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Hervé Vilard : “Je ne veux pas devenir un vieux chanteur rabougri !”

Publié le 17 mars 2016

À l’aube de ses 70 ans, l’interprète de “Capri, c’est fini” change de vie : Hervé Vilard a vendu sa belle demeure du Cher et décidé dans la foulée de ne plus � remonter � sur scène…

Voilà pas mal de temps que nous souhaitions prendre des nouvelles du chanteur, car vous avez été très nombreux à nous en demander, et aussi parce que la belle histoire qui lie Hervé Vilard à France Dimanche dure depuis toujours.

Alors, bien sûr, nous pensions discuter de ses auteurs préférés, comme Aragon, Prévert, Béart, Duras, Gainsbourg, qu’il revisite à merveille dans son album, Hervé Vilard et nous…, coffret CD + DVD tiré de son dernier tour de chant.

Mais jamais, au grand jamais, nous n’aurions imaginé qu’il nous réserverait un tel scoop !

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Hervé Vilard avec notre reporter
Hervé Vilard avec notre reporter © Anthony Quittot

France Dimanche (F.D.) : Hervé, comment allez-vous ?

Hervé Vilard (H.V.) : Très bien, merci ! Il y a un mois, j’ai vendu mon presbytère de La Celette, dans le Cher. Depuis la mort de mes chiens, et en particulier du dernier, mon pauvre Célestin, je n’avais plus le cœur d’y vivre. Je vais avoir 70 ans dans quelques mois [le 24 juillet, ndlr] et ne souhaitais pas rester là-bas, tout seul, à compter les oiseaux. J’aimais être dans ce lieu avec mes animaux, mais maintenant qu’ils ne sont plus là, tout comme Simone, dite « Momone », que vous étiez d’ailleurs venus rencontrer il y a quelques années, j’ai pris la grande décision de partir, de regagner Paris, ville où je suis né, dans un taxi, je vous le rappelle !

F.D. : N’avez-vous pas le cœur un peu gros de quitter ce lieu ?

H.V. : Bien sûr, je ne pars pas avec plaisir, mais sans amertume. On ne quitte pas sa maison comme ça, surtout lorsque c’est celle de son enfance. Mais je n’ai pas envie de m’occuper des chaudières à 80 ans ou qu’on me pousse dans une chaise roulante. Restaurée pierre par pierre de mes mains, c’est la plus belle maison du monde et je suis très content de l’avoir vendue à une famille de sept enfants. Ce presbytère va donc continuer à vivre, ce qui me réjouit ! Et pour tout vous dire, depuis que je suis seul je n’y ai pas trouvé beaucoup d’affection. Quand je suis resté trois mois là-bas en convalescence après mon arrêt cardiaque, peu de gens sont venus me voir, me proposer un bol de soupe ou autre chose. Donc, si jamais demain ça ne va pas, il n’y aura personne. C’est comme ça ! Toute ma vie, ça a été comme ça. C’est le destin, tu es né orphelin, tu restes orphelin. Cette maison, j’y ai vécu vingt ans, et c’est très bien !

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F.D. : Un sacré chamboulement…

H.V. : Oui, mais ce n’est pas le plus grand… Je quitte aussi la scène ! Pour le reste, on verra bien jusqu’où le Bon Dieu m’emmènera, mais je ne veux pas devenir un vieux chanteur rabougri, qui tremble de la mâchoire, comme j’en vois beaucoup. Je n’ai aucune envie de faire pitié. J’ai eu une belle vie, une belle histoire, et je veux qu’elle reste belle ! Et puis, il y a la voix. Pour le moment, elle tient, mais jusqu’à quand… Maintenant, je monte souvent sur scène en me demandant si elle ne va pas me lâcher. Je ferai autre chose, mais je ne veux plus aller sur les places publiques, gueuler Méditerranéenne les bras au ciel, ou Capri, c’est fini… « mon amour, tu sais, t’es parti, je suis revenu, mon amour, mon bel amour, je t’aime encore… » Non, à 80 ans, ça ne veut plus rien dire. Tout ça, c’était un rêve, et on ne détruit pas les rêves.

F.D. : Quand ferez-vous vos adieux ?

H.V. : Je termine mes galas prévus en 2016, et l’an prochain, je fais mes adieux ! Je ne sais pas encore comment va s’organiser cet ultime tour de chant, mais je veux bien faire les choses. En 2017, j’aurais plus de 70 ans, et je pense qu’il sera temps de voir la vie autrement. Je vivrai peut-être centenaire, qui sait ? Je travaille actuellement sur mon troisième livre [après L’âme seule, en 2006 ; et Le bal des papillons, en 2007, parus chez Fayard, ndlr] qui s’intitulera Du lierre dans les arbres et contera la construction du presbytère, les belles années que j’y ai coulées et la fin.

