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Henri Verneuil : Le clan de l'Arménien !

Publié le 15 novembre 2020

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Henri Verneuil aurait eu 100 piges cette année ! Pilier du cinéma populaire des années 1960 et 1970, le réalisateur a tourné avec les plus grands. Souvent boudés par la critique mais multi-diffusés, ses films ont épousé tous les genres.

En s'éteignant début 2002, Henri Verneuil a enterré à lui seul tout un pan du cinéma populaire français. Témoignant de son inusable popularité, ses films, solides et efficaces, battent les records des passages télé et ont d'ailleurs fait les beaux jours du confinement. En 34 longs métrages, il a totalisé 91 millions d'entrées : seuls quatre de ses œuvres n'ont pas franchi le million ! Des chiffres à donner le vertige pour celui qui a su alterner les genres, passant de la comédie au film policier, du drame de guerre au récit intimiste. S'il s'est souvent attiré les foudres de la critique qui lui reprochait de faire un cinéma commercial et de sacrifier son écriture aux goûts du public, Henri Verneuil leur a toujours opposé son amour pour le 7e  art, se drapant à l'envi dans le plaisir de leur déplaire tant qu'il satisfaisait ses spectateurs !


LANCÉ PAR FERNANDEL

D'origine arménienne, né Achod Malakian le 15 octobre 1920 à Rodosto, en Turquie, Henri Verneuil arrive en France à l'âge de 4 ans et s'installe rue de Paradis, près du Vieux-Port de Marseille. Comme des milliers d'Arméniens, sa famille fuit les massacres planifiés à partir de 1915 par le gouvernement turc. Pour faire plaisir à son père, grand armateur, l'enfant envisage d'abord une carrière d'ingénieur maritime. Mais il va changer de cap quand sa passion du cinéma l'emportera !

Diplômé de l'école nationale des Arts et Métiers d'Aix-en-Provence, Herni Verneuil se lance d'abord dans le journalisme : au Petit Marseillais, à Radio-Marseille, puis au magazine Horizon. Mais il s'y ennuie vite et décide de quitter cette profession qu'il ne goûte guère. À 27 ans, il tourne un documentaire sur sa ville d'adoption, Escale au soleil, pour lequel il convainc Fernandel d'en dire le commentaire. Verneuil monte alors à Paris et tourne des courts-métrages à tour de bras (près de vingt en quatre ans !). Enfin, en 1951, il réalise son premier long-métrage, La Table-aux-crevés, un drame paysan adapté de Marcel Aymé, avec Fernandel. Une amitié naît entre les deux hommes : « Il m'a appris à diriger les acteurs. Car j'ai compris que si je n'y arrivais pas avec lui, je me ferais dévorer tout cru », avait ainsi confié le cinéaste. Ensemble, ils tournent cinq autres films en trois ans : Le Fruit défendu, Le Boulanger de Valorgue, Carnaval, L'Ennemi public n° 1 et Le Mouton à cinq pattes, dans lequel Fernandel interprète cinq rôles et qui est un joli succès.

Henri Verneuil est aussi le « cinéaste attitré » de Françoise Arnoul, alors au faîte de sa gloire, avec laquelle il tourne cinq films, dont, en 1955, Des gens sans importance, la tragédie d'un vieux routier amoureux d'une fille trop belle pour lui, avec Jean Gabin. Il s'agit de la première des cinq collaborations des deux hommes. Suivent d'autres films comme Une manche et la belle, avec Mylène Demongeot, Maxime, avec Michèle Morgan…

