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Hervé Vilard : Il pleure son frère mexicain !

Publié le 8 septembre 2016

Rencontré dans les années 70,  Juan Gabriel  a connu une enfance étrangement semblable à Hervé Vilard. Et la même gloire.

Pour paraphraser le titre de sa chanson la plus célèbre, on pourrait dire que, pour Hervé Vilard, Mexico, c’est fini. Une nouvelle encore plus triste que celle qui, dans son tube, proclamait la fin de Capri. Hervé l’a annoncée de façon mystérieuse, lundi dernier, sur sa page Facebook: «Mon ami Juan Gabriel est parti rejoindre les anges. Nous avions tant de fois chanté ensemble! Merci, Juan, de nous avoir tout donné. Ma peine va au peuple mexicain tout entier.»

Si nous avons employé le mot «mystérieuse», c’est parce que, pour l’immense majorité d’entre nous, l’homme dont Hervé Vilard déplore la perte est un inconnu. Mais il n’en va pas de même partout. Dans son pays natal, le Mexique, Juan Gabriel était une idole nationale. Et sa popularité s’étendait à toute l’Amérique latine, pour atteindre même les États-Unis.

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De son vrai nom, il s’appelait Alberto Aguilera Valadez. Fils d’humbles paysans, né en 1950, Juan Gabriel devient orphelin très jeune, à la suite du décès de son père. Il passe une enfance difficile, comme interne dans une institution et, dès l’âge de 13 ans, se met à écrire des chansons. À 15ans, il commence à courir les bars pour gagner sa vie en y donnant de petits récitals, avec notamment une chanson marquante: El Noa-Noa, qui deviendra presque un second hymne national pour tous les Mexicains.

C’est en 1971 qu’il enregistre son premier succès, No tengo dinero (Je n’ai pas d’argent), écoulé à des millions d’exemplaires avant d’être traduit et interprété en japonais et en portugais. Sa réputation grandit très vite. Il devient l’un des chanteurs les plus connus de son pays, vendant plus de 100millions d’albums à travers le monde. C’est son attaché de presse, Arturo de la Mora, qui a indiqué que le chanteur avait succombé à un infarctus dimanche 28août, peu avant midi, à sa résidence. Juan Gabriel avait 66ans.

En lisant cette trop courte biographie, elle vous en a peut-être rappelé une autre, lui ressemblant étrangement par de nombreux points, celle… d’Hervé Vilard, justement. En effet, les deux artistes avaient beaucoup de choses en commun, et c’est sans doute ce qui explique leur profonde amitié et le chagrin actuel d’Hervé.

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Il y a d’abord l’enfance difficile, le sentiment d’abandon. Fils d’une vendeuse de violettes originaire de Dordogne, qui travaillait à l’extérieur du théâtre des Variétés, le futur Hervé Vilard naît dans un taxi, en route vers l’hôpital Saint-Antoine. Plus tard, suite à la plainte d’un voisin, il sera retiré à sa garde et envoyé, à l’âge de 6ans, à l’orphelinat Saint-Vincent-de-Paul, situé à Paris. Séparé de sa famille, il tente de s’en échapper plusieurs fois: le parallèle avec l’enfance du Mexicain est évidemment frappant.

À 13 ans, malgré une existence ballottée de famille d’accueil en famille d’accueil, Hervé parvient à obtenir son certificat d’études. Et, dès l’année suivante, il décide que la musique sera son avenir: là encore, quelle ressemblance avec le parcours du futur Juan Gabriel! Conseillé par l’abbé Angrand, l’adolescent se rend à Paris à la recherche d’un emploi. Et où travaille-t-il? Dans un bar, comme son futur ami d’au-delà des mers! Il rencontre alors le galeriste Daniel Cordier, qui exercera une forte influence sur lui et deviendra son tuteur légal quelques années plus tard.

Enfin, en 1965, arrive Capri c’est fini, et ce tube sonne la fin de la période de galère pour Hervé. Tout comme No tengo dinero, six ans plus tard, apportera la gloire à Juan. Il ne manquait plus à ces «vies parallèles» que de se croiser enfin pour que naisse une grande complicité artistique doublée d’une belle amitié. Ce sera chose faite dès les années 70, à Mexico, grâce à une importante décision que prend alors Hervé Vilard, à Paris.

Cette décision, c’est celle de l’exil. À la fin des années 60 en effet, après la tornade engendrée par Capri, il aspire à prendre du recul. D’autant que, avec un courage incroyable pour l’époque, il vient de reconnaître publiquement son homosexualité; lui, le «chanteur à minettes»! Un rôle qui ne lui convient pas. C’est pourquoi il décide de partir pour l’Amérique latine, où il restera jusqu’à la fin de la décennie suivante et où il enregistrera sept albums.

C’est là-bas que, inévitablement, sa route croise celle de Juan Gabriel, de trois ans son cadet. Il en résulte un coup de foudre artistique et amical. Des sentiments qui ne s’étaient pas éteints, puisqu’ Hervé Vilard avait prévu de retrouver très prochainement Juan sur scène au Mexique, pour chanter de nouveau en duo. C’est cette complicité que le Français pleure aujourd’hui.

Jean-Louis VINTEUIL

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