F.D. : Après toute une vie dédiée à la chanson, ça n’a pas dû être une décision facile ?

H.V. : Non, mais je l’ai prise du jour au lendemain. Dans ma vie, j’ai toujours eu le sentiment d’appartenir à tout le monde et à personne. C’est pour ça que j’ai beaucoup vécu à l’étranger ; j’ai essayé de me marier, ça n’a pas collé ; j’ai essayé d’avoir des enfants, ça n’a pas collé non plus ; j’ai retrouvé ma mère – grâce à France Dimanche –, ça n’a pas collé ! C’est comme ça, c’est L’âme seule, le sujet de mon premier bouquin.

F.D. : Vous avez le temps de changer d’avis…

H.V. : Non, ma décision est prise et je m’y tiendrai. Par contre, je m’y prends un peu à l’avance pour m’organiser, car je veux faire les choses bien. Je pourrais partir sur la pointe des pieds, mais je veux dire merci et au revoir à mon public. Je veux un truc cool et simple. Surtout pas larmoyant ! Après, je suis capable d’ouvrir un cabaret, d’habiter au-dessus et de descendre y travailler tous les jours.

F.D. : Pourquoi étiez-vous parti vous installer à La Celette ?

H.V. : Pour fuir les pièges de ce métier, l’alcool, les drogues, dans lesquels j’aurais pu tomber en restant dans le milieu du show-biz. Vous savez, je suis un sans-famille, sans personne pour me porter. Donc, si je tombe dans le précipice, je suis foutu. Pour éviter ça, j’ai préféré m’éloigner. Mais, c’est un miracle d’avoir pu racheter ce presbytère. Quelque temps après avoir enterré l’abbé Angrand, qui m’avait recueilli et avait été si formidable avec moi, je me suis rendu sur sa tombe, à La Celette, pour y mettre des buis comme il me l’avait demandé. Ce jour-là, c’était le bicentenaire de la Révolution, et à cette occasion deux cantonniers plantaient un arbre non loin de là, en guise de symbole. Soudain, j’entends l’un d’eux dire : « On n’aura plus de prière dans notre village, le presbytère est à vendre. » Et j’étais là ! J’ai tout mis en œuvre pour l’avoir, jusqu’à en offrir le double du prix. Vous pouvez demander à Marc-Olivier Fogiel, c’est lui qui m’accompagnait. Et pour la petite histoire, Gérard Louvin était aussi sur le coup à l’époque. Il voulait l’acheter pour me faire la surprise de me l’offrir lors de l’émission Sacrée soirée.

F.D. : Quels sont vos plus beaux souvenirs au presbytère ?

H.V. : Toutes ces pierres que j’ai pillées de par le monde pour restaurer ses murs, tel un jeu de Lego. Il y en a du Chili, de Rome, de partout, avec chacune son histoire, son voyage. Il n’y a pas un endroit que je n’ai bichonné. Et tous les deux ou trois ans, j’aimais donner une fête champêtre dans mon jardin, où je mélangeais les stars, comme Drucker qui débarquait en hélicoptère, et les gens du coin. Au milieu de tout ce petit monde, je faisais chanter Annie Gould. C’était folklo !

F.D. : Si c’était à refaire, seriez-vous chanteur ?

H.V. : Non. J’ai adoré mon métier, je n’ai aucun regret, mais si j’avais eu le choix, je serais plutôt devenu écrivain. Enfin, pour cela, il faut être allé un minimum à l’université, ce qui n’est pas mon cas.

F.D. : Qu’est-ce qui vous a le plus plu dans ce métier ?

H.V. : Chanter en plein air, sur les places publiques, entouré de gens souriants avec des enfants sur les épaules. Là, ils ne sont ni de droite, ni de gauche, ni riches, ni pauvres. Tout le monde est mélangé, et c’est ce qu’il y a de plus beau. Comme l’a dit Sacha Guitry : « C’est presque aussi beau que l’amour ! »

F.D. : Ne pas avoir eu d’enfant vous manque ?

H.V. : Bien sûr ! Mais, ce n’est pas un manque, c’est une tare ! C’est comme ça. Moi, j’aime tout ce qui est beau, donc…

F.D. : Avez-vous des regrets ?

H.V. : Je ne sais pas ce que c’est. Les regrets, ça fait mourir. Vous ne voulez pas que je meure ?

Caroline Berger

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