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Hervé Vilard : “J’ai peur… C’est trop tard !”

Publié le 18 avril 2020

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© BESTIMAGE Hervé Vilard

Confiné dans son pied-à-terre parisien, Hervé Vilard, l’inoubliable interprète de “Capri, c’est fini” tente de faire contre mauvaise fortune, bon cœur…

Il y a quelques années, le chanteur de 73 ans nous avait confié souhaiter tirer sa révérence, s’éloigner des strass et des paillettes du show-business. Mais si Hervé a effectivement choisi de tourner la page du tourbillon infernal de ce métier, celui qui, à 17 ans seulement, écrivait Capri, c’est fini, n’en a pas pour autant arrêté de chanter. Depuis plusieurs mois, il s’est même remis à parcourir les routes de France à la rencontre de son fidèle public, cette fois de manière bien plus intimiste, dans des petites salles, avec seul un piano pour l’accompagner et un micro à fil qui nous replonge au début du music-hall.

Pendant près de deux heures, l’artiste tout de noir vêtu interprétait alors ses plus grands tubes, Capri évidemment, mais aussi Nous, Reviens, Méditerranéenne…, revisitant également les succès de poètes tels que Jean Genet, Maurice Fanon, Jacques Prévert, Barbara, Bernard Dimey ou, plus contemporains, Alex Beaupain et Vincent Delerm. Un récital chaleureux et intimiste qui rendait Hervé heureux. Heureux de partager avec ses fans certains textes de ceux qui, quand il était gamin et bossait chez un disquaire, lui ont donné envie de faire ce métier. Néanmoins, en pleine tournée, et comme tous ses confrères artistes également sur les routes, le chanteur a malheureusement été contraint de stopper net ces rendez-vous amicaux pour, suite à l’arrivée du coronavirus dans l’Hexagone et la mise en place du confinement, rejoindre au plus vite son domicile parisien.

Aujourd’hui, Hervé continue de chanter, de manière plus intime encore, par la fenêtre de son appartement pour ses voisins. Pour autant, il n’oublie pas ses nombreuses et ferventes admiratrices, à qui il donne rendez-vous très bientôt. Même s’il demeure sacrément pessimiste quant à l’avenir de notre monde. Entre la disparition de l’ami Michou et ce terrible virus qui ravage notre planète, « cette année 2020 commence vraiment mal ! », soupire-t-il En exclusivité pour France Dimanche, le chanteur nous explique comment se passe son confinement et nous fait également part de ses tourments.


France Dimanche  : Bonjour Hervé, ­comment allez-vous en cette période bien compliquée ?
Hervé Vilard : Oh, bien compliquée… Très triste, vous voulez dire ! En janvier dernier, je perdais encore un copain, Michou, et maintenant nous voilà tous confinés à cause de ce maudit virus… Ce n’est franchement pas la joie !

FD  : Vous êtes chez vous ?
HV : Oui, à Paris, dans ma petite maisonnette. Je me repose, je lis beaucoup et j’écoute de la musique. Et comme j’ai terminé la suite de ma biographie, qui devrait d’ailleurs être publiée en novembre, et bien je m’attelle à mon prochain livre. On a bien sûr été contraints d’annuler les derniers spectacles de ma tournée, mais comme j’avais pas mal donné, je suis heureux de pouvoir me reposer un peu. Car je vous avouerais qu’avec les trains, les grèves, les « gilets jaunes », etc., ce pays de fous commençait à m’épuiser. Donc, ça va me faire un peu de vacances.

FD  : Ce virus fait peur à beaucoup… Et  à  vous ?
HV : Mais c’est avant qu’il fallait avoir peur ! Là, c’est trop tard… Que faire ? Nous payons le fruit de nos bêtises, et ce n’est pas fini. Mais c’est surtout pour les gosses d’aujourd’hui que j’ai peur, moi ! Vous qui en avez, je crains vraiment pour eux, pour ce qu’on va leur laisser. Cette pandémie est terrible, et je ne veux pas être trop pessimiste, mais il y en aura d’autres. Notre planète va très mal. Voyez l’Australie qui brûle et personne ne s’en étonne. Des gens traversent la mer et se noient avec leurs enfants, mais tout le monde regarde et continue sa petite vie. C’est l’indifférence la plus totale. Personne ne se préoccupe plus jamais de son prochain. Ça, ça me fait vraiment mal. L’humanité est devenue cinglée ! On ne peut pas continuer à vivre comme ça : l’argent, l’argent, l’argent, ce n’est plus possible ! Et je pense malheureusement qu’on est au début de très mauvaises prophéties…

FD  : Sinon, vous, comment allez-vous ?
HV : Impeccable ! Moi, je suis un petit vieux sympa. Je chante dans la cour de mon immeuble pour ma voisine, Maria. Elle me dit : « Je suis toute seule, mes enfants ne sont pas là, ils habitent trop loin. » Alors, je l’aide, je lui fais ses courses. Je ne sais pas trop comment ça se passe ailleurs mais, en tout cas, dans mon quartier, les gens sont quand même vraiment sympas, très solidaires. Après, il reste une minorité d’individus irrespectueux, qui continuent à faire n’importe quoi, et ça, c’est inadmissible ! Non, mais je ne suis pas content depuis longtemps déjà… Le monde est atteint par la maladie de l’indifférence. Et qu’allons-nous laisser comme planète aux générations futures ? Avec son lot de mauvaises surprises, une bombe qui explose là, un incident nucléaire, des animaux qui brûlent vifs, des enfants qui se noient, un tsunami, etc. Il faut qu’on se révolte avant de crever debout ! Nous, nous avons eu une vie magnifique, mais c’est notre génération qui a tout pourri. On en a trop pris et trop fait. Mais c’est ainsi, que voulez-vous, on ne va pas réécrire l’Histoire…

Caroline BERGER

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