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[INTERVIEW] Pascal Danel : 50 ans de carrière et tant de souvenirs !

Publié le 10 décembre 2015

Rendez-vous compte, l'inoubliable chanteur des Neiges du Kilimandjaro fêtera les 12 et 13 décembre prochains à La Nouvelle Ève ses 50 ans de carrière ! Entre tubes de légende et chansons inédites dans l'ambiance très intimiste de ce cabaret parisien, Pascal Danel promet une soirée inoubliable au-delà de ses souvenirs. En exclusivité pour France Dimanche, le mythique chanteur des sixties sans père ni mère s'est livré comme jamais il ne l'avait fait auparavant !

France Dimanche (F.D.) : Pour fêter vos 50 ans de carrière, vous promettez un spectacle exceptionnel à La Nouvelle Ève...

Pascal Danel (P.D.) : J'ai sorti mon premier single en 1965 - "Je m'en fous" NDLR. Vous vous rendez compte, je vais fêter à La Nouvelle Ève mes cinquante ans de carrière. C'est un nouveau spectacle que j'ai choisi d'intituler Pascal Danel au-delà de ses souvenirs. Sur scène, vous m'entendrez beaucoup au piano, avec deux de mes musiciens habituels. Un spectacle, c'est très couteux à produire, alors malgré mon âge je vais beaucoup donner de ma personne. Je chanterai évidemment quelques reprises, les inévitables La Plage aux romantiques et Kilimandjaro, mais aussi de très belles chansons que je viens d'écrire.

F.D. : En 2014, votre femme nous avait confié que vous aviez écrit 3 nouvelles chansons depuis la sortie de votre dernier album, Putain d'étoile ?

P.D. : Je vais bien entendu chanter mes trois nouvelles chansons. Monsieur le Marquis est rigolote ! C’est l’histoire de deux mômes, l’un est fils de marquis, l’autre de rien. C’est une de mes chansons préférées ! Elle est très personnelle. C'est un petit peu mon enfance, l’histoire de ma vie. D'ailleurs dans Pascal Danel au-delà de ses souvenirs, tout est pratiquement en rapport avec ma vie, mon enfance et mon adolescence. Je n’ai pas eu de père, vous savez. Je ne l'ai vu que deux ou trois fois... Quant à ma mère, je ne l’ai retrouvée qu'à 30 ans !

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F.D. : D’autres chansons se sont-elles ajoutées à votre répertoire depuis ?

P.D. : Oui, j’ai encore écrit 6 ou 7 nouvelles chansons que je chanterai ce week-end à Paris. Il y en a une sur la guerre, l’automne 1916 et ces vieux briscards, les têtes cassées,  mutilés et démembrés dans l'horreur des tranchées... Je vais la chanter, ça tombe bien en ce moment ! Enfin, ça tombe bien… Nous baignons dans une atmosphère pas vraiment drôle… C’est pour ça que je tenais à jouer à Paris ! Il faut montrer au public que nous, les artistes, nous n’avons pas peur. S’il se passe quelque chose, nous descendrons de la scène pour rejoindre le public et ... (rires). On n’a pas peur !

F.D. : Vous étiez-où pendant les attentats du 13 novembre ?

P.D. : On - avec sa tendre épouse Florence - était à Fontainebleau, dans notre maison de campagne, pendant les attentats... C’est terrible ! La veille, on passait avec ma femme juste devant le Bataclan. Je lui ai fait visiter le quartier en lui racontant ses histoires, tous ces grands noms qui sont vont venus chanter sur cette scène mythique. Je lui montrais le bistrot juste à côté... Le Bataclan, c’était un lieu vachement bien…

F.D. : Vous avez prévu d’autres dates après Paris ?

P.D. : Oui, nous partons en tournée dès janvier-février 2016. Nous sommes encore en train de planifier des dates jusqu'à la fin de l'année prochaine.

F.D. : Vous ne vous lassez pas de chanter Les neiges du Kilimandjaro ?

