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Guy Gilbert : “Ce blouson noir m’a été offert par Sarkozy !”

Publié le 23 novembre 2015

Le � prêtre des loubards, le père Guy Gilbert,� a usé six vestes de cuir pendant ses cinquante ans de sacerdoce et rencontré aussi bien les grands de ce monde que les laissés-pour-compte.

Le plus rock’n’roll des prêtres éducateurs raconte ses cinquante ans de ministère religieux dans un truculent abécédaire*. À 80 ans, celui qui a été élevé au rang d’officier de la Légion d’honneur en juillet dernier, le père Guy Gilbert n’a rien perdu de son engagement… ni de son langage fleuri !

France Dimanche (F.D.) : En septembre dernier, vous avez été invité au Vatican pour rencontrer le pape François. Quel souvenir en gardez-vous ?

Guy Gilbert (G.G.) : C’était merveilleux ! J’ai dit la messe avec lui, je l’ai vu préparer ses tartines et attendre comme tout le monde dans la file pour le petit déjeuner… Rien à voir avec Jean-Paul II ou Benoît XVI, toujours accompagnés et en tenue d’apparat ! François, c’est le pape aux pieds nus, celui de mes rêves. Il est tellement humain que c’en est déboulonnant, bouleversant même. Durant notre court entretien, il a regardé mon blouson et mes pin’s, intrigué et amusé.

F.D. : Quelle est l’histoire de ce blouson qui vous colle à la peau depuis quarante et un ans?

G.G. : Les mecs que je rencontrais dans la rue se faisaient insulter par les flics, alors que moi j’étais respecté en raison de ma tenue de clergyman. Un jour, j’ai enfilé un blouson noir, pour voir : on m’a aussitôt embarqué et insulté. Je l’ai gardé depuis, car je refuse de ne pas être traité comme tout le monde.

F.D. : C’est toujours le même ?

G.G. : Non, c’est le septième. Celui-là, c’est Sarkozy qui me l’a offert, après une visite d’État à Benoît XVI à laquelle il m’avait proposé de l’accompagner. Dans l’avion pour le Vatican, j’ai demandé au président si je pourrais garder mon blouson sur place. Il m’a dit : « Fais ce que tu veux. » Je l’ai finalement ôté. Et cinq jours après, je recevais un blouson… Sarkozy, c’est un ami, même si je n’aime pas sa politique.

Guy Gilbert livreF.D. : Votre look hors norme ne fait pas toujours l’unanimité…

G.G. : Une femme m’a un jour écrit : « Monsieur, avec vos cheveux sales, longs  et mal peignés, j’ai du mal à reconnaître le si beau visage de Jésus-Christ qui, lui, les avait longs et propres. » Voici ce que je lui ai répondu : « Merci pour votre lettre amicale. Vous qui semblez si bien renseignée deux mille ans après, pourriez-vous m’envoyer la marque du shampoing qu’il utilisait ? » Elle m’a ensuite adressé chaque mois pendant vingt ans, et ce jusqu’à sa mort, un chèque de 20 francs (3,05 euros) pour m’en acheter !

F.D. : Vous passez souvent de la rue aux people. Comment en êtes-vous venu à unir Jamel Debbouze et Mélissa Theuriau ?

G.G. : Un certain Jamel m’appelait sans cesse. J’en avais marre ! Un jour, je lui ai dit : « Mais qui es-tu et que veux-tu ? » Il m’a répondu : « Je suis Jamel Debbouze et je veux que tu me maries. » Deux heures après, il était devant moi avec sa moto et Mélissa… Leur mariage dans une petite abbaye désaffectée était sublime.

F.D. : Vous avez aussi marié en grande pompe votre ami le prince Laurent de Belgique…

G.G. : Oui. Moi qui, huit jours avant, avais uni un couple de loubards devant cinq personnes, je me suis retrouvé tout à coup dans une cathédrale, avec des caméras partout, et plus de dix millions de téléspectateurs. C’était très fort car Laurent a été l’un de mes protégés. Je le connais depuis dix-sept ans, date à laquelle sa mère, la reine de Belgique, m’a secrètement rendu visite pour que je le prenne en main. Je suis également très proche de Claire, son épouse, et de leurs enfants, que j’ai baptisés.

F.D. : À la Bergerie de Faucon, vous accueillez des adolescents difficiles au milieu d’animaux. Comment se passe la cohabitation ?

G.G. : Très bien. C’est étonnant de voir à quel point les jeunes, même très durs, changent au contact de nos cent cinquante bêtes. À peine arrivés, ils foncent voir les kangourous, les lamas, les sangliers, les chameaux, les daims, les autruches, les paons et les lapins. C’est beau de voir, à force de patience, l’un réussit à faire manger dans sa main les kangourous, l’autre se coucher auprès des sangliers pour les caresser. Je me souviens même d’un jeune, auparavant imbuvable, se tenant subitement à carreau pour pouvoir rester et voir ainsi grandir une portée de marcassins…

F.D. : Vous êtes régulièrement confronté à la violence et, vous-même, avez parfois eu chaud !

G.G. : Oui, une fois, un type a voulu me tuer, à Pigalle. Pour m’en sortir, je l’ai fait boire à mort. Pendant ce temps, je versais mon porto dans mes santiags. Quand il s’en est aperçu, il m’a mis une gifle monumentale dans le bar et a sorti un grand couteau qu’il a pointé entre mes côtes. Il comptait m’emmener à son hôtel pour me buter, mais s’est endormi dans le taxi. Je l’ai couché dans son lit et, le lendemain, il s’est excusé.

F.D. : Vous avez aussi eu affaire à un escroc qui usurpait votre identité…

G.G. : Oui, un gars appelait les curés en imitant ma voix. Il disait : « C’est Guy Gilbert, j’ai besoin de 300 euros tout de suite pour aider un mec qui va venir te voir. Je te rembourserai. » À cause de lui, j’ai dû dormir dans ma voiture après avoir été chassé d’un presbytère où j’espérais passer la nuit. J’ai aussi reçu des dizaines de lettres de curés furieux qui me traitaient d’escroc !

Chloé Belleret

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