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Grégory Zaoui : “Je ne me considère pas comme un escroc !”

Publié le 17 mai 2022

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Grégory Zaoui était un petit gars de Pantin que rien ne prédestinait à cette vie-là. Pourtant, il sera jugé et incarcéré pour avoir été le concepteur du “casse du siècle”, une incroyable arnaque à la taxe carbone qui a coûté plus d'1,5 milliard d'euros au Trésor public. Entre repentance et humilité, Grégory Zaoui a accepté de nous en dire plus sur son exceptionnelle histoire.

France Dimanche : Vous êtes un business man qui n’est parti de rien. Comment avez-vous débuté dans ce milieu ?

Grégory Zaoui : Vous savez, j’ai 50 ans, il y a eu de la route et malheureusement sur cette route, il y a eu des dégâts. Je suis un autodidacte, j’ai arrêté l’école à l'âge de 14 ans. J’ai tout de suite voulu faire des affaires, à mon petit niveau d’adolescent. J’ai commencé à vendre des jeans Levis à mes copains, j’ai ensuite vendu des automobiles que j’importais de Floride, j’ai tenu les vestiaires du Globo à Paris qui appartenait à mon père. Je pouvais me faire jusqu’à 3000 francs par soir, ce qui était considérable pour l’époque, mais attention, c’était beaucoup de travail !


France Dimanche : Qu’est-ce qui a fait votre succès selon vous ?

GZ : J’étais extrêmement consciencieux, que ce soit pour un travail très simple ou plus complexe, je me donnais à fond. Et si j’ai un talent, sans aucune prétention, c’est vraiment d’avoir été précurseur et avant-gardiste. J’avais toujours un coup d’avance. Je savais ce qui allait fonctionner avant les autres, et je me positionnais toujours sur des marchés où la demande était plus forte que l’offre.

France Dimanche : Aviez-vous rêvé de cette vie ?

GZ : Je n’avais pas eu le courage à l’époque, mais mon rêve, c’était d’être artiste. Je n’avais pas de soutien dans ma famille pour le faire donc je me suis résigné à faire ce que je savais faire. Moi, je rêvais de Tom Cruise, de Michael Jackson, de George Michael, de Jean-Paul Belmondo, de Robert De Niro... Pour moi, “Il était une fois l’Amérique”, c’était le plus beau film de tous les temps. Je rêvais de ces artistes qui marquaient leur temps, personne ne les égalait. Dans un autre registre, j’étais un immense fan de Thierry Mugler, j’ai eu beaucoup de peine lorsqu’il est parti.

France Dimanche : Votre nom a été ultra médiatisé pour l’affaire de l’arnaque à la taxe carbone. Dans le documentaire Netflix, on vous a dépeint comme le cerveau de l’affaire. Qu’en pensez-vous ?

GZ : Si je vous dis que ce n’est pas vrai, ce serait un mensonge. Et si je vous dis que c’est vrai, c’est prétentieux. Lorsque le magistrat m’a condamné en 2017, il m’a donné la vraie définition de ce que j’avais fait. J'étais "ingénieur de la fraude à la TVA sur les quotas carbone". Le terme de cerveau a été utilisé dans les médias. C’était un terme valorisant pour une affaire très peu valorisante.

France Dimanche : Vous avez été jugé puis incarcéré. Comment avez-vous vécu cela ?

GZ : On ne peut pas avoir de bons souvenirs en prison. C’est beaucoup de souffrances, beaucoup de temps perdu pour moi et surtout pour ma famille. Beaucoup de regrets, de remords, beaucoup de déceptions, de trahisons. Quand vous êtes enfermés, il y a des gens qui en profitent à l’extérieur pour mal se comporter, qui profitent de votre faiblesse et qui pensent que vous n’allez jamais remonter la pente.

France Dimanche : Comment avez-vous occupé votre temps en détention ?

GZ : J’ai passé presque cinq ans en prison. J’ai essayé d’être le plus utile possible pour ma famille et pour les autres détenus. J’en ai aidé beaucoup à se défendre, à leur expliquer des lois qu’ils ne comprenaient pas. Dans ces cinq années, j’ai eu six mois de bracelet électronique et c’est la prison à la maison, le week-end, vous êtes enfermés. Je devais rentrer à 18h le soir, vous êtes tout le temps sur le qui-vive. C'était très anxiogène.

France Dimanche : On vous catégorise comme “escroc repenti et ruiné”, quel est votre quotidien depuis votre sortie de prison ?

GZ : Je n’ai jamais fait appel de mes condamnations, j’ai accepté et je méritais une peine lourde. En revanche, je n’accepte pas le terme d’escroc. J’ai fait une fraude fiscale à grosse échelle. Le code pénal prévoit cinq ans pour ces faits, mais comme notre fraude était gigantesque, les magistrats ont passé cela en escroquerie en bande organisée. Dans ce cas, le code pénal prévoit dix ans de détention et si vous êtes en récidive, ce qui est mon cas, c’est vingt ans. Moi, je ne me considère pas comme un escroc.

France Dimanche : Comment vivez-vous aujourd’hui ?

GZ : J’essaie de me reconstruire. J’ai perdu énormément humainement, ça m’a coûté l’explosion d’une famille entière. Un second divorce que je n’ai pas voulu. Derrière le côté strass et paillettes que le documentaire a dépeint, il y a des choses qui n’ont pas été réparables. Je n’ai pas vu mes enfants grandir. Aujourd’hui, l’argent n’est plus du tout une priorité. J’en fais pas du tout une valeur, c’est juste un moyen.

France Dimanche : Quels sont vos projets pour l’avenir ?

GZ : J’ai en projet l’écriture d’un livre, j’ai la préparation d’un one man show, des projets cinématographiques. Ce sont de nouvelles perspectives qui s’ouvrent à moi et j’en suis très heureux parce que je vais enfin faire ce dont j’ai toujours rêvé de faire.

France Dimanche : Est-ce qu’il y a une forme de thérapie dans ce projet face à ce que vous avez vécu ?

GZ : Totalement. Quand j’étais en prison, je voulais changer de nom, je voulais disparaître et aujourd’hui, on me donne la possibilité de renaître. Dans ce one man show il va y avoir dû rire, des larmes, de l’intelligence, de l’interaction avec le public. C’est encore en écriture donc je ne peux pas vous en dire plus, mais ça me fait beaucoup de bien. J’espère ne pas décevoir.

France Dimanche : Avez-vous fait la paix avec vous-même finalement ?

GZ : Pendant dix ans, on m’a dit que j’étais quelqu’un de pas bien, que ce que j’ai fait, c’était horrible. Aujourd’hui, je voudrais remercier les gens qui me soutiennent malgré tout parce qu’ils me font non seulement du bien à moi, mais aussi à ma famille. Quand mes parents, ou mes enfants, entendent qu’il y a encore des gens qui peuvent m’apprécier, alors qu’eux, ont été très choqués par ce que j’ai fait, et bien ça les apaise un peu. Personnellement, grâce à ca, je suis sur le chemin de la guérison...

Andréa Meyer

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