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Guy Bedos : Son fils l'a aidé à mourir !

Publié le 12 mai 2021

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Guy Bedos s’est éteint le 28 mai 2020, à l'âge de 85 ans. Un an après sa disparition, son fils Nicolas signe une longue tribune dans laquelle il raconte la difficile fin de vie de son père et comment il l’a aidé à mourir paisiblement.

"Je veux mourir dans la dignité, décider du jour et de l'heure. C'est hideux les vieillards. Je veux mourir avant d'avoir des couches." Voilà les mots que Guy Bedos avait confié à Serge Moati dans l’émission “De vous à moi”. Ce souhait, chevillé au corps, il l’a martelé jusqu’à ce qu’il n’en puisse plus, jusqu’à ce que la maladie prenne le dessus. C’est alors son fils, Nicolas Bedos, qui lui a promis de prendre le relais.


Atteint de la maladie d’Alzheimer, Guy Bedos avait entamé “une grève de la faim pour que ça s’arrête, que cette confusion mentale cesse”, comme l’explique Victoria, sa fille. Une année après le décès de Guy Bedos, Nicolas revient dans un long entretien pour l’Obs, sur la fin de vie de son père et il l’avoue, il a eu recours à l’euthanasie pour abréger les souffrances de son père.

En avril dernier, Guy est au plus mal. Sa famille refuse de l’hospitaliser, de peur de ne pas pouvoir lui dire au revoir, au beau milieu de cette crise sanitaire. “Il a du mal à respirer. Il ne mange plus depuis des semaines, la maladie, le confinement, la confusion”, confie Nicolas. Son père continue de perdre beaucoup de poids, "Il ne sort plus de son lit, ses mains sont devenues si fines qu'on a peur de les briser sous le poids des baisers".

Joelle Bercot, sa mère, est constamment au chevet de Guy. Elle est épuisée. “Ma mère, à bout de nerfs et de vigilance, est extirpée de son demi-sommeil par des cris. Tant bien que mal, elle le soulève, le rassure, le borde. Elle déteste le ramasser. Elle déteste le voir détester qu'elle le ramasse, supporter ce regard où se mélangent toujours la détresse et l'orgueil”, raconte le frère de Victoria.

À bout de souffle, la famille prend alors une ultime décision. Celle de faire partir Guy, dans sa chambre avec les siens. Nicolas lui demande si c’est bien ce qu’il désire. “Il me répond par un silence, balancé droit dans les yeux. Nous en sommes réduits à traduire ce qu'il ne dit plus”, explique le dramaturge.

Nicolas décide alors de contacter le Docteur T., un ami de la famille. Avec son aide, ils joignent un second médecin qui leur prescrit du Rivotril, un puissant antiépileptique couramment utilisé pour ces situations. Par précaution, Nicolas Bedos se l’était fait prescrire. Il avait prétexté des insomnies chroniques. Il avoue alors : "Je me revois sur mon scooter, me rendant à la pharmacie pour acheter la mort de l'homme que j'aime le plus au monde."

Les jours qui ont suivi ont sans doute été les plus pénibles. "La nuit suivante sera la dernière. Longue. Bouleversante. Le lendemain, le flacon est plein. Mon père n'en a pas eu besoin pour offrir à son médecin l'état somnolent, apparemment nécessaire à une intervention - qui eut lieu vers 17 heures", s'est souvenu Nicolas Bedos.

Une délivrance qui aurait dû avoir lieu plus tôt, selon lui : "Il aura donc fallu qu'il baisse entièrement le rideau et ne pèse plus que quelques kilos pour que la société daigne choisir 'le jour et l'heure'", a-t-il déploré. Alors que le débat sur l’euthanasie fait rage en France, cette tribune bouleversante d’un fils qui a aidé son père à partir dans la dignité, fera peut-être bouger les lignes une fois pour toutes.  

Andréa Meyer

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