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Hugues Aufray : Son frère adoré s’est suicidé !

Publié le 7 septembre 2019

Lorsqu’il apprend la mort tragique de François, Hugues Aufray devient muet pendant quatre ans.

Le 7 septembre prochain, dans le parc de l’Abbaye-école de Sorèze (Tarn) où il a grandi, il célébrera en chansons un double anniversaire : ses 90 ans, qu’il vient d’avoir ce 18 août, et ses soixante ans de carrière. Crinière blanche, œil vif, ce troubadour qui s’est mis à la sculpture il y a deux ans, détiendrait-il le secret de la jeunesse éternelle ? « Je me lève en regardant le ciel et en remerciant le destin », confiait Hugues Aufray au JDD. Un destin qui n’a pourtant pas toujours été tendre…

Invité dimanche 11 août au 20 heures de Thomas Sotto sur France 2, l’artiste a en effet évoqué le drame qui l’a conduit à devenir chanteur : le suicide, en 1955, de son frère, François, à l’âge de 27 ans. Cette blessure encore à vif aujourd’hui, a été un coup si terrible pour Hugues qu’à l’époque il en a perdu sa voix ! Il faut dire que durant toute leur enfance, les deux garçons étaient très proches. Pour l’interprète de Céline, François était tout : le grand frère, l’ami, le confident, le professeur, et même un papa de substitution.

Quand leurs parents divorcent, Hugues a 7 ans. Leur père, homme d’affaires, se remarie en Espagne. Les deux garçons, leur frère aîné, Jean-Paul, et leur sœur, Pascale, emménagent avec leur mère, à Sorèze, où cette dernière a de la famille. Le futur chanteur est-il bouleversé par cette séparation ? Toujours est-il qu’il souffre d’une sévère dyslexie (trouble de la lecture et de l’écriture). Pour ne rien arranger, il est gaucher, ce qui à l’époque est très mal vu. Incapable de suivre une scolarité normale, il reste cloîtré chez lui et n’en serait peut-être jamais sorti sans l’aide de Franco, comme il s’en était expliqué dans l’émission Avis de recherche, sur TF1. « Il m’a appris à lire et à écrire avec une infinie patience, un dévouement sans bornes et beaucoup d’amour. Mieux que personne il savait m’aider et me comprendre. » D’une grande maturité, ce frangin qui n’a qu’un an de plus que lui est aussi promis à un bel avenir. Musicien talentueux, doté d’une voix magnifique, il avait tout pour devenir un immense chanteur lyrique…

Après un passage de trois ans, à Madrid chez son père, Hugues rejoint sa mère et sa sœur qui se sont installées à Paris. François, lui, s’est envolé pour le Canada, déterminé à vivre de son art. Séparés par un océan, les deux frères s’écrivent le plus souvent possible.


Hugues qui, faute d’argent, n’a pas pu s’inscrire aux Beaux-Arts, se produit dans des cabarets. Accompagné de sa guitare il chante en espagnol, avant de reprendre les répertoires de Félix Leclerc, Serge Gainsbourg, Georges Brassens… De l’autre côté de l’Atlantique, tout semble sourire à Franco : il remporte de nombreux concours de chants et de musique, et surtout, il a fait une merveilleuse rencontre. Une jeune Chinoise dont il est tombé éperdument amoureux. Il ne manque jamais dans ses lettres d’encourager son cadet, comme celui-ci l’a raconté : « Il me disait qu’il croyait en moi et en ma réussite. »

Un jour, François lui fait part de sa décision de se marier. Hugues est ravi pour lui. Hélas, les parents de la jeune fille s’opposent à cette union. Hors de question qu’elle épouse un Européen…

François sombre dans une tristesse sans fond dont la seule issue est la mort. Lorsqu’il apprend la disparition de ce frère tant aimé à qui il doit tant, Hugues plonge à son tour dans un désespoir qui le rendra quasiment aphone pendant quatre ans. Un tunnel dont il sort la voix changée. Elle est cassée, sourde, voilée… à l’image de son chagrin. Ce timbre particulier sautera à l’oreille du merveilleux dénicheur de talents qu’était Eddie Barclay. En 1959, il fait enregistrer un disque à Hugues. Le premier d’une longue série dont le tube Céline (1966) que l’artiste a écrit en hommage à son frère disparu. Comme il l’a confié à Thomas Sotto : « François avait une carrière mondiale, et il n’a évidemment pas fait cette carrière, et je pense que j’ai fait, à ma façon, sa carrière. » 

Cet hyperactif, qui partage son cœur entre Hélène, son épouse, et Muriel, sa compagne, a-t-il aussi voulu vivre la vie que Franco n’a pas pu avoir ? Une chose est sûre, c’est une existence riche et remplie pour deux !

Lili CHABLIS

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