P.D. : Vous savez, le véritable plaisir, c’est de faire plaisir ! Alors j’en ai plus que marre de la chanter, mais en fait non, je n’en ai pas marre. Quand le public reprend vos chansons, elles ne vous appartiennent plus vraiment. C’est un moment merveilleux qui vous prend jusqu'aux tripes ! Vous savez alors pourquoi vous continuez à monter sur scène ! Un de mes plus grands souvenirs, c’est quand je suis monté sur la scène du Zénith de Paris, en 2007. J’ai participé à La fête de la chanson française, une émission présentée par Daniela lumbroso. Il y avait Charles Aznavour, Patrick Bruel, Laurent Voulzy, Alain Souchon, Renaud, Henri Salvador, Michel Sardou, Michel Delpech, Hélène Segara et tant d'autres ! Avec tous ces grands noms de la chansons française, j’ai véritablement eu peur ! Je me suis dit : « Qu’est-ce que tu viens foutre là avec ton petit Kilimandjaro » !? Mais quand tous les spectateurs du Zénith se sont mis à reprendre ma chanson en coeur... Je n'oublierai jamais ce moment ! Alors oui, ce petit Kilimandjaro m’emmerde ! (rires) Mais quand le public la reprend ainsi, que la chanson ne m’appartient plus, c’est un plaisir tellement immense ! Un historien m’a dit un jour : « Finalement, le Kilimandjaro, c’est Danel qui l’a rendu célèbre ! » J’ai contribué largement à le faire connaître, comme si le Kilimandjaro m’appartenait !

F.D. : Au cours de vos 50 ans de carrière, vous n’avez pas seulement été chanteur, vous avez été aussi producteur d’émissions de télévision ?

P.D. : J’ai coproduit Cadence 3 avec Guy Lux, puis j’ai créé Macadam – une émission qui promouvait les régions en chansons NDLR – avant de tourner dans un film, Les enfants et le président, dont j’ai composé la bande-originale. J'ai eu la chance de tourner avec Michael Lonsdale. Dans Les enfants et le président, il jouait vachement bien ! C'était un mec un peu spécial, mais ça m’a beaucoup plu de travailler avec lui, mais aussi Pascale Petit et Paulette Dubost, entre autres. J'ai même lancé Laurent Lafitte, un acteur qui monte aujourd'hui ! Il a joué De L’autre côté du périph – en 2012 avec Omar Sy NDLR. Je me dis que je ne me suis jamais gouré, comme quand j’ai choisi Laurent Voulzy à la guitare ! Le seul qui n’a pas réussi, au fond, c’est moi ! Je rigole bien sûr ! (Rires)

F.D. : Vous avez prévu de remonter sur scène avec Laurent Voulzy ?

P.D. : Il est venu avec Alain Souchon pour mon concert Danel chante Bécaud au Casino de Paris – le 10 janvier 2014 NDLR. Laurent, c’est un peu comme mon petit frère !

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F.D. : Votre vie n’est pas seulement jalonnée de musiciens et d'acteurs talentueux, vous vous êtes aussi lié d'amitié avec de grands hommes politiques, comme François Mitterrand ?

P.D. : François Mitterrand, je l’ai connu bien avant qu’il soit président. On a toujours passé nos vacances ensembles à Latche. Ce que les gens ne comprennent pas quand je parle de Mitterrand, c’est que je ne parle pas de politique. J’admire l’intelligence et la culture de cet homme, mais je ne vais pas parler d’économie, de chômage ou de je ne sais quoi… Je suis un chanteur !  François Mitterrand me manque…

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F.D. : Votre femme a dirigé le bureau de son conseiller, Jacques Attali ? Vous connaissez ainsi très bien notre actuel président de la République, François Hollande, et son ex-compagne, Ségolène Royal ?

P.D. : Ma femme est pour beaucoup dans tout ça. C’est elle qui les a pris sous le bras et les a présentés à Jacques Attali. François Hollande a dîné à la maison avec Ségolène. Mais je ne l’ai jamais revu depuis qu’il est président. Les gens pensent que connaître des hommes de pouvoir vous donne des passe-droits. En vérité, c'est bien tout le contraire ! Je sais que François Hollande garde lui aussi ce souvenir. Il a demandé de mes nouvelles récemment à des gens que je connais bien. Mon fils - Jean-Pierre Danel - l’a vu. Mais je n’ai jamais été invité à L’Élysée depuis qu’il est président. De toute façon, je ne suis pas quelqu’un qui frappe aux portes. Je m’en fiche un peu. La politique, ce n’est pas mon rayon. Bien sûr, je ne suis pas heureux quand je vois les résultats des dernières élections – le premier tour des Régionales NDLR. Mais ce n’est pas moi qui vais aller conseiller François Hollande !

