France Dimanche > Actualités > Gérard Lenorman : Braqué par un tireur fou !

Actualités

Gérard Lenorman : Braqué par un tireur fou !

Publié le 14 août 2018

Gérard Lenorman a confié cette incroyable histoire à André Manoukian…

Comme nombre d’enfants malheureux, le jeune Gérard Lenormand (avec un « d » à l’époque) est intellectuellement précoce.

Né d’une mère violente et instable, et de père inconnu (dont il apprendra plus tard qu’il s’agissait d’un soldat allemand), le garçon est trimballé entre sa grand-mère et des orphelinats avant de s’établir à Issoire, en Auvergne, où il souffre d’un grand désert affectif.

Il se réfugie alors dans la musique.


Dès l’âge de 5 ans, en secret, il joue de l’harmonium dans les églises avant de composer ses propres chansons, comme Le vagabond, à 12 ans ! 

Plus tard, alors qu’il est surnommé « Le petit prince de la chanson française » dans les années 70, le sommet de sa gloire, les propositions affluent sur le bureau de son producteur.

C’est ainsi qu’au printemps 1976, Jean-Jacques Souplet, le patron de son label, CBS, lui fait écouter un titre.

Gérard vient de triompher avec La ballade des gens heureux, aussi n’est-il pas évident pour lui de retrouver une mélodie aussi efficace.

Mais ce qu’il entend ce matin-là dans sa maison de disques est « gravé dans du marbre » !

Il le raconte lui-même dans l’émission d’André Manoukian, La vie secrète des chansons, diffusée fin juin sur France 3.

Cette musique est faite pour ce jeune chanteur romantique, qui incarne la ­nostalgie comme personne.

D’autant que les paroles sont écrites par Didier Barbelivien, avec lequel il a connu le succès une année plus tôt grâce à Et moi je chante.

Gérard tombe totalement sous le charme de cette ­chanson racontant un amour de jeunesse.

Qui d’autre que lui, avec son regard lunaire et mélancolique, serait mieux à même de l’interpréter ?

Michèle

L’artiste est enchanté par ce futur tube.

Seul un détail le fait tiquer, le titre : « Marcelle » ! Pas assez glamour.

Si le parolier a choisi ce prénom, c’est pour ne pas dévoiler le vrai.

Car cette jeune fille qui « avait à peine 15 ans » et dont les « cheveux portaient des rubans » a bel et bien existé.

Didier l’a fréquentée au lycée Chaptal, près des Batignolles à Paris.

Il a donc choisi un pseudo, original, afin de faire diversion.

Mais Gérard le romantique en veut un autre !

Alors, il cherche dans ses propres amours passées.

Immédiatement, un prénom lui revient : Michèle. Une « beauté exceptionnelle ! » qui avait 14 ans.

C’est dans l’Auvergne de son enfance, à Cournon, qu’il l’a rencontrée.

Cet été-là, au bord de la rivière qui porte le même nom, le jeune Gérard voit un
« boulet de canon, de A à Z » !

Grand timide devant l’éternel, il n’ose pas la regarder et encore moins l’aborder.

Pour ne pas faire comme Icare se brûlant les ailes en volant trop près du soleil, il est contraint de garder ses distances avec sa belle.

Or, il compose déjà et chante dans des groupes locaux, et la musique lui vient sans doute en aide.

Nul ne le sait, à part Gérard.

Comme pour préserver un si beau souvenir, l’interprète du Gentil dauphin triste reste énigmatique.

Tout juste confie-t-il à « Dédé » Manoukian que « petit à petit », il parvient « à s’en approcher et à lui parler ».

On ne sait pas non plus si cet amour est réciproque.

Toujours est-il qu’un soir, par une lourde et chaude fin d’après-midi, le jeune soupirant raccompagne la demoiselle chez elle.

Seulement, l’apprenti gentleman va vite déchanter.

Forcené

Non pas que Michèle l’éconduise, mais il sent sa nervosité croître à mesure qu’ils s’acheminent en vue de son domicile.

« Il ne faut pas s’approcher trop près », le met-elle en garde.

Gérard a à peine le temps de demander « pourquoi ? » qu’il aperçoit deux volets de la maison s’ouvrir brusquement et le canon d’un fusil se braquer dans leur direction !

C’est le père de la jeune fille qui veillait et les attendait !

« Va-t’en, va-t’en ! » hurle alors Michèle à son chevalier servant, tandis que le père, fou furieux, rugit à sa fenêtre : « Je te vois, je te vois ! »

Aussi timide que discipliné, l’adolescent a alors pris ses jambes à son coup, sans avoir eu le temps de dire au revoir à l’objet de sa flamme, à laquelle il avait peut-être imaginé ce soir-là pouvoir donner son premier baiser.

Mais, sur le moment, il pensait surtout à fuir loin de ce forcené !

Si loin qu’il ne reverra plus jamais Michèle !

Dès lors, on comprend pourquoi ce prénom l’a marqué.

Comme un traumatisme d’enfance, cette petite « amourette » avortée l’a tant contrarié qu’il en a fait le titre de l’une de ses plus belles chansons vingt ans plus tard !

« Michèle, c’est bien loin tout ça ! », mais pas tant que cela, en fait.

Car, même à 73 ans, on se souvient toujours de ses premières amours…

Pierre-Antoine BRIONNE

À découvrir