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Gérard Hernandez : Dans un état désespéré !

Publié le 4 avril 2020

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Gérard Hernandez, le héros bougon de "Scènes de ménages", a révélé le mal terrible qui le ronge...

Depuis dix ans, il jubile à jouer les vieux bougons aigris au côté d'Huguette, interprétée par Marion Game, mauvaise langue et aussi méchante que lui. Et ça marche ! Leur couple, a priori le moins sympathique de Scènes de ménages, la mini-série diffusée chaque soir à 20 h 25 sur M6, est le préféré des téléspectateurs !

Une reconnaissance méritée pour le natif de Valladolid, en Espagne, qui a découvert sa vocation de comédien par le plus grand des hasards. Dans sa première vie, il était en effet bibliothécaire. Un jour de 1955, un régisseur téléphone à la bibliothèque : il cherche un acteur ne parlant qu'espagnol pour jouer dans le film d'Yves Allégret, La Meilleure Part. Comme l'a raconté Gérard Hernandez sur RTL : « Je me suis pointé et j'ai fait le gars qui parlait pas du tout français, qui était espagnol. »

Soixante-cinq ans après ce premier rôle décroché au culot, il est toujours là. Avec derrière lui une carrière bien remplie : films, téléfilms, séries, pièces de théâtre et pléthore de doublages (les voix du Grand Schtroumpf et du Schtroumpf grognon dans les célèbres dessins animés, c'est lui !).

Prendre sa retraite ? Ce fringant octogénaire pourrait y songer, sauf que l'idée le terrifie. « Ça veut dire la boîte, le plumier, c'est fini ! » affirme-t-il. Et puis de toute façon, il n'a pas les moyens. « La retraite de comédiens que je toucherais serait tellement minime que je serais obligé de travailler. Même si la passion n'était plus là, il y aurait aussi le côté financier qu'il faudrait prendre en compte. Donc je serai toujours en activité jusqu'à la mort. »

La passion est, heureusement, encore au rendez-vous. Mais, hélas, si Gérard a encore le cœur à l'ouvrage, le corps, lui, ne suit plus.

Invité le 3 mars dernier dans l'émission L'Instant de Luxe, sur la chaîne Non Stop People, l'interprète de Raymond n'a en effet rien caché du terrible mal qui le gangrène. Une souffrance de chaque instant, qui non seulement gagne du terrain au fil des jours, mais le vide de toute énergie, au point qu'il ne parvient parfois même plus à se lever !

« J'ai peur de partir en kit, comme chez Ikea », confie ce clown qui sait depuis longtemps que l'humour est la politesse du désespoir.

Contre cette maladie qui le ronge, le terrifie, il n'y a hélas aucun remède. Inéluctable, elle nous attend tous au tournant. Et pour cause, c'est la vieillesse. « Le grand de Gaulle avait raison, c'est un naufrage ! Il me faut une heure pour marcher… » déplore-t-il.

Le 20 janvier dernier, le comédien soufflait ses 87 bougies. Un anniversaire qu'il n'a sans doute pas fêté, lui qui aimerait tant pouvoir bloquer le compteur. Ou, mieux encore, le faire tourner dans l'autre sens.

« Il y a quelques années, je pouvais mettre mon chiffre à l'envers. Par exemple 82, ça faisait 28. Maintenant, même si je le mets à l'envers, ça fait vieux. À l'envers, ça fait 78. »

Il lui faudrait attendre ses 90 ans pour avoir au moins l'illusion de retrouver sa prime jeunesse. Mais tiendra-t-il jusque-là ? Il semble tellement désespéré par son état qu'il est permis d'en douter.

« C'est pas beau de vieillir. On y résiste plus ou moins, bien ou mal, mais c'est pas beau. C'est pas un grand cadeau, la vie, c'est pas un grand cadeau. […] Vous verrez, ce qui manque, c'est cette flamme… »

Mais plus encore que ses propres douleurs, cette « décrépitude » qui lui fait tant horreur, c'est pour sa femme, son âme sœur, Micheline, que Gérard tremble. Jacques Brel, dans sa chanson Les Vieux, évoquait superbement le drame d'être celui qui se retrouve seul, désemparé, après toute une vie passée côte à côte. Voilà plus de soixante-huit ans que cet Hidalgo à la moustache fringante partage tout et plus encore avec cette professeure d'esthétique – elle a écrit plusieurs ouvrages sur le sujet – qui lui a donné un fils, François. Ce couple complice et très fusionnel est aux antipodes de celui qu'il forme à l'écran avec Marion Game !

« Tout le contraire dans la vie de ce que j'aurais pu supporter ! » s'amuse-t-il. Il n'était pas encore acteur lorsqu'il a rencontré, lors de vacances à La Baule, cette blonde élégante et discrète. Micheline s'est toujours tenue à l'écart des projecteurs braqués sur son mari, acceptant une fois seulement d'apparaître dans un reportage consacré à Scènes de ménages, en 2013.

Par amour pour sa chère moitié, il est même arrivé que Gérard refuse certains rôles qui l'auraient contraint à s'éloigner d'elle. « Nous sommes indispensables l'un à l'autre […] Quand elle n'est pas là, je suis un peu perdu » confiait, il y a quelque temps, l'acteur à nos confrères de Gala.

Comment le couple appréhende-t-il la mort ou la dégradation brutale de la santé de l'un de ses membres ? Étrangement, alors qu'ils n'ont aucun secret l'un pour l'autre, ils évitent soigneusement le sujet, choisissant d'en rire plutôt que d'en pleurer, comme l'a avoué Gérard, ému aux larmes : « Il y a un côté pudique, on ne montre pas trop. Moi, mon truc, c'est de plaisanter, de déconner… Quand je déconne beaucoup, c'est que ça ne va pas. »

Ses deux familles, celle fondée avec Micheline et celle qu'il forme avec la joyeuse bande de M6, sont heureusement là pour entretenir cette flamme qui, quoi qu'il en dise, continue de briller dans ses yeux noirs.

Lili CHABLIS

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