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“J’ai parcouru l’Antarctique à ski…”

Publié le 13 mai 2016

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Avec son mari, Stéphanie Gicquel, avocate de 33 ans, a réalisé la plus longue traversée à ski (74 jours) à travers l’Antarctique. Une expédition unique, via le pôle Sud, qu’elle a racontée dans un livre et un film.Avec son mari, Stéphanie Gicquel, avocate de 33 ans, a réalisé la plus longue traversée à ski (74 jours) à travers l’Antarctique. Une expédition unique, via le pôle Sud, qu’elle a racontée dans un livre et un film.

« Notre idée était de traverser l’Antarctique, soit 2.045 kilomètres à ski, en tractant chacun une pulka (traîneau) chargée d’aliments lyophilisés, de réchauds, de tentes et de matériel photographique. Le tout par des températures extrêmes. Un défi à pas lents, qui nous a demandé une très longue préparation en amont.

Durant les trois années précédant notre départ, nous nous sommes beaucoup entraînés physiquement : en courant de longues distances (150 km lors d’ultra-trails), en halant des pneus sur le sable des plages bretonnes, ou en testant notre matériel dans les entrepôts frigorifiques à Orly…

"Sur la fin de notre périple, nous faisions jusqu’à 42 km par jour, passant plus de douze heures à skier."

Bref, le 14 novembre 2014, j’étais fin prête, mais épuisée par cette mise en condition. Alors qu’il n’y a pas de virus sur le continent Antarctique, j’en ai attrapé un lors de notre escale au Chili, juste avant l’envol pour la base américaine d’Union Glacier, point de départ de l’expédition. J’ai eu de la fièvre toute la première semaine.

Il a ensuite fallu s’adapter aux conditions climatiques particulièrement rudes : là-bas, l’air est très sec (plus que dans n’importe quel désert), il y a de nombreuses crevasses et des vagues de glace qu’il faut franchir à ski. Sans oublier le vent de face qui peut atteindre 80 km/h, occasionnant un surcroît de fatigue.

Nous avions donc une obligation quotidienne de taille : faire fondre de la glace pour nous réhydrater en permanence, quatre litres par jour au début, davantage par la suite. Très vite, on a réalisé que l’on avait sous-estimé notre ration alimentaire quotidienne en tablant sur 4.500 calories, alors qu’il nous en aurait fallu au moins 6.000.

Résultat, j’ai perdu près de 7 kg au cours de l’expédition ! Il faut dire que la pulka que je tractais pesait plus d’un demi-quintal, c’est beaucoup pour le petit gabarit que je suis (48 kg) !

Au cœur de ce continent immense, il n’y a ni eau, ni végétaux, ni animaux – excepté les manchots, les phoques et les lichens, adaptés à ces conditions. Le grand désert blanc. Je n’ai jamais ressenti le silence comme là-bas. C’était parfois même angoissant. Chaque jour, mon mari et moi parcourions quelque 25 km sur nos skis équipés de peaux de phoque. Pendant huit heures d’affilée, nous affrontions les éléments. Sur la fin de notre périple, nous faisions jusqu’à 42 km par jour, passant plus de douze heures à skier.

A voir aussi : le site officiel Across Antarctica

Le plus difficile ? La température qui, lorsqu’on arrive au pôle Sud, atteint les -50° C. On était alors en mode survie. J’avais l’impression que si je m’arrêtais, je pouvais mourir de froid sur place. Un jour, j’ai même eu une rage de dents, à force de croquer dans des aliments trop froids ! Chacun de nous ne cessait de perdre du poids. C’était dur de voir l’autre dépérir sans pouvoir agir.

Durant ces 74 jours, on ne s’est pas lavés une seule fois. Pourtant, on pensait qu’on en aurait l’opportunité le jour où on est passés par la base américaine de Amundsen-Scott, occupée par des scientifiques qui, eux, peuvent prendre deux douches par semaine. Malheureusement, ils n’ont pas l’autorisation d’accueillir des aventuriers de passage. On a donc dû se contenter de monter notre tente juste à côté de leur camp…

Le plus beau ? Ces paysages blancs et vides qui s’étendent à l’infini. Et puis, au cœur de l’été austral, le soleil ne se couche pas en Antarctique, ce qui aide à garder le moral. En effet, c’est souvent au cœur d’une nuit noire que l’on commence à tergiverser… Je pense que la luminosité nous a beaucoup aidés à atteindre notre but.

Il nous a fallu un certain temps pour prendre conscience qu’on avait accompli un véritable exploit. Avec du recul, et après avoir écrit un livre* et réalisé un film disponible en vidéo à la demande**, je me dis que j’ai eu une chance exceptionnelle. Car, au cours de cette folle aventure, j’ai eu plusieurs fois l’impression d’avoir frôlé la mort.
Outre notre force physique, c’est aussi grâce à notre détermination et notre moral d’acier que nous y sommes arrivés. Aujourd’hui, j’ai plutôt envie de partir dans le désert… tout chaud ! »

Alicia Comet

* à lire : Expedition Across Antarctica, en français, éd. Vilo.

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