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Michèle Mercier : "J'ai eu des malheurs dans tous les sens"

Publié le 9 juin 2020

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Malgré de gros soucis de santé et la mort récente de sa sœur qu'elle adorait par-dessus tout, Michèle Mercier, notre irremplaçable “marquise des anges”, se force à aimer la vie, coûte que coûte…

Après s'être remise d'un vilain mélanome, l'inoubliable Angélique pensait en avoir fini avec les traitements médicaux et les hôpitaux. Mais c'était sans compter sur deux terribles accidents qui, coup sur coup, allaient de nouveau la contraindre à de longs mois d'hospitalisation.


En exclusivité pour France Dimanche, l'actrice de 81 ans se confie sur les épreuves qu'elle vient de traverser, mais aussi sur son confinement dans sa demeure cannoise, ce virus qui lui a enlevé de nombreux êtres chers, sans oublier le cinéma et son immense amertume qu'au fil des années rien ni personne ne semble pouvoir apaiser.

France Dimanche : Comment vous portez-vous, très chère Michèle ?

Michèle Mercier : Bien mieux, merci. Mais vous savez que j'ai été très malade. Et à peine remise d'un méchant cancer de la peau, voilà que je me fracture les deux pieds ! En glissant bêtement chez moi l'an dernier, je me suis cassé la figure, et un pied. Du coup, hospitalisation, opération, rééducation durant de longs mois car je n'arrivais plus du tout à marcher, et, à peine rentrée chez moi, voilà que je retombe au même endroit, et me fracture l'autre pied. Donc retour à l'hôpital, et rebelote. Heureusement que je n'en ai pas trois ! J'avais pourtant enlevé tous mes tapis pour ne pas que ça arrive, et bien c'est quand même arrivé. J'ai eu le sentiment de vivre un vrai cauchemar. Vous ne pouvez pas imaginer combien je suis heureuse d'être chez moi aujourd'hui ! Je pensais faire ma rééducation à la maison, j'avais d'ailleurs tout préparé pour, mais les chirurgiens ont préféré m'envoyer en clinique. Ils devaient craindre que seule, je ne fasse pas ce qu'il faut. Bref, je suis rentrée juste avant la mise en place du confinement. J'ai eu un instinct incroyable, la veille j'ai dit à ma kiné : « Là, que ça vous plaise ou non, je vous quitte ! » Une vraie libération ! Quelle joie de retrouver ma maison, le soleil, mon jardin et mes petits animaux.

FD : Êtes-vous nostalgique ?

MM : Pas du tout. Parfois je songe à tout ce qui m'a été horriblement difficile à vivre, mais je tourne très vite la page pour ne penser qu'aux bons moments. Je ne dis pas ça pour faire pleurer, mais c'est vrai que j'ai eu des malheurs dans tous les sens. Et je suis très sensible, à chaque fois, j'ai beaucoup de mal à me remettre. Le dernier étant la perte de ma sœur, il y a quelques mois. Je suis aussi anéantie par toutes ces choses affreuses que j'apprends quand j'allume la télévision. Donc, je la regarde de moins en moins. Et puis bon, restons optimistes, sinon on crève. Mais, je suis quand même très émue en pensant particulièrement aux Italiens pour lesquels j'ai toujours eu un attachement très fort. J'ai adoré les gens avec qui j'ai travaillé là-bas, les metteurs en scène, les acteurs, tous ont été merveilleux avec moi. Je voulais donc qu'ils sachent que je leur garde une grande place dans mon cœur. Avec les Français, c'est différent, c'est le public qui me tient debout.

FD : Vous recevez toujours beaucoup de marques d'affection ?

MM : Des milliers ! J'ai là des caisses entières de lettres auxquelles je n'ai pas encore pu répondre, car j'étais malade. J'ai donc de quoi m'occuper pendant ce confinement. Je suis effarée par cet amour qui perdure ainsi au fil des années, et qui me fait un bien fou. Car si le cinéma français ne m'a pas beaucoup soutenue, il faut bien le dire, le public, lui, a toujours été bien là. Et vous ne pouvez pas imaginer les choses magnifiques que les gens m'écrivent. Certains me demandent d'être la marraine de leur enfant, d'autres la permission d'inscrire mon nom sur la coque de leur bateau, d'autres encore m'appellent pour me témoigner leur amour, etc. Des trucs dingues qui, à chaque fois, me laissent sans voix et me réchauffent le cœur. Je les sens très présents près de moi, ce qui est merveilleux, surtout quand on n'a plus personne. Ils sont ma grande famille !