LE PREMIER TRIOMPHE

En 1959, Verneuil présente d'abord Le Grand Chef, qui scelle ses retrouvailles avec Fernandel, puis leur triomphe : La Vache et le Prisonnier, qui totalise près de 9 millions de spectateurs ! Ce sera leur ultime collaboration. La MGM commande ensuite au réalisateur trois films avec Jean Gabin en tête d'affiche et Michel Audiard en scénariste-dialoguiste. En 1961, Le Président, drame inspiré d'un roman de Simenon, met en scène Gabin en patriote habité par la morale républicaine. Le film est embrasé par le style incisif et étincelant d'Audiard. Suit, en 1962, Un singe en hiver, adapté d'un roman d'Antoine Blondin, dans lequel Gabin partage la vedette avec Jean-Paul Belmondo. Enfin, en 1963, c'est Alain Delon que Gabin côtoie dans Mélodie en sous-sol. Le film est un succès, sa confection « hollywoodienne » annonce le cinéma que Verneuil va dès lors privilégier et assied sa réputation hors de nos frontières.

LA CONSÉCRATION INTERNATIONALE

Au cours des années  1960, Henri Verneuil livre ainsi deux superproductions internationales, La 25e  Heure et La Bataille de San Sebastian, avec Anthony Quinn. Parallèlement, en 1964, grâce à Cent Mille dollars au soleil, s'ouvre sa période « Bébel » avec qui il va multiplier les films d'action. En 1969, le cinéaste connaît un autre triomphe avec Le Clan des Siciliens, qui réunit un brelan d'as épatant : Jean Gabin, Lino Ventura et Alain Delon ! Il peut alors se prévaloir de tenir la dragée haute au cinéma populaire américain et rivalise avec des poids lourds comme Clint Eastwood, Charles Bronson ou Steve McQueen. La décennie suivante le voit enchaîner les succès : en 1971, Le Casse, qui réunit Belmondo, Omar Sharif et Robert Hossein, illustre son cinéma spectaculaire et son ambition constante de satisfaire le public en lui en mettant plein la vue avec de l'action, parfois jusqu'à l'overdose ! En 1973, le cinéaste s'offre la superstar Henri Fonda pour un film d'espionnage, Le Serpent. Il triomphe ensuite à nouveau avec Belmondo dans Peur sur la ville, produit par le comédien.

DES FILMS POLITIQUES

Sans quitter le terrain du cinéma spectacle, le cinéaste s'oriente alors vers la critique politique. Toujours avec Belmondo, il met en scène, en 1976, Le Corps de mon ennemi, rude analyse d'un milieu politico-bourgeois qui se compromet avec l'univers du crime. Il crée ensuite sa propre société de production, V Films, ce qui lui permet de mettre en chantier I… comme Icare, avec un Yves Montand dans la peau d'un défenseur de la démocratie démontant une machination. Ce thriller, inspiré de l'enquête sur l'attentat de Dallas qui coûta la vie à JFK, offre l'un de ses plus beaux rôles à Montand. Le cinéaste enchaîne, en 1982, avec Mille Milliards de dollars, interprété par Patrick Dewaere, une critique féroce des multinationales et de la mondialisation.

CLAP DE FIN

En 1984, Verneuil tourne son dernier film « commercial », Les Morfalous, avec son ami Bébel qu'il retrouve pour la septième et der-nière fois. Car le réalisateur décide de changer encore de registre. En 1991, il met en scène Mayrig (« maman » en arménien), avec Omar Sharif et Claudia Cardinale, adaptation de son propre roman, paru en 1985, pour rendre hommage à sa mère. L'année suivante sort la suite, 588, rue Paradis. Richard Berry, narrateur dans le premier volet, rejoint la distribution.

Ce film clôt la carrière du cinéaste. En 1996, il reçoit un César d'honneur pour son œuvre, puis, en 2000, il est élu à l'Académie des beaux-arts. « Si je devais ne retenir qu'une image de lui, ce serait celle de sa fierté quand il est entré à l'Académie des beaux-arts. Si heureux d'être resté Achod Malakian tout en étant devenu Henri Verneuil, il disait toujours : “Arménien je suis, mais plus Français que moi, tu meurs !”», déclara sa fille Sophie. Le 11 janvier 2002, Henri Verneuil meurt à l'âge de 81 ans. Et ses films n'en finissent pas d'être rediffusés.

Dominique PARRAVANO

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