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INTERVIEW - Amanda Sthers : "J'ai eu la naïveté de croire que je ne divorcerai jamais !"

Publié le 10 septembre 2015

À peine 37 ans et déjà dix romans ! Assise dans un salon parisien, Amanda Sthers, l'ex-femme de Patrick Bruel, croise les doigts comme une adolescente qui aurait déjà vécu plusieurs vies. Mais elle ne veut surtout pas passer à côté de la sienne et du grand amour. Comme Sandro, le héros de ses Promesses…

France Dimanche : Quel était le point de départ de ce nouveau roman ?
Amanda Sthers : Depuis un moment, j’avais envie d’écrire… toute une vie. Mais l’idée est venue d’une noyade à laquelle j’ai vraiment assisté il y a trois ans en Corse et qui a créé cette blessure originelle de mon héros.

F.D. : Ça fait quoi de se mettre dans la peau d’un homme pour écrire ?
A.S. : Ce qui était le plus étrange était de se mettre dans la peau de quelqu’un qui a un tempérament si différent du mien ! Sandro est très passif et subit son destin. Moi je serais plutôt du genre à me battre et à penser que l’on peut changer le cours des choses.

F.D. : Vous avez déjà eu peur d’avoir un coup de foudre pour un autre alors que votre conjoint était à côté de vous ?
A.S. : J’ai entendu cette histoire plusieurs fois et c’est affreusement troublant. Moi, j’ai eu la chance de vivre un coup de foudre, mais je n’étais alors pas en couple !

Je crains que les hommes soient dans la séduction et la consommation.

F.D. : Le fantasme, ou la promesse, c’est forcément décevant ?
A.S. : La réalité est souvent moins belle que l’imagination. Mon personnage pense que tout est mieux ailleurs, dans les livres, dans sa tête… C’est mon cas aussi. Sandro navigue avec son sourire triste, entre nostalgie et désillusions, comme beaucoup d’êtres humains. Les destins accomplis sont rares !

F.D. : Dans quel état est-on quand on écrit un livre où le héros subit sa vie ?
A.S. : J’ai mis trois ans à l’écrire, donc je n’étais pas toujours dans le même état ! Même si j’ai la chance dans ma vie de pouvoir choisir, j’ai aussi beaucoup de doutes…

F.D. : Pour vous, « le mariage est vraiment le dieu des mauvais choix » ?
A.S. : Non, car mon côté fleur bleue m’incite toujours croire à l’amour éternel ! Mais je crains que les hommes soient dans la séduction et la consommation. Quand on a fait des enfants, on oublie l’amour du début et on le déplace ailleurs, comme chez Sandro. C’est peut-être pour ça qu’il ne veut pas aller jusqu’au bout avec Laure. Tout le monde a vécu ça un jour. On a tous laissé passer quelqu’un !

F.D. : Le divorce est inéluctable ?
A.S. : Il faut avoir fait le deuil de certaines illusions pour pouvoir être heureux dans un couple. La vraie question est plus la fidélité que le mariage…

F.D. : Est-ce que, finalement, chez votre héros, le problème ne vient pas du fait qu’il soit plus amoureux qu’elle ?
A.S. : Je ne pense pas. Sans doute veut-elle rester l’être aimé et pas sa femme. Au départ, je voulais écrire deux versions, celle de la femme et celle de l’homme.

Il n’y a que dans l’amour et dans certaines amitiés que j’ai connu des déceptions fortes

F.D. : Quelle a été la période la plus heureuse de votre vie ?
A.S. : Maintenant je sais que c’est demain. Avant, comme tous les enfants de divorcés, j’avais la nostalgie du moment où mes parents se sont aimés. J’avais 7 ans et quelques images des deux ensemble. Avant que tout bascule et se scinde en deux vies. J’avais peur de ça aussi pour mes enfants qui ont vécu la même chose, plus jeunes que moi, à 4 et 2 ans. Mais mon divorce [d’avec Patrick Bruel, ndlr] a été moins dur que celui de mes parents. Même si j’ai eu la naïveté de croire que cela ne m’arriverait jamais…

F.D. : Vos promesses de jeunesse ont-elles été déçues ?
A.S. : Non, je me suis imaginée écrivain lorsque j’étais enfant… Juste après danseuse étoile ! J’ai la chance de vivre mon rêve. Je pourrais payer pour faire ce métier. Il n’y a que dans l’amour et dans certaines amitiés que j’ai connu des déceptions fortes, mais il n’y a pas de vie sans ça ! Et je suis moins dans le chagrin que mon héros. J’avance !

Recueilli par Yves Quitté

Un trop grand amour ?

Heureux les hommes qui ont atteint l'âge de la sagesse ! Ils n'ont plus de fantasmes, plus de promesses. Amanda Sthers "est" Sandro, un Franco-Italien qui passe sa vie à manquer le grand amour : Laure. A la recherche d'un temps perdu à jamais, cet antihéros nous attendrit et nous irrite tout à la fois, jusqu'au dénouement final. Comme les amant de La route de Madison, va-t-il finir par ouvrir la portière ? Et choisir son destin...

Les Promesses, d'Amanda Sthers, Grasset, 19 euros.

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