France Dimanche > Actualités > Hugues Aufray : Assigné à résidence !

Actualités

Hugues Aufray : Assigné à résidence !

Publié le 26 août 2011

Le chanteur Hugues Aufray s'est enfermé dans sa maison de Marnes-la-Coquette pour préparer une rentrée très chargée. Ses projets, ses amis, ses secrets, il nous a tout raconté !

Il vient d'avoir 82 ans, mais en paraît vingt de moins ! Après avoir triomphé, début août, au 41e Festival interceltique de Lorient, Hugues Aufray a eu la gentillesse de recevoir France Dimanche la veille de son anniversaire.

->Voir aussi - Hugues Aufray - Amoureux comme à 20 ans !

France Dimanche (F.D.) : Les vacances, vous ne connaissez pas !

Hugues Aufray (H.A.) : Je me suis assigné à résidence. J'ai décidé de faire ce sacrifice pour créer. J'avais toujours gardé le mois d'août pour ma famille. Sauf cette année, car j'ai plein de choses en production. Pourtant, je suis très altruiste. Je m'empêche de prendre en stop les gens qui attendent le bus. De toute façon, quand je le leur propose, ils ont peur et refusent !

F.D. : Sur quoi travaillez-vous ?

H.A. : Je prépare ma tournée acoustique à quatre guitares, d'octobre à la fin de l'année. Par ailleurs, le fils de Dina Vierny, la fondatrice du musée Maillol, m'a commandé une expo de sculptures et de peintures, qui se tiendra dans les Pyrénées-Orientales en 2013. Et il y a la sortie de mon nouvel album, Troubador since 1948, à l'automne, qui revisite des titres comme Céline ou Le pénitencier, que j'avais adapté pour Johnny. D'ailleurs, je cherche à le joindre en ce moment. Il habite à deux maisons de la mienne. [Il se met à l'appeler : « Johnny ! Johnny ! », ndlr.]

F.D. : À 82 ans, vous n'avez pas envie de vous retourner sur votre parcours ?

H.A. : Je l'ai déjà fait en 2007, dans mon autobiographie, Droit dans mes santiags... que je veux d'ailleurs rééditer. Actuellement, je travaille sur un bouquin très différent, qui sortira en 2012 ou 2013 aux éditions du Cherche Midi. J'y exposerai mes idées et l'histoire de ma famille. Mes parents ont divorcé à une époque où cela n'était pas courant, en 1938. La guerre venant par-dessus, on a tout perdu. Nous nous étions réfugiés dans le Midi, et la maison où nous habitions avant a été pillée. De ce passé, table rase a été faite. Vers 40 ans, j'ai voulu retrouver des photos de ma mère jeune, de son mariage, de mes frère et soeur petits. J'ai fait une recherche auprès de mes cousins et cousines et j'ai récupéré des documents, par exemple la date de ma première communion.

F.D. : Comment faites-vous pour être aussi en forme ? Vous avez une recette ?

H.A. : Mon hygiène de vie, c'est presque celle de Winston Churchill : « No sport ! » Je fais un peu d'équitation et de ski, je bois raisonnablement et ne fume pas de cigarettes, juste un petit Havane de temps en temps. Je me lève tôt, vers 7 heures, et me couche très tard parce que je regarde du flamenco à la télévision. Je fais une sieste d'une demi-heure en début d'après-midi, puis je travaille dans mon bureau avec mes trois dictionnaires, français, anglais et espagnol. Je chante tous les jours, notamment en espagnol, c'est très bon pour la voix. Par contre, je n'ai plus le temps de monter, alors que j'ai quatre chevaux.

F.D. : Allez-vous fêter votre anniversaire ?

H.A. : Je n'aime pas faire la fête à date fixe. J'attends des coups de fil de mes deux filles et de mes cinq petits-enfants. Et puis, il y a tous ceux qui ne reviendront jamais et dont l'absence est encore plus triste le jour des fêtes. Je ne veux pas de cadeaux, mais je ne peux pas empêcher les fans de m'en envoyer. Je leur dis merci. La vie est le plus beau des cadeaux.

F.D. : On vous voit peu à la télé...

H.A. : J'ai eu parfois des démêlés avec les gens de la télé, parce que je n'ai pas ma langue dans ma poche. Je n'aimerais faire que du direct. J'ai aussi été déçu de ne pas être invité au concert de SOS Racisme, le 14 juillet, sous la tour Eiffel.

F.D. : Des nouvelles de votre ami Renaud ?

H.A. : Je l'ai retrouvé le 13 août, lors d'un concert que j'ai donné bénévolement dans le Vaucluse, à l'invitation de Michel Leeb. J'ai chanté sa chanson Mistral gagnant en changeant les paroles pour lui adresser un message. Il était très ému. Je l'aime beaucoup et je voudrais l'aider. Je souhaite être son phare pour l'aider à sortir de cette mauvaise passe. Je lui ai proposé de faire une tournée commune, lui et moi. Et il m'a paru réceptif. Renaud et Hugues Aufray en concert, ce serait comme Bruce Springsteen et Bob Dylan, ça aurait de la gueule ! Quand il m'a appris qu'il allait être grand-père, je lui ai dit de s'accrocher à sa petite-fille comme à une étoile.

F.D. : Et Dieu dans tout ça ?

H.A. : Je me pose la question tous les matins et je remercie la vie. Mais merci qui ? Peu importe. Je ne crois pas que, si Dieu existe, il s'occupe du baccalauréat de ma petite-fille. Mais je crois à cette maxime : « Un peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science en rapproche. » Bien sûr qu'il y a une vie après la mort !

F.D. : Avez-vous peur de la mort ?

H.A. : J'ai la chance d'avoir déjà accompli un long chemin. J'ai peur de la mort des autres, quand je les vois partir en voiture par exemple. Quand ma fille a quitté la maison, là aussi c'était dur. J'ai combien ? 80 ans ? J'ai le droit de mourir, mais je veux faire les choses proprement. Comme le disait le grand écrivain Colette : « Je veux mourir avec la conscience propre et le reste aussi. »

Benoît Franquebalme

À découvrir