Pascal et Jean-Pierre Danel
Pascal et Jean-Pierre Danel le 21 octobre dernier pour le making of de Guitar Tribute, le nouvel album du fils. Samedi, les Danel joueront un morceau en duo sur la scène de La Nouvelle Ève !

F.D. : Dans votre carrière, vous vous êtes finalement essayé à tous les métiers : la chanson, le cinéma, le théâtre, l’écriture, mais aussi le funambulisme ?

P.D. : J’ai fait tout ce qu’un homme qui n’a pas de parents peut faire. D’ailleurs, j’ai pris le pseudonyme de Pascal Danel pour une raison très simple. Car avant de me lancer dans funambulisme, on m’avait dit de changer de nom ! Je m’appelle en réalité Jean-Jacques Pascal, mais ça ressemblait à Christophe Pascal, qui était connu à l’époque. Comme je ne savais pas qui était ma mère, je ne pouvais pas prendre son nom de famille. D’ailleurs, on n'a jamais vraiment su le jour exact de ma naissance : je suis né un 29, 30 ou 31 ? Alors j’ai pris le nom de famille de mon père, Pascal, et j'ai ajouté d'Annelles, Annelles étant la ville où j'étais pensionnaire à 15 ans. Quand j’ai retrouvé ma mère des années plus tard, les lois avaient changé. On peut désormais choisir son nom d'usage. Sur ma carte d’identité, j'ai donc fait inscrire le nom corse de ma mère, Boutafuoco, juste à côté de celui de mon père, Danel.

F.D. : À quel âge avez-vous retrouvez votre mère ?

P.D. : Vers 30 ans. Ce ne fut pas une grande rencontre. Vous savez, il y a parfois des choses très dures à vivre... On rêve bien souvent d'une rencontre. On se l'idéalise pendant des années, mais finalement, la réalité nous rattrape vite... Aujourd'hui, je ne sais pas si elle est au ciel ou en dessous.

F.D. : Pensez-vous écrire un livre sur votre enfance, ça pourrait faire l’effet d’une thérapie ?

P.D. : J’ai peur de souffrir ! J’en ai déjà beaucoup parlé avec Florence... Je ne sais pas quand, mais je pense que j’écrirai un jour là-dessus !

Pascal Danel et Florence ©Nicolas Denizon
Pascal Danel et Florence ©Nicolas Denizon

F.D. : Et votre père ?

P.D. : Je ne l’ai vu que 4 ou 5 fois dans ma vie, quand il m’emmenait d’un pensionnat à l’autre... Allez, 7 ou 8 fois, je vais bien le lui accorder ! Vous savez, j’ai eu un terrible accident de voiture. J’ai été en fauteuil roulant pendant plus d’un an. Heureusement que je n’avais pas ma ceinture ! Sinon je serais mort... Ça relance le débat sur le port de la ceinture ! Je roulais ce jour-là sur la route de Bois-le-roi, on a percuté un poids lourd… Après mon accident, je suis allé dans plusieurs centres de rééducation, à Garches puis à Courtois. Un copain, un ancien du Big Bazar – la troupe musicale créée par Michel Fugain NDLR – venait alors me chercher à l’hôpital pour me faire changer d'air. Je passais les week-ends à la campagne chez mes copains, à Sai. J’ai une sœur, Jacqueline, qu'on appelle Pascal d'ailleurs, et une demi-sœur du côté de mon père. Je les vois presque tous les jours. Un week-end, j’étais là-bas, à Sai. Ma soeur a passé un coup de fil : « Ton père est mort ». C'était en 1991 ou 1992, je ne l’avais pas revu depuis 15 ans !

F.D. : À 71 ans, vous pensez vous arrêter un jour ?

Tant que mon corps me le permettra, je monterai sur scène. J'ai des petits problèmes de hanche. Je devrais peut-être bientôt porter une prothèse... Mais tant que mon médecin me le permettra, je souhaite continuer à vivre ces formidables moments de communion musicale avec mes fans !

Interview : Stéphane Joly

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