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Inès de La Fressange : “Accueillir un enfant malade, c’est pour bientôt !”

Publié le 31 mai 2019

Mannequin, femme d’affaires, styliste… Inès a toujours mené une existence extraordinaire. Aujourd’hui, elle souhaite rendre à la vie ce qu’elle lui a donné.

Contraste, voici le thème choisi par les organisateurs de la 5e édition du Grand Prix Photo dont les clichés seront exposés du 1er juin à 30 août à Saint-Tropez. Cet événement se double d’un appel aux dons. Ceux-ci seront entièrement reversés à Mécénat chirurgie cardiaque, engagé depuis 1996 à sauver les enfants malades venus de pays défavorisés. Qui de mieux pour représenter cet événement qu’Inès de La Fressange ? Marraine de l’association depuis plus de deux décennies, ancienne égérie de Chanel, créatrice de sa propre marque, femme d’affaires, journaliste et maman de deux enfants, cette femme de 61 ans arpente tous les terrains de ses longues jambes fines. Rencontre avec celle qui fut longtemps considérée comme l’incarnation absolue de « la vraie Parisienne ».

France Dimanche  : Déjà vingt et un ans que vous êtes marraine de l’association Mécénat chirurgie cardiaque…
Inès de La Fressange : Quand on aime, on ne compte pas ! Pour un enfant cardiaque, je pense que l’argument « On n’a pas d’argent pour le sauver » est insupportable. Si une femme avec autant de responsabilités et un agenda aussi chargé que Francine Leca [fondatrice de l’association et première femme chirurgien en cardiologie en France, ndlr] trouve le temps de s’en occuper, on a juste envie de l’aider. La notoriété, c’est bien sûr agréable. Mais si, en plus, ça permet d’être utile à une cause comme celle-ci, je me dis qu’il n’y a aucune raison de s’abstenir !

FD  : Souhaitez-vous, vous-même, accueillir un enfant malade le temps de sa prise en charge en France ?
IdLF : J’ai beaucoup de pression de la part de mes deux filles. Elles me disent : « Mais, maman, tu nous avais promis qu’un jour on le ferait, et on ne l’a toujours pas fait ! » On finira donc par devenir famille d’accueil. Je sais, pourtant, que c’est très difficile. Car il s’agit d’enfants en état de souffrance, qui quittent pour la première fois leur pays, voire leur village.

FD  : Vous racontez avoir été élevée par « une dame polonaise très pauvre ». Vous a-t-elle transmis ces valeurs de partage ?
IdLF : J’ai beau être marraine de l’associa­tion Mécénat chirurgie cardiaque, je reste une espèce d’égoïste dans son petit confort, comme beaucoup de monde, en fait ! Cette femme, qui était comme une seconde mère, me racontait son enfance pauvre en Pologne. Elle nous encourageait à donner nos vêtements aux enfants nécessiteux et nous emmenait voir les sans-abri. Je crois qu’on est tous conscients de notre chance. Et si on peut, il faut aider. Au fond, on a tous une petite culpabilité qui nous rappelle que l’on pourrait agir plus ou mieux… Mais, on fait ce que l’on peut ! [Rire.]

FD  : Quand vous étiez jeune, vous ne signiez que par votre prénom. Était-ce par honte de vos origines aisées ?
IdLF : C’était plus un orgueil juvénile… Je voulais être prise pour moi-même, et non pas pour mon nom à rallonge. À mes débuts, la marque Guy Laroche m’a engagée. Imaginez que ma mère Lita avait déjà été mannequin chez eux, ma grand-mère Simone avait été une cliente importante… En sortant d’un défilé, j’avais avoué à Guy Laroche que j’étais la fille de Lita. Il m’a apostrophée : « Mais pourquoi tu ne me l’as pas dit avant ? » Mais moi, je voulais réussir par mes propres moyens !

FD  : Récemment vous avez perdu un ami proche, Karl Lagerfeld…
IdLF : Il m’a tout appris de mon métier ! J’ai travaillé de longues années avec lui. Parfois, je lui proposais des croquis, il m’expliquait ce qui clochait. Quand il est mort, plein de souvenirs sont ­remontés à la surface. Je le connaissais depuis l’enfance…

FD  : Pourquoi avez-vous confié qu’il avait une attitude étrange à la fin de sa vie ?
IdLF : Il était tout ce qu’il a toujours été, justement. Lorsque je lui ai proposé de venir dîner, il m’a dit être un petit peu enrhumé. Le connaissant, ça signifiait qu’il était très malade. Là où il était un peu différent, c’est qu’il était devenu un peu plus affectueux. Il essayait moins de faire des traits d’esprit. Sinon, il était complètement dans le déni de la maladie [un cancer du pancréas, ndlr]. Il ne s’est jamais plaint, de même qu’il ne s’est pas confié.

FD  : Vous avez travaillé ensemble de 1983 à 1989, vous étiez l’égérie de Chanel…
IdLF : La dernière année, j’avais été choisie pour être le modèle du buste de Marianne. Chanel était euphorique. Vous imaginez : l’image de la maison devenant l’incarnation de la France. En revanche, ça ne plaisait pas du tout à Karl. Il me répétait qu’il ne voulait pas habiller un monument. Du coup, il a été très fâché. À partir du moment où je n’allais plus vraiment travailler au studio avec Karl, j’ai préféré mettre un terme à ce contrat.

FD  : On vous a souvent qualifiée d’image de « la vraie Parisienne ». Aujourd’hui, d’autres citent des figures comme la chanteuse Aya Nakamura. Qu’en pensez-vous ?
IdLF : C’est très bien ! Déjà, il s’agit d’une personne talentueuse. Ensuite, la Parisienne n’est pas une dame sophistiquée perchée sur des talons hauts avec une capeline. Elle peut être noire, asiatique, blonde, brune, jeune ou vieille ! C’est ce que j’aime dans cette ville : sa diversité et sa mixité. Je n’arrête d’ailleurs pas de répéter que la Parisienne n’est pas forcément née à Paris ! C’est, avant tout, un état d’esprit de liberté et de gaieté.

FD  : Vous êtes maman de Nine, 25 ans, et de Violette, 19 ans. Comptent-elles marcher sur vos pas ? 
IdLF : Non. L’aînée est normalienne. Récemment, j’ai appris qu’Emmanuel Macron n’était pas parvenu à entrer à l’école normale… Elle, si ! En revanche, elle a préféré démissionner pour se consacrer au théâtre. La seconde étudie en prépa de philosophie et d’histoire. Toutes deux aiment les vêtements, mais pas au point de s’y consacrer !

FD  : Quels sont vos projets ?
IdLF : Prendre un maximum de vacances ! C’est mon objectif dans la vie. Je suis totalement contre cette idée de la femme parfaite des années 80 qui réussit tout et arrive aux rendez-vous professionnels avec sa bombe de laque toujours prête dans son sac. à mes yeux, il est très important d’avoir du temps pour soi, de voir ses copains, de ne rien faire ! Je m’apprête à partir deux semaines en Inde. Peut-être n’est-ce pas très raisonnable car je lance un parfum en mai… Mais j’apprends à réaliser que la vie c’est maintenant, et pas après !

Julia NEUVILLE

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