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Interview - Pierre Billon " Johnny Hallyday ? C'est un Français moyen !"

Publié le 2 juillet 2010

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Pierre Billon a travaillé avec les plus grands. Du coup, Johnny Hallyday ou Michel Sardou n'ont plus de SECRETS pour lui qui connaît aussi bien leurs forces que leurs faiblesses. Rencontre avec un homme de l'ombre qui prend bien la lumière.

Toujours en retrait, le fils de Patachou est dernièrement sorti du silence grâce à un titre un peu surréaliste des années 1980 qui fait un tabac sur le Net, La bamba triste . Il revient France Dimanche sur son incroyable parcours aux côtés des plus grandes stars, des gens devenus, au fils des années, ses amis.

France Dimanche : Pourquoi sortir de l'ombre aujourd'hui ?
Pierre Billon : Je me suis toujours débrouillé pour ne pas être sur la photo mais depuis quelques années, j'ai envie de jouer ma partition. La bamba triste m'a fait jaillir de l'ombre. Dans mon métier, on fait beaucoup de maquettes, des chansons qu'on chante et qu'on propose aux artistes. Parfois, elles finissent dans des tiroirs et les encombrent. Aujourd'hui, il est facile de sortir un disque. Ça fait longtemps que je veux faire un album. La bamba est réapparue sur Internet, je ne sais pas comment, elle va m'y aider.

F. D. : Comment ce clip des années 1980 s'est-il retrouvé sur le Web ?
P. B. : C'est un grand mystère. Je ne sais pas qui l'a réalisé. Je crois que ça a été enregistré à Chamonix, pour une chaîne régionale, quand j'étais en promo pour l'album dont La bamba tristefaisait partie.

https://www.youtube.com/watch?v=AfeAhCWaMD0

F. D. : Quelle est l'origine de cette chanson ?
P. B. : Je venais de me faire « plaquer » par Johnny Hallyday. Je n'arrivais pas à la fin d'une histoire d'amour, parce qu'on est toujours très potes, mais à la fin d'un cycle artistique avec lui, après avoir produit plus d'une vingtaine de ses albums. Il fallait « dépoussiérer » Johnny, et, pour ce faire, il fallait virer celui qui faisait jusque-là le ménage, c'est-à-dire moi. Ensuite, ils ont eu l'excellente idée de prendre Berger pour me remplacer. Je suis parti comme une Bamba triste . Ce qui est drôle, c'est que cette chanson est par la suite devenue l'une de ses préférées.

F. D. : Comment avez-vous débuté ?
P. B. : J'ai appris à jouer de la guitare à l'armée, et puis je me suis mis à écrire. J'ai fait des musiques tout de suite. La première, pour Maxime Le Forestier, Ballade pour un traître , qui a par la suite été enregistrée par Serge Reggiani. J'ai vraiment eu du pot ! Après, j'ai bossé avec Michel Sardou. Je le connaissais depuis tout gosse. Ma mère jouait dans une pièce avec ses parents. J'ai tout fait avec Sardou : conduit la voiture, porté les valises, monté la sono. On partait à deux en gala, on faisait tout.

F. D. : Comment s'est passée votre collaboration avec Michel Sardou ?
P. B. : On se marrait bien. Il avait une vraie absence de doute. Il aimait ce qu'il faisait. Il fonçait. Au début, ses oeuvres étaient à contre-courant mais après, les tubes sont venus : Mourir de plaisir , Les bals populaires , et on a changé de camion [ de tournée, ndlr ]... Ensuite, je l'ai produit, pendant quatre ans, jusqu'à Femmes des années 80 . Après, je suis rentré chez Hallyday.

F. D. : Quels souvenirs particuliers gardez-vous de vos années avec Sardou ?
P. B. : Je me souviens d'une fois où il s'est vautré dans les arènes de Fréjus. Sardou a un jeu à l'ancienne, très réglé. Il chante son intro, avance de trois pas, chante le premier couplet, fait deux pas à droite... Or la scène avait été raccourcie et rehaussée. Mon Sardou, il entre sur J'ai 2 000 ans : « Ce sont des faux, j'ai ...», et vlam ! Trois mètres plus bas, les tifs en vrac, le futal déchiré !

F. D. : Pour Johnny Hallyday, vous avez fait "J'ai oublié de vivre". Quelle en a été la genèse ?
P. B. : Je me suis mis à sa place, j'ai vu sa cavalcade éternelle autour du monde, et je me suis dit : « Ouais, il a peut-être oublié de vivre. » Un auteur de chansons, c'est un bon tailleur. Faut filer le bon costard qui va aller au chanteur. C'est tout. Après, en trois minutes, faut la mélodie, la bonne phrase, le truc dans l'air du temps. C'est une alchimie et c'est amusant. Mon petit loup , je l'ai écrite sur le coin d'une table avec Hallyday, dans un resto.

F. D. : En 1980, de quelle manière avez-vous commencé à travailler avec Johnny Hallyday ?
P. B. : J'avais déjà fait deux tubes pour lui. On était potes, mais on n'avait pas vécu ensemble. En fait, ça commence par un spectacle sur Mad Max . Pour ce show, il voulait se remettre en forme, faire de la musculation. Il m'a dit : « Toi, t'en fais, tu peux m'entraîner. » On est partis un mois à Miami. Pas d'alcool, pas de fumée. On s'est entraînés comme des bêtes. Et, à partir de là, on a travaillé ensemble. Après, il n'a jamais arrêté la musculation.

F. D. : Quelles sont les sensations que vous procure cette collaboration ?
P. B. : C'est le pied, le rêve, car tout est possible. Tu lui dis : « T'es habillé en peau de bête, tu sors d'un rocher après une explosion, tu as des lunettes avec des lasers, et avec tu mets en feu des mutants, tout en chantant Je suis un rock'n'roll man . » À ce moment-là, n'importe quel autre mec te dirait : « Bouge pas, j'appelle l'asile. » Mais lui, il te répond : « Ok, c'est normal, je vais le faire. » Il le fait, et c'est énorme ! J'ai fait plein de trucs avec lui : on est partis en tournée ensemble, on a traversé les États-Unis à moto ensemble. Et je suis reparti avec lui et Yves Rénier, il y a deux ans, pour un tour tranquille aux États-Unis.

F. D. : Quel genre de pote est-il ?
P. B. : Il est délicieux quand ça roule pour lui. Sinon, quand il a des soucis, il est moins sympa. C'est un mec normal. Un Français moyen. Il a des goûts de base. Il passe ses journées dans la cuisine à regarder les jeux à la télé et le téléachat. Il vit à Gstaad ou à Los Angeles dans une cour de star, mais en fait, ses goûts sont proches de ceux de la France profonde. C'est pour ça que depuis trois générations, il arrive à donner de l'espoir aux gens.

F. D. : Comment va-t-il ?
P. B. : On s'appelle régulièrement, il m'a même chanté La bamba au téléphone l'autre jour, le fou. Il va bien. Quand il a eu ses problèmes, j'ai appelé pour savoir si c'était grave. Ça ne l'était pas trop. Ce qui le fait mourir de rire, aujourd'hui, c'est quand on dit que c'est un pochtron. Si vous voyiez ce qu'il boit ! Un mélange Viandox-vin blanc. C'est un vrai truc de malade, peut-être, mais franchement pas d'alcoolo ! " J'ai écrit La bamba triste parce que je venais de me faire plaquer par Johnny Hallyday " " Michel, je le connais depuis l'enfance. Ma mère jouait dans une pièce avec ses parents "

Cyril BOUSQUET

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