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INTERVIEW EXCLUSIVE Igor et Grichka Bogdanov : « Il a choisi la seule liberté qui était encore sienne : la mort »

Publié le 7 septembre 2018

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Le 31 août dernier, Cyrille P., l’homme que les frères Bogdanov sont soupçonnés d’avoir escroqué, s’est suicidé. Dans une interview exclusive accordée à France Dimanche, Igor et Grichka ont accepté de se confier sur cette affaire qui les dépasse.

Deux mois et demi après que les Frères Bogdanov ont été mis-en-examen pour « tentative d’escroquerie sur personne vulnérable », Cyrille P. – le producteur et homme d’affaires concerné -  s’est suicidé en sautant du haut de la falaise d’Étretat, le 31 août dernier.  

Les soupçons qui pèsent sur les deux animateurs de « Temps X » ? Avoir fait miroiter de juteux placements dans différents projets artistiques, cinématographique et scientifiques, mais aussi l’achat de véhicules de luxe, dont ils auraient été les seuls bénéficiaires. Le montant du préjudice s’élèverait à plus de 800 000 €.

Entre la stupeur d’être accusés de faits dont ils se défendent et la douleur d’avoir perdu un ami proche, Igor et Grichka ont accepté de se confier et de révéler leur version des faits à France Dimanche.

France Dimanche : Comment allez-vous ? 

Grichka Bogdanov :  Igor et moi, nous sommes entre deux pôles. Le nôtre, c’est-à-dire toujours positif – car nous sommes porteurs de message d’espoir pour nous et pour les autres. Mais nous sommes également terrassés par la douleur d’avoir perdu un ami. C’était une amitié rare.

FD : Comment avez-vous appris le décès de Cyrille P. et comment avez-vous réagi ?  

Igor Bogdanov : J’ai reçu dans la nuit du 31 août un message de Sylvie Ortega Munos [ex-belle fille de Sheila, proche amie de Cyrille P. Ndlr.] qui nous avertissait de sa mort… Ensuite, j’ai appelé Grichka pour le prévenir. 

GB : Ma première réaction a été la stupeur. Aujourd’hui, je le suis encore. Je n’arrive pas à comprendre et à croire qu’il est mort.

FD : Pouviez-vous vous douter qu’il était suicidaire ?

 GB : Non, c’était impossible. La veille de notre garde à vue, brutale et invraisemblable pour nous, on l’a vu. Il était en pleine forme. Il était joyeux, heureux. On a fait de la musique ensemble. Il m’appelait "frérissimme". Je l’appelais "frère premier". C’était insoupçonné pour nous qu’il puisse attenter à ses jours.

FD : Il était décrit comme une personne « dépressive et vulnérable » Comment était-il au quotidien ?

GB : Au quotidien, il était vraiment surdoué. C’était un être à haut potentiel. Il pensait plus vite et mieux que les autres. Il était doué d’une perception lumineuse des choses. C’était un libre-penseur. Il était doté d’une joie d’agir, d’entreprendre. Il était cultivé. En science, il avait une formation de haut niveau car il avait fait maths sup, maths spé et un MBA aux Etats-Unis. Il parlait anglais, il jonglait avec toutes les valeurs numériques et en même temps comprenait des tableaux que personne d’autres que lui dans notre entourage ne pouvait comprendre. Ça fonctionnait entre nous sur ce registre-là.

IB : Je suis totalement d’accord. Autour de nous - nous connaissons évidemment beaucoup de monde - c’était la première fois qu’on trouvait quelqu’un comme ça. Ceci a une conséquence qui peut être perçue par les autres comme négative. Pourquoi ? Parce que quelqu’un « qui sort » de la conformité est perçu comme différent. Les plus généreux diront « Oui, c’est un esprit exalté », les plus critiques diront « Il ne pense pas tout à fait comme nous ». C’était quelqu’un, et tous ses proches le savent, qui avait le sens des décisions. Il était tout à fait capable de discerner le bien et le mal. 

GB : On n’a jamais soupçonné que son esprit devait être considéré comme étant défaillant.

FD : Pourquoi alors était-il sous le coup d’une procédure de mise sous curatelle ?

IB : Cela vient d’un conflit latent avec son ex-femme. Ils étaient divorcés depuis quatorze ans. Chacun d’entre eux revendiquait une part de responsabilité et d’amour de leur enfant. Il se trouve qu’à un moment, Cyrille a décidé de changer de vie. D’expert-comptable et homme d’affaires, il est devenu producteur. Entre la production de son film « Le Noni » - dans lequel nous jouons deux scientifiques – et l’achat de son nouvel appartement, ça a entrainé des dépenses plus importantes qu’à son habitude. Ça a attiré l’attention de sa banque qui a averti Bercy. Sous le motif qu’il était trop généreux avec son argent, il a fait l’objet d’une procédure de curatelle. Nous l’avons appris en janvier après que nous avons essayé de mettre en place, ensemble, des projets. Par exemple, il souhaitait m’acheter la partie supérieure de ma maison. Le chèque est revenu impayé. C’est d’ailleurs cette tentative avortée qui a conduit Cyrille à comprendre que quelque chose clochait, qu’il ne pouvait plus utiliser son argent, ni avoir accès à ses comptes en banque. Par la suite, on a accepté sa proposition de participer à la nouvelle édition de Temps X. C’était une aventure intellectuelle et financière que nous voulions vivre ensemble. Conscient de son problème, on a attendu que les choses se régularisent. Un jour, il est emmené de force pour rencontrer un expert qui le déclare bipolaire. C’est là que commence la lente descente de Cyrille. 

