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Henri Dès : “Ma femme était tout pour moi !”

Publié le 4 décembre 2018

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Un an après le triste décès de celle qui a partagé sa vie cinquante-cinq ans durant, Henri Dès remonte sur scène.

Ses albums ont été vendus à plus de 5 millions d’exemplaires. Et s’il n’écrit plus de chansons, Henri Dès continue de ravir plusieurs générations de fans en France, en Belgique, au Québec ainsi qu’en Suisse, son lieu de naissance et de résidence. À 78 ans, qu’il fêtera le 14 décembre, il pourrait profiter d’une retraite bien méritée auprès de ses deux petits-enfants, mais le père de Pierrick, 48 ans, et Camille, 43 ans, trouve encore l’énergie de se produire seul sur scène, accompagné de sa guitare. Il est tous les week-ends à La Grande Comédie, à Paris, jusqu’au 23 décembre, avant de partir ensuite en tournée.

France Dimanche : Vous serez sur scène le jour de votre anniversaire. Avez-vous prévu quelque chose de particulier ?
Henri Dès : Ce sera un jour d’autant plus important pour moi que le concert aura lieu en Suisse, dans une salle dont ma fille est récemment devenue la directrice [Le Pré-aux-Moines, à Cossonay, ndlr]. J’en suis très fier ! Jusqu’à présent, elle n’osait pas m’engager pour éviter les commentaires. Quoi qu’il en soit, je suis sûr qu’elle me préparera un truc chouette pour l’occasion.

FD : Vous allez fêter vos 78 ans. Quel effet cela vous fait-il ?
HD : On me dit souvent que je ne les fais pas, et pourtant je suis quand même bien plus fatigué qu’avant. Quand j’enquille les dates comme en ce moment, je sens bien mon âge ! À tel point que je regrette d’avoir accepté certains concerts prévus dans ma prochaine tournée. Je redoute d’avance les nombreux kilomètres à parcourir.

FD : Votre emploi du temps semble fort chargé. Est-ce une façon de combler un manque ?
HD : Je dois reconnaître en effet que la mort de mon épouse, Marie-Josée, l’année dernière, a chamboulé mon existence. Je ressens un vide immense en moi. Quand elle était en fin de vie, je refusais de m’éloigner trop longtemps de chez nous. Elle souffrait tellement, et je sentais bien qu’elle n’aimait pas trop que je m’absente. Alors, quand elle est partie, j’ai décidé de ne pas me laisser abattre. J’ai accepté des choses que j’aurais refusées avant. J’ai « lâché les chiens », comme on dit ! Il fallait que je me retrouve dans un tourbillon d’activités pour atténuer ma peine. Nous avons quand même vécu cinquante-cinq ans ensemble. Elle était tout pour moi…


FD : N’avez-vous pas eu envie de déménager ?
HD : Pas vraiment. Même si chaque pièce, chaque objet me fait penser à elle, je m’y sens bien. Depuis vingt-cinq ans, j’habite cette maison, qui a toujours été pleine de vie. Désormais, je dois reconnaître que c’est très dur d’y rentrer et d’être confronté au silence absolu. Pas un bruit, pas une lumière…

FD : Pourquoi avez-vous décidé de vous produire seul sur scène ?
HD : L’idée m’est venue en faisant le bilan. J’ai quand même fait tous les Zénith de France, soit environ quatre mille personnes par concert, et pas moins de quatre-vingt-treize Olympia ! Je n’en reviens toujours pas ! Il y a eu ensuite un petit passage à vide. Aujourd’hui, je ne peux donc plus partir avec une quinzaine de musiciens. C’est pourquoi j’ai décidé de créer ce spectacle en solo. J’ai d’ailleurs dû prendre très récemment des cours de guitare pour me perfectionner et assurer tout seul avec mon instrument devant mon public. À 78 ans, je deviens enfin un vrai guitariste. Jusqu’à présent, je me contentais juste de gratouiller les cordes. Je suis heureux de voir que mes chansons, qui sont toujours les mêmes, plaisent autant aux enfants d’aujourd’hui qu’à ceux d’hier.

FD : Avez-vous d’autres projets ?
HD : Je suis surtout concentré sur ma tournée en solo, mais j’ai également un spectacle en préparation avec mon fils Pierrick, batteur, et Raphael Oris, guitariste-bassiste. Les gens les connaissent déjà puisqu’ils ont participé en 2013 à l’émission La France a un incroyable talent. Ils revisitent à leur sauce des génériques des années 70 (Bioman, Capitaine Flam, etc.). L’idée de notre projet commun, c’est de jouer mon répertoire dans une version rock, voire hard-rock et punk. Nous avons déjà essayé quelques titres dans de grands festivals et avons rencontré un énorme succès auprès de jeunes adultes, trentenaires et quadragénaires, qui connaissent encore mes paroles par cœur. C’est très étrange de voir mon public boire de la bière pendant que je chante ! Notre formation a été rebaptisée Henri Dès & Ze Grands Gamins. Je ne tenais pas vraiment à être associé au nom de leur groupe quand il  s’appelait Explosion de caca !

FD : Avez-vous déjà joué ensemble sur scène ?
HD : Oui, notamment un jour très particulier. Cela faisait plusieurs jours que j’étais au chevet de mon épouse à l’hôpital. Je dormais à son côté, sur un lit de camp. En septembre 2017, nous donnions un concert très important avec Pierrick, dans un festival en Suisse. Il n’était pas chaud pour y aller, sachant que sa mère pouvait mourir le soir même. Pour ma part, j’avais promis à Marie-Jo que j’irais quoi qu’il arrive. Finalement, Pierrick a changé d’avis et m’a suivi. Ma fille a tenu aussi à venir nous voir. Nous n’avions pas trop le cœur à ça, mais nous avons quand même tout donné. C’était incroyable de jouer devant pas moins de cinq mille personnes ! À la fin du spectacle, je revois encore Camille, le téléphone collé à l’oreille. Un moment impossible à oublier. Lorsque je l’ai vue s’écrouler par terre, en larmes, j’ai compris que c’en était fini pour Marie-Jo. C’était terrible, mais je ne regrette pas ma décision. Je suis convaincu qu’elle a profité qu’on s’absente tous les trois, mes enfants et moi, pour partir en toute discrétion…

Philippe CALLEWAERT

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