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Isabelle Adjani : Dévastée par le calvaire de son père !

Publié le 4 mai 2019

Isabelle Adjani, bouleversée, revient sur les humiliations et autres maltraitances dont a été victime Mohammed Chérif Adjani.

Rien ne se voit sur son si beau visage aux yeux transparents. Comme si Isabelle Adjani n’avait rien à cacher, et que sa vie était aussi limpide qu’une source claire. Pourtant, ce regard évanescent n’est pas celui d’une actrice ayant traversé l’existence sans la moindre embûche. Car la star a très tôt été confrontée à la souffrance. La pire de toutes peut-être, celle qui frappe ceux que l’on aime, et à laquelle on ne peut qu’assister, impuissant, sans avoir la moindre chance de changer le destin. Ce sentiment terrible est ancré au plus profond de son âme. Car celui qu’Isabelle a vu s’effondrer sous le poids de la cruauté, endurer les pires humiliations sous ses yeux d’enfant, des années durant, à cet âge où l’on sait que tout se joue, n’est autre que son père.

Il s’appelait Mohammed Chérif Adjani. Un nom qui ne sonnait pas très français. Né en 1923 à Constantine, en Algérie, il s’était engagé tout jeune, à 16 ans, dans l’armée, lors de la Seconde Guerre mondiale. Mais aux yeux de certains, peu importait qu’il ait servi et risqué sa vie pour ce qui était alors sa patrie. 

Venir s’installer dans l’Hexagone en étant originaire du Maghreb n’allait pas de soi. Aussi, très vite, devenu garagiste à la Libération, Mohammed ressent la violence du racisme ambiant à son égard. « Jeune, j’ai vu mes parents souffrir, vient de confier l’actrice à notre confrère Télé 7 Jours. Mon père était maltraité par les gens qui l’employaient ».

Mais ce n’est pas la seule cause de son calvaire. En effet, Mohammed avait épousé une ravissante jeune femme, rencontrée en Allemagne lors de son service militaire, Augusta Emma Schweinberger, surnommée Gusti. Mais alors que les deux émigrés auraient dû se soutenir l’un l’autre face aux difficultés de la vie, c’est une nouvelle violence qui s’exerce sur la personne de Mohammed. Isabelle avait expliqué l’intensité de cette violence au Nouvel Observateur, en 1985 : « Ma mère était bavaroise. Elle se sentait très mal dans un pays où elle était arrivée sans parler un mot de français, et ne supportait pas que son mari soit algérien. Elle disait qu’il était d’origine turque et je le croyais. Entre mes parents, il y avait un racisme conjugal. Ma mère traitait mon père de “Crouille” et lui répondait “Sale Boche !” Il s’appelait Mohammed, mais ma mère l’avait obligé à changer de prénom. Sur notre boîte aux lettres, il y avait : “Chérif Adjani”. Ma mère trouvait que ça faisait américain. »


L’on peut imaginer ce que ressentait la petite fille, qui ne comprenait rien aux scènes terribles qui se déroulaient sous ses yeux, pétrifiée de voir ses parents, ces êtres qu’elle aimait le plus au monde, se déchirer ainsi. Elle porte d’ailleurs sur elle l’empreinte de cette mésentente fondamentale, puisque son prénom, Isabelle, est le témoin d’un combat que son père avait perdu : « Il aurait voulu m’appeler Yasmine, mais elle a refusé. Et il a obéi. » En même temps, la future actrice comprenait aussi beaucoup de choses, sans doute, de ces choses qui fabriquent le terreau de ce que l’on peut appeler la sensibilité, ou l’intelligence. 

Mais avec son frère, Éric, de deux ans son cadet, elle ne pouvait qu’assister, impuissante à ces échanges terribles : « On était très malheureux d’être témoins de cette souffrance », a-t-elle encore confié à Télé 7 Jours. 

Hélas, si Isabelle a trouvé en elle les ressources pour surmonter ce drame d’enfance, son frère, lui, n’a pas survécu à un arrêt du cœur. Il est mort en décembre 2010, à 53 ans, après avoir « passé sa jeunesse dans les méandres de la nuit », comme l’avait dit la comédienne, avec délicatesse, dans Vogue Homme en 2014.

Séquelles de cette jeunesse sur fond de haine et de rejet, passée dans une HLM de Gennevilliers, en banlieue parisienne, entre un père humilié et une mère faisant des ménages, Isabelle se montre très sensible à l’injustice sociale et à l’injustice tout court. « Très tôt, je me suis dit qu’on n’avait pas le droit de traiter les gens comme ça », a-t-elle encore confié à Télé 7 Jours. 

La comédienne est allergique à la discrimination et à l’exclusion sous toutes ses formes, ce qui la mène parfois à avoir des réactions impulsives. Tout comme une de ses collègues, avec qui elle partage l’affiche du prochain Capitaine Marleau. En effet, mardi 2 avril, sur France 2, c’est auprès de Corinne Masiero, femme très engagée, que l’on a retrouvé Adjani. Et les deux actrices se sont bien entendues sur le tournage ! « On s’aime surtout beaucoup, a déclaré Isabelle au sujet de sa partenaire dans Télé Star. Je trouve Corinne irremplaçable ! » Et cette dernière n’a pas tari d’éloges sur sa consœur : « C’est un bonheur de travailler avec elle. Et dans la vie, c’est une nana super drôle, très à l’écoute de tout le monde et qui ne se met jamais en avant. Au contraire, elle fait tout pour mettre en valeur les autres : c’est du gâteau ! »

Aujourd’hui, l’actrice continue d’avancer dans la vie, portant son enfance, ses combats, ses blessures, ses désirs, avec force et détermination. Un chemin qui pourrait en inspirer beaucoup parmi nous.

Laurence PARIS

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