GB : Sa véritable bipolarité est très en question. Un psychiatre qui fait partie des huit experts nationaux en France auprès des tribunaux ne le déclarait pas du tout bipolaire. Il parle plutôt d’un « hypomane » - c’est-à-dire des personnages qui sont exaltés, joyeux, qui ont toute la phase positive des bipolaires mais pas la phase de dépression. Il ne l’a pas examiné en détail, mais il l’a vu.

FD : Qu’avez-vous à répondre aux soupçons qui pèsent sur vous ?

GB : Il circule que nous aurions dérobé plus de 800 000 € sur le commerce de voitures de luxe, etc. Le fait est que nous n’avons jamais perçu le moindre centime. Ce ne sont pas seulement nos comptes que les juges examinent, ce sont aussi les siens. Il n’y a jamais eu le moindre transfert. Aujourd’hui, il y a trois victimes : lui, et nous dès l’instant où ce que nous avons entrepris avec lui s’effondre, mais également provoque une mise en examen. D’une certaine façon, c’est comme-ci l’effet précédait la cause : ils sont « mis en examen », par conséquent : ils sont coupables. Pour l’intention d’escroquer, c’est exactement la même chose. On n’a jamais fait miroiter des opérations sans contrepartie réelle. Dans notre cas, ce que nous souhaitions entreprendre concernait la maison déjà – sa valeur est déjà supérieure à la somme qui a été énoncée – ensuite, pour ce qui concerne Temps X, son investissement de base lui aurait généré un profit. La vérité est qu’il se serait enrichi moralement, symboliquement, intellectuellement, scientifiquement, mais également matériellement. On l’a privé de participer à une aventure qui était extrêmement favorable pour lui.


FD : Avez-vous eu des contacts avec lui ? La veille de sa mort, c’était votre anniversaire.  

IB : Aucun. Nous étions totalement coupés de lui depuis notre mise en examen qui a eu lieu le 21 juin. La procédure rendait cela impossible. De son côté également, la présence des avocats, des juges et des officiers de la police judiciaire l’en empêchait. Comme on l’a appris après, c’était justement ça dont il souffrait. Alban de Jongles, qui était son coach depuis des années, nous a confié que Cyrille souhaitait « nous tirer de là ». Il aurait pu nous appeler ou le déclarer dans la presse mais il était empêché par le système judiciaire. Je pense qu’il y a trois causes qui expliquent sa mort. La première, c’est son isolement dû à la mise en examen. Il ne pouvait plus nous voir. La deuxième, c’est l’interdiction faite par son ex-femme de voir sa fille. La troisième est sans doute son traitement médical. Récemment, on lui avait soumis de nouveaux médicaments qui contenaient du lithium. Sur un esprit à haut potentiel comme le sien, ça a un effet très négatif car au lieu de lutter contre la dépression, ça peut l’entraîner. Hier, Alban [le coach de Cyrile, Ndlr.] nous a montré les messages qu’il lui avait envoyés. Et on voit la lente décomposition de Cyrille tout au long du mois d’août. Il le vit très mal, il l’écrit lui-même : « Cette situation est intolérable : ne plus être souverain de son propre argent ». En le soumettant à une procédure de curatelle aussi dure, on lui a enlevé sa liberté d’agir, d’être. Confronté à une prison sans barreau, il a choisi la seule liberté qui était encore sienne : se donner la mort. C’était son évasion.

FD : Malgré ce drame, vous n’avez pas arrêté le projet Temps X sur Youtube. Pourquoi ?

GB : Temps X, c’était avant lui et ce sera après lui. Avant qu’on le prenne dans notre train, cela faisait plusieurs mois qu’on avait initié le projet. En plus de cela, c’est une manière de lui rendre hommage même si on ne pouvait plus continuer à l’associer à la chose à cause du procès.

FD : Est-ce que sa mort signe la fin de l’affaire ?

GB : Pour le moment, on n’a pas tellement de visibilité sur ce que vont dire les juges. Ils sont en train d’évaluer des conclusions. Pour le moment, on ne sait pas.

IB : Notre avocat nous a dit qu’il ne voit pas comment l’affaire peut continuer dans ces conditions. À la base, nous souhaitions faire une confrontation.

FD : Comptez-vous vous rendre à l’enterrement ?  

IB : Dans le contexte, nous ne pensons pas que nous serons invités. Je pense qu’il va être enterré en Normandie – son pays – mais ce sera fait dans la plus stricte intimité familiale.

Julia NEUVILLE

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