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Interview Exclusive / Jean-Yves Lafesse : “Je suis habité par une petite vieille ! ”

Publié le 12 août 2015

Le roi de l’imposture rode son premier one-man-show en Bretagne, où il a grandi. L’occasion de  questionner Jean-Yves Lafesse sur son sens de la famille…

Une interview par téléphone avec cet expert en canulars s’avère forcément troublante. Est-ce bien lui ou s’agit-il d’un imposteur ? Heureusement, c’est bien Jean-Yves Lambert, de son vrai nom, qui nous parle à cœur ouvert… Le même qui, jusqu’au 21 août, joue son premier one-man-show, Jean-Yves Lafesse se met en scène, sur ses terres bretonnes à Carnac.

France Dimanche : Pourquoi monter sur scène pour la première fois à 58 ans ?

Jean-Yves Lafesse : Parce qu’avant, j’avais le trac. Une fois, je m’étais enfui avant le spectacle ! Et puis, au fur et à mesure que j’écrivais des trucs qui me faisaient marrer, le trac a disparu. Aujourd’hui, je ne l’ai plus, j’aimerais même le retrouver. J’ai découvert mon bonheur sur scène. Pourtant, je suis dyslexique et j’ai galéré pour apprendre le texte. C’est pour ça que je le retravaille tous les jours.

F.D. : Vous êtes deux sur scène. Il y a Lafesse et sa créature, Mme Ledoux…

J.-Y.L. : Je suis vraiment habité par une petite vieille ! Les gens disent que je suis schizophrène, mais ce sont eux qui sont fous. Un jour, je me suis rendu compte que mes sketchs marchaient mieux s’ils étaient dits par un personnage. Je ne suis pas un imitateur, donc je me suis acharné sur mes cordes vocales pour créer Germaine Ledoux. Cette femme adore parler de sa sexualité ! Pourtant, chez elle, tout s’affaisse. Ce spectacle, c’est un combat impitoyable entre moi et une vieille dame.

“J’ai quatre enfants de deux mamans différentes.”

F.D. : Vous devez être l’idole des personnes âgées !

J.-Y.L. : Comme je le dis sur scène, on commence à vieillir le jour même de notre naissance. Pour moi, être vieux c’est être soumis, et il n’y a pas d’âge pour ça. Chaque soir, j’ai trois générations de spectateurs dans mon théâtre. Avec les enfants, ce n’est pas évident car Germaine envoie du lourd ! Une fois, le tiers de la salle avait moins de 10 ans. Je n’ai rien changé au texte et ils ont tout compris ! Sauf deux expressions que les parents ont dû leur expliquer…

F.D. : Vos enfants sont à Carnac avec vous ?

J.-Y.L. : Oui, j’en ai quatre de deux mamans différentes. Deux garçons de 7 et 9 ans et deux grandes filles de 19 et 22 ans. L’une est comédienne et l’autre travaille dans la production. Mes filles vivent avec moi, et j’ai les petits un week-end sur deux. Quand ils étaient plus jeunes, je leur avais acheté un bout de terrain sur la Lune. Un avocat la vendait par parcelles car il estimait qu’elle n’appartient à personne.

F.D. : Vos enfants ont-ils hérité de votre sens de l’absurde ?

J.-Y.L. : Quand elle avait 6 ans, ma fille Jeanne a fait une blague téléphonique aux pompiers. Je lui ai dit que c’était mal. Ces gars-là risquent leur vie tous les jours pour nous, ils ont autre chose à faire.

F.D. : Vous travaillez aussi avec vos frères…

J.-Y.L. : À Carnac, Daniel, Hervé et moi collons les affiches que nous avons conçues. On fait tout nous-mêmes ! Quand je faisais mes impostures à la télé, ils étaient déjà avec moi dans la rue. On improvisait ! En revanche, quand je travaillais pour la radio, je devais enregistrer seul. Si quelqu’un à côté de moi, est mort de rire, ça me déconcentre ! Quant à ma mère, elle vit en Bretagne et va venir voir le spectacle. Mais je ne vais pas me censurer pour autant !

F.D. : Vous avez grandi à Pontivy, dans le Morbihan…

J.-Y.L. : J’ai été un enfant choyé mais je vivais une véritable tempête intérieure, j’étais très angoissé. À 4 ans, j’ai été témoin d’une agression sur un paysan pendant une manifestation. Les gardes mobiles tapaient sur lui et je voyais la flaque de sang sous sa tête s’élargir… J’ai commencé à aller mieux quand j’ai compris que la vie est un spectacle. Ce qui m’intéresse c’est d’observer l’espèce humaine. Un pote de lycée m’a dit un jour : « Article 1 : je me fous de tout. Article 2 : je me fous de l’article 1. » Ça a changé ma vie.

F.D. : En vingt-cinq ans d’imposture, vous avez déjà eu peur ?

J.-Y.L. : Une fois, un gars m’a mis un pistolet sur la tempe devant toute l’équipe. Une autre fois, à Cannes, une femme m’a donné neuf claques de suite. Ça l’énervait que je rigole, donc elle continuait ! Je lui avais fait croire que, tout bébé, alors que j’étais ivre, j’avais pris un cliché de Marcello Mastroianni en tombant sur un appareil photo !

Propos recueillis par Benoît Franquebalme.

Lafesse se met en scène, les mercredis, jeudis et vendredis soir au casino Barrière de Carnac jusqu’au 21 août. Et au Théâtre des 2 ânes, à Paris dès le 8 octobre.

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