FD : Vous en avez bavé, mais on vous sent très forte malgré tout…

MM : C'est vrai, j'essaie de l'être. Mais vous savez, les gens très forts sont souvent aussi très faibles. Et puis, je me dis qu'il y a tellement plus malheureux que moi, que je n'ai pas le droit de me laisser aller. Je me dois d'aider les autres à remonter la pente. À chaque fois que je vois quelqu'un, que je le connaisse ou pas, qui souffre ou qui disparaît, ça me fait un mal terrible. Tous ces gens qui sont morts par manque de protection, en 2020, c'est inadmissible ! Les artistes, on les a complètement oubliés. Moi je suis vieille, donc on s'en fout. Mais tous les autres… Alors, on est quoi ? Des chiens ! Franchement, c'est quand même un peu grâce à nous que les gens rient, pleurent, bref passent un moment sympathique. Bien non, on nous laisse dans la merde. Et je veux aussi dire ma colère au sujet de la détraction à l'encontre du Pr Raoult. Je ne le connais pas, mais je le trouve absolument génial et je le soutiens. Vous savez, j'ai tellement fait de films dans les pays chauds, que j'ai passé ma vie à le prendre ce médicament, et ça ne m'a pas tuée ! Donc, je trouve ça dingue, tout autant que cette pénurie de masques. J'ai quand même fini par appeler l'ex-pharmacie Mercier, qui était celle de mon père, pour leur dire : « Soyez gentil de m'en mettre de côté dès que vous en recevez… » C'est quand même un comble !

FD : Vous avez vécu ces deux mois de confinement toute seule ?

MM : Non, j'ai heureusement une jeune femme auprès de moi qui me chouchoute. Elle m'aide à remarcher, ensemble on fait le tour du jardin. Je nourris mes tourterelles qui ont élu domicile chez moi et adorent taper de leur bec à mes fenêtres. J'ai aussi un adorable petit écureuil. Depuis le confinement, plein d'animaux viennent me rendre visite, c'est une merveille. Si je le pouvais, je ne vivrais qu'avec eux. Avant de tomber malade, j'avais un chien, un petit bichon si mignon, que j'ai malheureusement été obligée de rendre car je ne pouvais plus m'en occuper. Si vous saviez comme ça m'a fendu le cœur.

FD : Pourquoi dites-vous que le cinéma n'a pas été très sympa avec vous ?

MM : Parce qu'il m'a laissé tomber, voilà tout. Pourquoi ? J'aimerais bien le savoir. Mais, après l'immense succès d'Angélique, marquise des anges, ça a été terminé, je n'ai plus eu une seule proposition de film. Des personnes ont décidé qu'il fallait m'abattre. À l'inverse de beaucoup, je n'ai probablement pas tout accepté. J'ai toujours fait ce que je voulais, décidé de ma vie, et les gens ont horreur de ça. Beaucoup auraient préféré que je ferme ma gueule, mais il en est hors de question, je ne suis pas faite de ce bois-là ! Et aujourd'hui toujours, d'ailleurs… Heureusement qu'il y a eu l'Italie, car c'est là-bas que j'ai tourné mes plus beaux films. Et c'est un peu moi, si je puis dire, qui ai ouvert les frontières entre nos deux pays au niveau cinématographique. Mes films italiens avaient alors tellement de succès que les producteurs français en ont acheté pas mal. En ce temps-là, j'étais du reste considérée par les Italiens comme une des leurs.

FD : Vous vous êtes toujours faite discrète lors des grandes cérémonies du cinéma…

MM : Ce n'est pas de mon fait, on ne m'y invite pas ! Je n'ai jamais été conviée aux Césars, ni ailleurs. Quand on a fini par m'inviter au Festival de Cannes il y a trois ans, alors que j'habite à cinq minutes du palais, j'ai trouvé que c'était un peu tard. De plus, j'ai été très déçue. On vous emmène dans des voitures aux vitres teintées, on vous oblige à marcher derrière des cordons de sécurité, vous êtes entourée de deux ou trois flics… Bref, ce n'est plus ce que c'était. À l'époque, on se baladait librement, on se retrouvait tous pour déjeuner ou dîner, c'était sympathique. On pouvait échanger avec le public, signer des autographes, prendre des photos, etc. Non vraiment, je n'y retournerais pas. À moins que le roi d'Espagne ne vienne me chercher pour m'y emmener ! [Rire]

FD : Avez-vous quand même gardé quelques contacts avec des gens du métier ?

MM : Très peu, car beaucoup sont malheureusement partis. Jean-Paul Belmondo, qui loue chaque été une maison dans la région, vient au moins une fois ou deux déjeuner chez moi. Je lui fais des spaghettis à la carbonara qu'il adore. Mais à part lui, je ne vois pas. Je n'ai jamais eu beaucoup de copines, car il faut bien le dire, les actrices femmes ont toujours été un peu jalouses. Les quelques-unes que j'avais étaient plutôt étrangères et ne sont pour la plupart plus de ce monde. Eh bien oui, il ne manquait plus que ce virus infernal pour nous enlever nos derniers amis. Tout ce qui se passe me bouleverse énormément. Il faut vraiment que j'arrête de regarder la télévision, sinon je vais finir par faire une déprime.

FD : Alors, éteignez-la vite, et allez retrouver votre petit écureuil et vos tourterelles…

MM : Vous avez raison. Ça fait des crottes partout, mais tant pis, c'est tellement magnifique ! Et dès que j'aurai retrouvé une totale autonomie pour marcher, je reprendrai un chien. En faisant évidemment bien attention qu'il ne me fasse pas tomber, mais je les aime trop ! Heureusement que les animaux sont là pour nous apporter un peu de douceur au milieu de toutes ces horreurs. Il y a cette phrase à laquelle je pense souvent et depuis bien longtemps : « Si je devais me spécialiser en quelque chose, ce serait en hurlements ! »

Caroline BERGER

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