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Hervé Vilard : Cette fois, c’est fini !

Publié le 3 mai 2018

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© Anthony Quittot Hervé Vilard

Alors qu’il s’apprête à nous offrir sa dernière scène, Hervé Vilard fait un bilan poignant de sa vie.

Il nous l’a annoncé récemment, et il a tenu parole.

D’ailleurs, que ce soit sur l’affiche de son Olympia ou sur la pochette de son nouvel album, toutes deux intitulées Dernières, le message est sans équivoque.

Mais si le chanteur refuse de continuer à « gueuler Méditerranéenne sur les places publiques », il n’a pas pour autant l’intention de quitter complètement la scène.

En exclusivité, il nous dévoile ses envies, ses projets et également le seul grand regret de sa vie.

France Dimanche : Ça y est. Votre décision est prise. C’est fini ?
Hervé Vilard
: Oui. Mais je ne pars pas comme ça, j’ai prévu un bel Olympia, les 5 et 6 mai, suivi d’une grande tournée à travers la France, la Belgique et la Suisse, pour mes mamans et mes grands-mères. Je serai accompagné d’une douzaine de musiciens et chanterai tous mes succès, mais aussi du Genet, du Barbara, du Duras et du Fanon. Et puis, il y a aussi l’album rassemblant tous mes tubes, ainsi que deux inédits : un en espagnol, en hommage à mon ami mexicain décédé l’année dernière, et Une vie de ouf, pour faire jeune ! [Rires] Les choristes et les musiciens qui m’accompagnent sont très jeunes, je suis l’idole de leurs parents, donc je trouvais sympa d’employer leur langage pour dire : « Voilà, j’ai eu une jolie vie, je vous embrasse et vous remercie. »

FD : Se dire un jour que c’est la dernière ne doit pas être facile…
HV
: Non, mais il faut être raisonnable. Et puis, j’ai très peur qu’avec l’âge ma voix me lâche. Vous savez, je suis quand même assez orgueilleux. Et si c’est la dernière fois que je me produis dans des grandes salles, des arènes ou sur des places publiques, je ne disparais pas complètement. Je continuerai à chanter, une fois de temps en temps, mais dans des endroits plus confidentiels, plus intimes, ou à réciter des poèmes.

FD : J’ai entendu dire que vous aviez envie de théâtre, de cinéma. Est-ce le cas ?
HV
: De cinéma, non, à moins d’une proposition de Luchino Visconti ! Mais
si c’est pour attendre le cul sur une chaise durant six heures et tourner un navet, je préfère rester chez moi. En revanche, le théâtre m’attire en effet beaucoup. Je prends d’ailleurs des cours particuliers depuis cinq ans, deux fois par semaine, avec un prof qui sort de chez Jean-Laurent Cochet. Mon rêve est de jouer un jour du Guitry ! Ou un salaud, un ivrogne, des personnages décalés et pas forcément des premiers rôles. L’important est d’occuper mes jours et mes nuits. Comme je suis le genre à entrer par la fenêtre si on me ferme la porte, ça ne devrait pas poser trop de problèmes. Néanmoins, je pense entrer d’abord par une petite porte, en lisant des textes. En jeune débutant.

FD : Et où en est votre troisième livre (après L’âme seule, en 2006, et Le bal des papillons, en 2007) ?
HV
: Je travaille dessus tous les jours, car depuis la vente de mon presbytère, j’ai dû le remanier. L’histoire n’est plus la même. Au lieu de finir sa vie dans cette belle demeure qu’il avait construite avec tout son cœur, il s’en va… Il en part un peu déçu, il faut bien le reconnaître, parce qu’il y avait fondé beaucoup d’espoir. Néanmoins, la terre de mon enfance n’était plus ce qu’elle était, je vous le dis avec beaucoup d’amertume et de regrets. Mais ce n’est pas grave, la vie est un éternel recommencement, et la maison a été vendue à une belle famille de sept enfants qui doit y être très heureuse. Ma seule et unique condition était de ne pas enlever le buste de l’abbé Angrand que j’avais posé [qui l’avait recueilli et instruit dans sa jeunesse, ndlr].

FD : Vous aimiez cet endroit ?
HV
: Ce presbytère, je l’ai bâti pour m’enraciner à La Celette, sur cette terre de mon enfance. Mais j’ai découvert un monde rural assez dur, froid, à mille lieues de ce que j’imaginais. Très décevant. Même si on dit qu’ici la vie est difficile, je préfère la chaleur des Parisiens. Je me voyais mal vieillir là-bas, finir peut-être sur une chaise roulante avec personne pour me pousser. Très seul. Une fois que j’ai enterré ma petite Simone [sa grand-mère de cœur qu’il surnommait Momone, ndlr] et que tous mes chiens sont morts, je me suis aperçu que je n’avais plus personne à rendre heureux, alors je me suis dit : « Mais qu’est-ce que tu fous là ? » Et j’ai vendu en huit jours.

FD : Êtes-vous nostalgique de vos débuts ?
HV
: Je déteste la nostalgie, ce mot est depuis longtemps banni de mon répertoire. Le genre « c’était mieux avant », très peu pour moi. J’adore les mômes de la nouvelle génération, Vianney, Maître Gims, qui m’a d’ailleurs dit l’autre jour qu’il chantait mes chansons quand il était petit.

FD : Que pensez-vous du chemin parcouru ?
HV
: Je dois dire que j’en suis assez fier, pour quelqu’un qui n’avait rien prémédité, rien imaginé du tout. Au départ, je voulais juste ne pas mourir de faim. Mais à chaque fois, je me suis appliqué. C’était un peu gonflé quand on y pense. Mon seul et unique regret est de ne pas avoir eu d’enfant. Et je n’ai toujours pas réussi à déceler pourquoi…

FD : Stressez-vous à la veille de cette dernière scène ?
HV
: Non, ce n’est pas mon genre. Je pense à quelqu’un que j’aime, un conseil de Maurice Chevalier. Avant, c’était à mes chiens ; aujourd’hui, c’est un secret. Mais je vais faire comme d’habitude, sans me dire que c’est la dernière. Offrir un spectacle original au public, l’emmener dans mon univers, avec mes tubes et aussi des chansons que je n’ai pas interprétées depuis longtemps. Et je ne vais pas pleurer. Enfin, je vais essayer…

FD : Vos chiens semblent vous manquer, vous ne voulez pas en reprendre un ?
HV
: Oh non, j’aurais trop peur de mourir avant lui, et l’on n’abandonne pas son chien, sinon il vient se laisser mourir sur votre tombe.

FD : Une dernière chose ?
HV
: Restons ce que nous sommes et surtout ne versons pas de larmes pour des choses perdues. La vie est belle !

Caroline BERGER

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