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Gérard Depardieu : Le globe-trotter qui aime les dictateurs !

Publié le 1 décembre 2018

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Gérard Depardieu, qui se dit citoyen du monde, possède un indéniable talent pour se faire des amis parmi les pires despotes…

Le 9 septembre dernier, tous les journaux nous l’ont montré, sourire aux lèvres, au côté de Yann Moix, assistant aux célébrations du 70e anniversaire de la création de la République populaire démocratique de Corée. Ce voyage effectué par Gérard Depardieu, qui a duré en tout un mois, l’écrivain et réalisateur en a tiré un documentaire d’une heure trente, intitulé 70, dont on pourra bientôt se délecter (ou pas) sur grand ou petit écran.

En attendant que ce film nous en apprenne un peu plus sur le déroulement de cette étonnante équipée, le moins qu’on puisse dire c’est que la présence de l’acteur français dans ce pays, dirigé d’une main de fer par Kim Jong-un, a fait une fois de plus pousser les hauts cris à tous ceux qui s’indignent depuis quelque temps de voir le comédien s’acoquiner avec certains des pires autocrates de cette planète… 

Depuis ces images prises en Corée du Nord début septembre, tandis que les critiques pleuvent à seaux sur l’artiste et que ses détracteurs s’époumonent et s’insurgent, Gégé, imperturbable et droit dans ses bottes, continue de rigoler à s’en éclater la panse ! Décontracté, croquant la vie à pleines dents, il poursuit, sans complexe ni honte, ce qu’on pourrait appeler sa tournée des dictateurs, commencée il y a de nombreuses années d’ailleurs, avec l’ancien dirigeant de Cuba, Fidel Castro.


Cette amitié est née en 1996, à l’époque où la star avait investi dans Pebercan, la société pétrolière de Gérard Bourgoin, surnommé « le roi du poulet ». Détenteur d’un très grand groupe volailler français, ce dernier avait monté une entreprise d’exploitation de puits de pétrole sur cette île des Caraïbes. « On m’a reproché mon amitié avec Fidel Castro, se justifiait l’acteur dans Le Parisien en 2016. Mais Castro, lui au moins, il a su nourrir son peuple, il lui a donné des hôpitaux, une instruction, une culture. »

Selon ses proches, Gérard agit toujours sur un coup de cœur, guidé non pas par l’appât du gain mais par l’enthousiasme. Est-ce ce sentiment qui, en 1998, l’a poussé à soutenir le candidat nationaliste Vladimir Meciar en Slovaquie ? Ou, en 2002, à se payer une belle page de publicité dans le quotidien Libération pour cautionner le milliardaire algérien Rafik Khalifa, soupçonné d’abus de biens sociaux et de blanchiment d’argent ?

Il faut toutefois reconnaître que l’amoureux des beaux textes et des grands crus (que, de son propre aveu, il a arrêté de consommer) a vraiment le chic pour se faire de puissants et inquiétants amis. Si son amitié avec Vladimir Poutine a fait grand bruit en 2013 – à l’époque où, fâché contre la France, Depardieu a obtenu la nationalité russe – il n’a pas non plus hésité à partager de bons moments, en 2015, avec le président de la Biélorussie, Alexandre Loukachenko. Devant des photographes ravis, l’autoritaire dirigeant, en survêtement aux couleurs de son pays, avait appris à Depardieu à faucher les foins à la main ! Un après-midi que l’invité de marque de ce chef d’État réputé pour sa répression et son manque de respect des Droits de l’Homme, a trouvé très rafraîchissant : « Là où je suis allé, c’est merveilleux, on dirait la Suisse, a alors déclaré l’artiste, sous le regard ravi de son hôte. Les routes sont impeccables, il y a de très jolis étangs, de belles maisons. Je vois que les gens sont heureux, calmes et que ce pays doit être très agréable à vivre. »

Naïveté, inconscience ou pure provocation ? Gégé affirme à qui veut l’entendre qu’il n’est qu’un citoyen du monde, qui souhaite, comme le souligne son ami Yann Moix, dans Paris Match : « Dévorer le monde pour comprendre. » Libre d’aller et venir sur cette planète, il se revendique être humain, se défendant de toute idée politique… « Je suis russe, français. Pas algérien, mais j’ai le passeport algérien parce que j’adore l’Algérie », déclarait-il dans Le Parisien en 2016. 

Au point d’avoir entretenu avec le président Abdelaziz Bouteflika une relation très privilégiée qui lui permettra d’affirmer : « J’ai un vignoble, là-bas à Tlemcen, qui s’appelle le domaine Saint-Augustin, où on a 150 hectares, expliquait l’acteur au média Algérie Part en 2017. Bouteflika, avant qu’il ne tombe malade, m’avait dit : “Ne t’en fais pas, à un moment où ça ne sera plus 60-40 %, on va s’arranger”. Je lui ai dit : “Je ne veux pas m’imposer, je connais les douleurs et les souffrances” ».

Toujours dans Le Parisien, il y a deux ans, il insistait sur son manque d’appartenance à notre pays, en lançant : « Je ne suis pas que français, je suis vivant, bordel ! Et la vie est dans le monde. » Dans le monde des hommes de pouvoir, en tout cas, dont il occulte, il faut bien l’avouer, littéralement les méfaits, voire les exactions… Mélange contradictoire de Grandgousier bienveillant, gourmand de tout savoir sur ceux qui l’entourent, et entrepreneur foisonnant parfois mal inspiré ; capable de demander 100 000 dollars pour deux ou trois jours de présence au Festival de cinéma Eurasia au Kazakhstan, et heureux de jouer gratuitement dans The End, un film de son ami Guillaume Nicloux qui lui tient à cœur…

Capable également de soutenir, toujours sans l’ombre d’un malaise, un autre tyran patenté, le Tchétchène Ramzan Kadyrov, accusé, entre autres, par la communauté internationale, d’arrêter, de torturer et d’assassiner les homosexuels de son pays !

En 2012, le héros des Valseuses a ajouté un membre à son club très ouvert et très controversé des dictateurs du monde entier : le président ouzbek jusqu’en 2016, année de sa mort, Islam Karimov. Mieux encore, l’acteur a accepté d’enregistrer une chanson avec sa fille, Gulnara Karimova, plus connue sous le nom de Googoosha ! Mais il faut croire que la star française possède cette qualité exceptionnelle qui lui permet de passer outre les terrifiants défauts de ses partenaires pour ne voir en eux que le meilleur…

Selon le journal turc Aidinlik, l’interprète de Mammouth aurait aussi envisagé de rencontrer le président Recep Tayyip Erdogan, afin de lui demander de devenir citoyen de son pays. Le club des tyrans s’agrandit…

Clara MARGAUX

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