet d’Alexandre de Marenches (patron des services secrets français de 1970 à 1981), avait déjà vendu la mèche dans M, le magazine du Monde : Gérard était un « honorable correspondant », c’est-à-dire un collaborateur bénévole des services.

« L’officier traitant de Villiers était le colonel de Lignières, avait révélé Roussin. Le SDECE [actuelle DGSE, ndlr] utilisait SAS pour faire de la désinformation, c’était la mode, à l’époque. Par lui, on faisait passer des messages. »

Dans Son altesse sérénissime Gérard de Villiers, Philippe Bouvard confirme cette info, jusqu’alors isolée : « Gérard de Villiers était effectivement ce qu’on appelle un honorable correspondant. J’étais assez ami avec Alexandre de Marenches sous Valéry Giscard d’Estaing. Un jour, il m’a invité à la Piscine, le siège du SDECE à Paris. Là-bas, il y avait une grande pièce avec un planisphère hérissé de petits drapeaux qui correspondaient aux honorables correspondants. Il m’avait parlé de Gérard comme de quelqu’un qui, après chaque voyage, lui rapportait des renseignements. Gérard ne s’en cachait pas, pas devant moi en tout cas. Il était assez fier d’avoir une place dans un organigramme officiel. »

Ami de l’écrivain, l’ex-juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière n’est pas surpris : « Dans le monde anglo-saxon, tous les hommes d’affaires sont des agents de renseignement. Comme il bourlinguait beaucoup, il est possible qu’il l’ait fait d’initiative. »

Son altesse sérénissime Gérard de Villiers, de Benoît Franquebalme, éd. Plon, 19,90 €.

Olivier LINON

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