France Dimanche > Actualités > Hervé Temime : L'avocat chouchou des stars !

Actualités

Hervé Temime : L'avocat chouchou des stars !

Publié le 25 avril 2021

.photos:bestimage
© BESTIMAGE -

Hervé Temime, l'as du barreau de 63 ans, qui plaide les causes de Roman Polanski, Gérard Depardieu et Richard Berry, est devenu le pénaliste le plus puissant de France.

«Mais comment peut-on défendre un type pareil ? » Cette question, certains pénalistes l'ont entendue des centaines de fois, à l'instar du ténor du Barreau Hervé Temime, surnommé « l'avocat des puissants », ou encore « le défenseur des mondains ». L'homme de 63 ans aux allures pourtant débonnaires sait sortir ses griffes quand il le faut. Qu'importe que son client soit soupçonné d'avoir commis l'indicible. Défendre un « monstre », ou du moins ce que l'opinion publique désigne comme tel, fait partie de sa philosophie et être taxé d'« avocat du diable » ne semble pas lui poser plus de problèmes que ça.


Ils sont du reste de plus en plus nombreux à marcher sur les traces de Jacques Vergès, l'avocat de l'indéfendable par excellence qui, en osant réclamer l'acquittement du nazi Klaus Barbie en 1987, provoquait un tollé général. On peut citer Alain Jakubowicz, qui défend Nordahl Lelandais, le meurtrier de la petite Maëlys, ou Randall Schwerdorffer, avocat de Jonathann Daval, enfin l'actuel ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti qui, du temps où il portait la robe, a défendu Abdelkader Merah…

Le luxueux cabinet de Me Temime occupe deux étages entiers d'un immeuble néoclassique de la rue de Rivoli, face aux colonnades du Louvre. C'est là qu'il reçoit ses clients, dans un bureau décoré d'œuvres d'art, telle cette sculpture de l'artiste Arman qui trône près de la fenêtre. Ce pénaliste, aussi craint que puissant, est aussi un esthète qui « aime ce qui est beau », comme il l'avoue à Vanity Fair.

Né à Alger le 26 juin 1957, il est aujourd'hui l'un des avocats les plus sollicités par le showbiz et le monde des affaires, l'un des plus chers également. Rien ne l'arrête, pas même la défense des personnalités accusées de pédophilie, de viol ou d'inceste. Lorsqu'il plaide, celui qui a partagé la vie de Valérie Lemercier pendant sept ans se métamorphose. « Je ne suis jamais plus moi-même que dans une audience », reconnaît-il dans Gala. Qu'importent les charges qui plaident sur son client, il tend vers un seul but : réduire à néant en l'espace d'une plaidoirie une affaire et qu'au bout de quelques minutes, il n'y ait plus de délit, plus de mobile, bref que l'accusation s'effondre. Mais le ténor a la victoire modeste : « Gagner, c'est un soulagement. Ce n'est pas un triomphe », estime-t-il.

Une belle revanche pour un homme qui a grandi sous le signe de l'injustice. Il a 10 ans lorsque le cancer emporte son médecin de père. Élevé par Magali, « Gaï », sa grand-mère, et Helyett, sa mère, il est choyé par ces femmes juives pieds-noirs qui lui apprennent la richesse de la mixité. Aujourd'hui, il a pour compagne Sophie Douzal, présidente de Douzal Communication – spécialisée dans le luxe –, et partage la passion du jeu avec son fils, Jean, champion de poker.

Démarrant son modeste cabinet à Versailles à la fin des années 70, il se fait petit à petit un nom. Mais c'est une fois installé à Paris que sa clientèle monte en gamme, avec les mises en examen de patrons et d'hommes politiques. Dans les années 90, il s'introduit dans le monde du cinéma grâce à son ami Jean-Louis Borloo, alors maire de Valenciennes, qui vit à l'époque avec Nathalie Baye. L'actrice recourt à ses services pour attaquer les journaux people qui publient des photos d'elle prises à son insu. Par la suite, il s'occupera de Laura Smet, elle aussi pourchassée par les paparazzis.

C'est ensuite au tour de Gérard Depardieu et de Catherine Deneuve, tous deux mêlés à l'affaire Khalifa, ce milliardaire algérien qui aurait monnayé leur présence lors d'opérations promotionnelles. Puis de Chiara Mastroianni, de Benoît Magimel, d'Alain Delon, de François Cluzet, pour ne citer qu'eux, au point que certains jours le 156, rue de Rivoli, où se situe son cabinet, prend des allures de palais des festivals, comme le note Vanity Fair.

Mais ces derniers temps, les célébrités qui s'y pressent ont toutes un point commun : on les soupçonne d'agressions sexuelles terribles dans des affaires sordides qui font la une de l'actualité. Il y a Richard Berry accusé d'inceste et de viols par sa fille Coline et Gérard Depardieu – encore lui ! – qui a été mis en examen en décembre dernier pour « viols » et « agressions sexuelles », sans oublier Roman Polanski, qu'il défend depuis un moment déjà.

Capable de se montrer féroce pour les protéger contre la meute, il déclare pour se justifier : « Je n'aime pas les gens vertueux et encore moins les donneurs de leçon. » En 2009, il sort Polanski, déjà condamné en 1977 aux États-Unis pour « rapports illégaux avec une mineure », d'une prison suisse où il est incarcéré à la demande de la justice américaine. Mais c'était il y a douze ans, quand #MeToo n'existait pas.

En novembre 2020, dans un article du Parisien, une nouvelle accusation de viol contre Polanski, alors en promotion pour J'accuse, son dernier film sur l'affaire Dreyfus sorti le 13 novembre 2019, fait l'effet d'une bombe. Maître Temime, fidèle à sa ligne, rédige dans un communiqué de presse que son client conteste les faits « avec la plus grande fermeté » et qu'il « ne participera pas au tribunal médiatique » auquel on veut le soumettre. Sa ligne de conduite est claire. Qu'il s'agisse de Roman Polanski, de Gérard Depardieu ou de Richard Berry, si les actes terribles dont on les accuse font couler beaucoup d'encre, il s'oblige à rester dans la neutralité.

« J'ai appris à ne pas juger les gens que je défends », déclare-t-il ainsi dans Gala avant de poursuivre : « J'ai une vision très claire et très distanciée de ce qui leur est reproché, de ce qu'ils peuvent avoir fait ou pas, mais je ne les juge pas. Et je pense qu'un avocat qui commence à le faire doit changer de métier. » À bon entendeur, donc…

Le défenseur de Gérard Depardieu estime que « la justice n'a pas à être rendue sur la place publique ».

En 2019, il obtient la relaxe de Bernard Tapie, accusé d'escroquerie et de détournement de fonds.

Valérie EDMOND

À découvrir