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Ginette Garcin : Une gouaille légendaire !

Publié le 28 juin 2020

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Disparue il y a dix ans, Ginette Garcin demeure ancrée dans tous les cœurs.

Personne n'a oublié ce petit bout de femme énergique, familière des séries télévisées, cette comédienne pétillante, auteur pour les planches du Clan des veuves dont elle fut la dernière survivante. Un maudit cancer l'a emportée, il y a dix ans, après trois combats co urageux. Son ultime bataille lui aura été fatale, nous privant de cette comédienne attachante qui venait de tourner pour France 3 un énième épisode de la série Famille d'accueil où elle incarnait tante Jeanne.


FORMÉE AU MUSIC-HALL

Née le 4 janvier 1928 à Marseille, ville où ses parents tenaient les Bains Garcin sur une des plages – et dont elle avait gardé une pointe d'accent –, Ginette Garcin a été formée à la rude école du music-hall. Une école qui lui permettra de devenir une comédienne sachant tout faire : jouer, chanter, danser, faire des claquettes et même du trapèze ! Un imprésario de Lyon, René Valéry, la remarque. Chargé par Jacques Hélian, le chef du célèbre orchestre de variétés et de jazz de l'après-guerre, de trouver une chanteuse pour remplacer Francine Claudel qui quitte la troupe, il l'engage en février 1947.

Seule fille au sein de ce grand orchestre qui fit chanter la France pendant plus de dix ans au sortir de la guerre, on la surnomme « la sauterelle ». « C'étaient des tournées sans arrêt et puis, tous les dimanches, nous étions rue Armand-Moisan où nous avions une émission en direct. Nous étions une usine à chansons ! » dira-t-elle.

Dès octobre 1947, elle forme avec Jean Marco (le premier interprète de C'est si bon) qui rejoint l'orchestre un duo emblématique pendant des années. Sa disparition prématurée en 1953 l'affectera profondément. La formation tourne à partir de juillet 1950 le film Pigalle-Saint-Germain-des-Prés d'André Berthomieu dans lequel elle fait ses premiers pas au cinéma. À l'automne 1950, Jacques Hélian intègre le trompettiste Ernie Royal. Elle s'en éprend. Un amour qui ne sera pas du goût de Jacques Hélian qui s'en séparera au sortir de l'été 1951, après le tournage du deuxième long-métrage de l'orchestre, Musique en tête. « Il m'a virée ! » confiera-t-elle amèrement, avant de concéder : « Mais, avec lui, j'ai tout appris. »

UNE ARTISTE COMPLÈTE

Ses quatre années passées au sein de l'orchestre du créateur de Fleur de Paris, l'hymne de la Libération, lui ouvriront les portes des cabarets de la capitale avant de travailler avec le compositeur Loulou Gasté, mari de Line Renaud. Elle se lie d'amitié avec toute la profession, côtoie Brassens et Brel, qui l'impose à Bobino. Elle chante aussi bien les refrains surréalistes de son ami Boby Lapointe, que des rengaines coquines, ou celles de Jean Yanne pour qui elle enregistra plusieurs chansons dans les années 1960. Ce dernier sera d'ailleurs l'un des premiers, avec Michel Audiard, à la diriger au cinéma, dans Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil où elle chante sa chanson Jésus Tango. Le fantaisiste la rappellera pour Moi y en a vouloir des sous.

En 1971, elle rencontre Jean Gabin sur le tournage du film de Michel Audiard Le drapeau noir flotte sur la marmite. « Il me persuadait d'avoir choisi la bonne voie et que, venant du music-hall, je n'aurais aucun problème », dira-t-elle. Elle partage à nouveau l'affiche avec lui pour Le Tueur de Denys de La Patellière. Très vite, elle se fait remarquer dans Le Gang des otages d'Édouard Molinaro et Juliette et Juliette de Rémo Forlani. Yves Boisset la mettra en couple avec Jean Carmet dans Dupont Lajoie, tandis que Jean-Charles Tacchella l'inscrit aux génériques de Cousin, cousine, Le Pays bleu et L'Homme de ma vie. Et comment oublier ce premier rôle offert par Nelly Kaplan dans Charles et Lucie où elle crève l'écran avec Daniel Ceccaldi ?

Claude Lelouch, qui l'aimait beaucoup, la fera tourner à cinq reprises à l'aube des années 80 dans les films Les Uns et les Autres, Édith et Marcel, Partir revenir, Attention bandits ! et Hommes, femmes, mode d'emploi. Bertrand Blier l'accueillera dans ses univers surréalistes avec Notre histoire et Mon homme. Enfin, à la fin de sa carrière, elle fit des apparitions dans les films La Beuze ou Les Dalton.

PILIER DE SÉRIES TÉLÉVISÉES

Toutefois, c'est à la télévision dès les années 70 et surtout au cœur des années 80 que Ginette Garcin devient réellement populaire et généreuse avec un public qui transcende les générations. Elle tourne de nombreux téléfilms et séries comme Les Enquêtes du commissaire Maigret, aux côtés de Jean Richard, Imogène où elle donnait la réplique à Dominique Lavanant, Père et maire, mais c'est surtout dans l'inénarrable Marc et Sophie qu'elle marquera le souvenir des téléspectateurs. Entre 1987 et 1991, elle sera la fameuse belle-mère de Sophie (Julie Arnold). Elle y donne la réplique à Claude Gensac, l'autre belle-maman du feuilleton diffusé sur TF1. Durant la dernière décennie de sa carrière, ce sera le rôle de tante Jeanne de la série Famille d'accueil qui parachèvera sa grande notoriété où elle incarne une adolescente de 80 ans qui n'en fait qu'à sa tête. Une fausse bourrue qui cache une vraie tendresse.

Ginette Garcin s'est faite plus discrète au théâtre (une bonne quinzaine de pièces tout de même). Toutefois, son nom restera à jamais associé à l'un des grands succès du boulevard : Le Clan des veuves, une comédie sur la solitude du veuvage, écrite après le décès de l'écrivain et journaliste Robert Beauvais, son unique époux. « Pour faire le voyage de la vie à la mort, mieux vaut mettre dans ses bagages plus de rires que de larmes », aimait-elle à dire. Avec ses consœurs Jackie Sardou et Mony Dalmès, elle incarnera avec délectation des veuves extravagantes qui portent sur la gent masculine et les relations conjugales un regard aussi désabusé que cocasse. Créée en 1989, la pièce sera jouée plus de mille fois à Paris et tournera avec succès en province. Elle fait encore l'objet de nombreuses reprises.

Ginette Garcin s'en est allée le 10 juin 2010 alors qu'elle venait de terminer la saison de la pièce de Raphaël Mezrahi, Monique est demandée caisse 12. Cette joyeuse drille de 82 ans, qui n'aimait que les fleurs blanches, n'avait qu'un seul regret : celui de n'avoir pas eu d'enfants. Ginette Garcin espérait bien retrouver au ciel « son Beauvais », le compagnon de sa vie… C'est fait au grand dam du public qui la garde à jamais dans son cœur.

Dominique PARRAVANO

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