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Isabelle Morizet : Le jour où elle a tué Karen Cheryl !

Publié le 25 décembre 2019

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© BESTIMAGE Isabelle Morizet

Karen Cheryl s’est toujours sentie écartelée entre son personnage public et celle qu’elle était vraiment.

Les samedis et dimanches à 15 heures, sur Europe 1, elle recueille les confidences de personnalités de tous bords dans son émission Il n’y a pas qu’une vie dans la vie. Un titre bien choisi pour celle qui en a eu au moins deux… Certains la connaissent sous son nom de scène, Karen Cheryl, celui qu’elle portait dans son autre existence, quand elle chantait de sa voix espiègle Oh ! Chéri chéri, d’autres, sous son véritable patronyme, Isabelle Morizet, qu’elle a repris le jour où elle est entrée à Europe 1, pour débuter une nouvelle vie…

À 17 ans pourtant, cette brillante étudiante n’envisage ni l’un ni l’autre de ces chemins. Après une enfance choyée, passée dans le Vexin, elle se destine, son baccalauréat avec mention en poche, à la médecine. La musique, elle en fait pour le plaisir. De la batterie, pour laquelle elle montre des prédispositions évidentes remportant même un premier prix au conservatoire.

À ses heures perdues, Isabelle enregistre des maquettes. Le producteur Claude Carrère tombe sur l’une d’elles et, séduit, lui propose un contrat. Comme elle n’est pas majeure, ses parents signent pour elle. Elle devient Carène Cheryl. Son premier titre, Garde-moi avec toi ! sorti en janvier 1975, est disque d’or en deux semaines. Quant à sa jeune interprète elle devient vite la coqueluche des radios et des plateaux télé. « Pour les médias, j’étais une bonne cliente. J’avais du bagou. Cela a été merveilleux », confiait-elle en 2015.

En 1978, la jeune femme se rend à New York, où elle suit des cours de danse, américanise son prénom en Karen et enregistre en anglais l’album Sing to me Mama, qui s’écoule comme des petits pains. Sa carrière décolle véritablement et les succès s’enchaînent. Elle n’accède néanmoins au rang de star qu’en 1981 avec son tube Les nouveaux romantiques, l’adaptation française d’une chanson de Ricchi e Poveri. Elle n’a que 26 ans, mais ressent déjà un certain décalage entre ce qu’elle est et ce qu’elle donne à voir. Elle chante de la variété post-yé-yé, alors qu’elle aime le jazz. Cette gloire soudaine, n’est pas facile à vivre comme elle l’a confié à Gala : « Les fans grimpaient sur ma voiture, j’étais protégée par des gardes du corps dans les rues. » Même si par ailleurs, elle lui permet de côtoyer des génies qui lui font vivre des moments inoubliables, comme ce duo interprété avec Michael Jackson sur une scène canadienne…

Celle que l’on a souvent comparée à Sheila a beau vendre des disques par millions, elle continue de se chercher. Tout en enregistrant des chansons qui ne la reflètent pas assez à son goût, elle s’essaie à la télévision dans des émissions pour enfants, comme Vitamine, sur TF1, ou La lucarne d’Amilcar sur M6… 

Fin des années 80, sa carrière d’artiste de variétés s’essouffle. Karen décide d’écrire elle-même ses textes et enregistre, avec sa petite sœur Sophia, Où sont les anges ? un demi-échec commercial. La jolie brune s’interroge, doute, a peur de devenir has been ou pire, une chanteuse de compile…

En 1991, son single L’amour fou fait un bide. Alors, Isabelle Morizet décide, un soir, de tuer la chanteuse Karen Cheryl. « J’ai mis toutes les photos de cette période et les disques d’or dans une valise et l’ai descendue sur le trottoir. Le lendemain matin, j’ai regardé les encombrants embarquer ma vie d’avant. C’était comme une mue. J’étais une jeune trentenaire qui devait réinventer sa vie », se souvient-elle.

La métamorphose a pris du temps. Tout en tournant dans des séries télé, celle qui apparaît toujours comme Karen Cheryl aux génériques, frappe aux portes des radios et maisons de productions, pour leur proposer ses idées d’émissions. En 1997, elle reçoit un coup de fil de la direction d’Europe 1 : peut-elle remplacer au pied levé un invité qui a fait faux bond ? Embauchée, elle doit réaliser une interview de Georges Charpak, prix Nobel de physique. Elle fait alors comprendre à sa direction que l’interprète de Docteur menteur interviewant l’inventeur des détecteurs de particules, ce n’est pas très crédible…

Ce jour-là, elle enterre définitivement Karen Cheryl pour renaître en Isabelle Morizet…

Lili CHABLIS

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