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Hugues Aufray : "Je me suis fait voler toute ma vie !"

Publié le 9 août 2020

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Il aura fallu que l’interprète de “Santiano” Hugues Aufray atteigne ses 90 ans pour évoquer ses problèmes d’argent.

Tous ceux qui pensent que la vieillesse est un naufrage devraient prendre modèle sur ce fringuant jeune homme de 91 étés, ou presque (il les fêtera le 18 août prochain). Droit comme un I, à peine ridé, l’œil vif, sous l’épaisse crinière blanche, ce fin lettré semble avoir rayé le mot « retraite » de son dictionnaire. Le secret de cette incroyable énergie ? Il tient en quelques lettres : l’amour. Pour la vie qui lui a tant donné, et pour les deux femmes auxquelles il a offert son cœur.


S’il ne vit plus avec la première, Hélène, épousée en 1951, et avec qui il a eu deux filles, Marie et Charlotte, il a gardé pour elle de tendres sentiments. Il ne lui a d’ailleurs jamais caché l’existence de Muriel, sa maîtresse depuis 2005. « Nos horloges biologiques, entre hommes et femmes, ne sont pas les mêmes. Le Viagra, je ne connais pas ! Je suis toujours marié avec la femme que j’ai connue à 20 ans. Elle ne peut pas me suivre. Je suis un homme normal, avec une activité professionnelle importante et donc, c’est vrai, j’ai une jeune compagne. Je ne mens ni à l’une ni à l’autre. J’ai la conscience tranquille », déclarait-il au journal suisse Le Matin.

Preuve que l’interprète de Santiano tient toujours bon la vague et le vent, il vient d’emménager dans la maison de ses rêves, dont il est désormais locataire à vie. Située à Marly-le-Roi, dans les Yvelines, cette belle bâtisse entourée d’un grand jardin appartenait au sculpteur Aristide Maillol. Hasard ou coïncidence, lorsqu’Hugues Aufray est monté à Paris à 18 ans, la première personne qui l’a accueilli était la muse de l’artiste, Dina Vierny, qui l’a poussé à faire de la sculpture et dont il est resté proche jusqu’à sa mort, en 2009. Connaissant le lien qui les unissait, les héritiers de Maillol ont proposé au chanteur de s’installer dans la demeure de leur ancêtre, à l’abandon depuis des années…

C’est donc un nouveau chapitre d’une existence bien remplie que le chanteur s’apprête à écrire. Avec la sérénité de celui qui a enfin résolu ses problèmes d’argent ! En effet, aussi incroyable que cela puisse paraître, cet orfèvre de la chanson qui a signé des tubes inoubliables (Céline, Stewball, Le Petit Âne gris…) et vendu des disques par milliers, a souvent été dans la galère financière. Il a certes gagné des sommes énormes, mais en a peu vu la couleur. La faute à des partenaires sans scrupule qui l’ont mis sur la paille, comme il le racontait dans Gala. Avec le premier, il monte une société de production, La Compagnie. « Je voulais faire des films sur la musique populaire, les artistes de rue, faire découvrir des musiciens inconnus ou oubliés. […] Mais je m’étais associé avec un escroc qui a foutu la société en l’air. Tout le bonus de ma vie est parti avec. »

Endetté jusqu’au cou, Hugues mettra des années à se refaire. Il rencontre alors un mythomane à qui il confie la gestion de ses droits d’artiste. Une fois de plus, il a mal placé ses billes. « Je me suis fait voler toute ma vie. C’est la chance que j’ai eue. Quand on est riche, on est enclin à faire des bêtises ou à se dire : “C’est bon, maintenant j’ai gagné assez d’argent, je me retire”. Arrêter ? Pour moi, c’est impensable », confiait-il. Pendant des années, Hugues a partagé son temps entre sa ferme en Ardèche et Marnes-la-Coquette, dans les Hauts-de-Seine, où il s’est acheté en 1975 –bien avant son ami Johnny Hallyday donc – une maison pour abriter sa famille : Hélène, leurs deux filles, puis les maris et les enfants de celles-ci.

Dans cette banlieue chic de la région parisienne, Hugues le patriarche a toujours fait figure de parent pauvre. Comme il vient de le confier dans une interview accordée au Figaro : « J’ai passé quarante-cinq ans sans connaître personne. Autour, il n’y avait que des milliardaires et des caméras vidéo. » Adepte de la simplicité, le chanteur n’a jamais envié ses voisins, même s’il a souffert de ce manque de moyens. En 2011, il sort son album Troubador since 1948, mais son producteur, Pascal Bernardin, n’y croit pas. Qu’importe, Hugues financera la tournée sur ses propres deniers : « J’avais décidé de réduire mon orchestre et de mettre au point la formule “visiteur d’un soir” qui me permettait de chanter dans de petites villes équipées de salles de 600-800 personnes. C’était rentable. Je gagnais ma vie et mes musiciens aussi », explique-t-il dans Le Parisien. Seul bémol : il n’a pas les moyens de se produire sur de grosses scènes. Un regret qui n’en sera bientôt plus un !

En effet notre troubadour qui a vendu sa maison de Marnes-la-Coquette a enfin de quoi voir venir et même s’offrir des folies. Les chansons de son tout dernier album, Autoportrait, sorti chez Fontana/ Universal Music, Hugues les a conçues pour être interprétées devant 10 000 personnes et plus. Il devrait donc prochainement reprendre la route, et qui sait, avec le fruit de son labeur, réaliser un autre rêve : s’offrir une voiture de collection pour remplacer sa vieille Jeep. Si Muriel espérait qu’avec l’âge, il mettrait la pédale douce, c’est raté…

Lili CHABLIS

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