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Jacques Brel : L’amour de sa femme a toujours été le plus fort…

Publié le 12 septembre 2018

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Elle vivait à Bruxelles et lui, à Paris, ou sur son bateau voguant vers des îles lointaines. On ne les voyait plus jamais ensemble et on croyait bien que tout était fini entre Jacques Brel et sa femme, Thérèse, qu’il avait épousée en 1950...

La vérité, nous pouvons vous la révéler aujourd’hui. Jamais Thérèse n’a abandonné son mari. Jamais, ils n’ont rompu ce lien secret et si fort qui les unissait. Pour revoir Thérèse, qu’il surnommait tendrement «Miche», Jacques Brel, ces dernières années, faisait encore régulièrement des voyages discrets en Belgique. Il s’embarquait de Tahiti ou des Antilles ou de plus loin encore à bord d’un avion en prenant soin de préserver son incognito. Le visage barré par d’épaisses lunettes noires, portant parfois une fausse barbe, il pouvait se rendre à Bruxelles sans attirer l’attention. Il prenait un taxi pour se rendre directement à l’appartement de «Miche».

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Dans ces cas-là, il ne sortait pas. Il passait quelques jours auprès d’elle sans chercher à retrouver des amis ou des parents. Seul son frère était prévenu qu’il était là et venait à l’appartement pour l’embrasser. Tout aussi régulièrement, lorsque Jacques Brel restait plusieurs mois au bout du monde, ils se téléphonaient. C’est généralement «Miche» qui l’appelait depuis Bruxelles. C’était très compliqué de joindre par radio le bateau. Cela demandait des heures d’attente pour obtenir une communication, le plus souvent mauvaise, mais elle le faisait afin d’avoir, semaine après semaine, des nouvelles de sa santé.

Elle avait été la première à connaître la gravité de son état. Le jour où les médecins avaient donné à Jacques leur terrible diagnostic, le célèbre chanteur avait accepté la fatalité, avec beaucoup de courage et de sérénité. En apparence du moins. Mais quelques heures plus tard il se précipitait chez « Miche », pâle, hagard, bouleversé pour lui dire toute la vérité. Bien sûr, «Miche» aurait voulu, alors, qu’il restât auprès d’elle. Elle aurait aimé l’avoir à ses côtés pour veiller sur lui et le soigner. Mais Jacques Brel n’a pas accepté.

Il n’a pas voulu vivre dans la souffrance, entre les quatre murs d’un appartement de Bruxelles. Son destin tel qu’il le conduisait était en mer. Il a dit à «Miche» qu’il allait partir très loin, au soleil, quitter la chanson, quitter tout ce qui avait été sa vie à Paris à la grande époque de ses succès. Elle a pleuré doucement. Mais elle l’a encouragé à partir puisque son bonheur était ailleurs. Depuis longtemps, déjà, «Miche» avait accepté, en effet, de vivre séparée de son mari. Elle avait sacrifié leur vie à deux pour que s’accomplît son extraordinaire destin.

Elle s’était effacée quand était venue la gloire. «Je me cache depuis qu’il chante», nous avait-elle avoué, un jour où nous l’avions rencontrée à Bruxelles. «J’ai connu avec Jacques trois ans de bonheur merveilleux quand il travaillait à la cartonnerie de son père. Mais depuis qu’il est chanteur, j’ai décidé de passer inaperçue.» Si «Miche» avait accepté ainsi de vivre dans l’ombre de son mari, c’est d’abord à cause de leurs enfants. «Je devais rester a la maison», nous a-t-elle dit encore. «Il faut bien que l’un de nous deux veille sur nos filles, Chantal, France et Isabelle. elles allaient au lycée a Nruxelles.»

«Il fallait ensuite les installer dans la vie. Jacques n’avait pas le temps de s’occuper d’elles.» Et puis, il y avait une autre raison tout aussi émouvante qui avait poussé «Miche» à se mettre en marge de la vie de son mari. «Je l’ai fait pour la carrière de Jacques, nous avait-elle dit encore. Pour sa publicité vis-à-vis de ses admiratrices, il n’était pas bon qu’on le voie avec une épouse. C’est vrai que le succès d’un chanteur est parfois d’autant plus grand qu’il est célibataire et que les femmes qui l’écoutent rêvent qu’elles pourront peut-être le rencontrer un jour et lui plaire.»

C’était donc, à la fois, par amour pour son mari et pour ses enfants que «Miche» avait accepté de se sacrifier et de vivre cachée. Au début, elle croyait ainsi préserver leur amour. Elle s’était rendu compte par la suite que Jacques lui échappait. Elle l’avait admis. Elle ne disait rien devant ses aventures sentimentales. Lorsqu’il revenait auprès d’elle à Bruxelles, elle ne lui faisait aucun reproche, même si elle l’avait vu, en photos, dans les magazines en compagnie de filles ravissantes comme toutes celles qui se pressent autour des vedettes. Cela aussi elle l’avait compris. Leur roman d’amour avait commencé une nuit de Noël. Jacques Brel venait de se fâcher avec son père qui exploitait la cartonnerie où travaillait son fils. Le père de Jacques n’avait pas compris l’irrésistible besoin que son fils avait de se lancer dans la chanson. Il y avait cinq ans qu’il le voyait s’échapper de l’usine pour aller monter de petits spectacles avec des copains bruxellois.

Remontrance

Il y avait cinq ans qu’il lui faisait des remontrances continuelles. Un jour, Jacques Brel avait tout envoyé promener : la cartonnerie et sa famille. Il se sentait donc terriblement solitaire, ce soir de Noël, quand, chez des amis, il découvrit cette jeune fille blonde, timide, rosissante, qui allait bouleverser sa vie. De son propre aveu, il était alors arrogant, brutal, et plutôt grossier dans ses manières. Mais il s’est laissé apprivoiser par «Miche». Cette nuit de Noël, il l’a d’abord un peu effrayée. Elle n’osait pas danser. Il l’a prise brutalement par la main pour l’obliger à venir sur la piste de danse, au milieu du salon. On ne peut pas dire qu’il l’avait invité galamment !

Il ne s’était même pas présenté et quand la danse fut terminée, il la planta au milieu de la pièce, pendant qu’il allait se rafraîchir au buffet, sans penser un seul instant à l’inviter à prendre un verre de champagne avec lui. Mais plus tard, dans la nuit, il revint vers elle pour de nouvelles danses et, cette fois, ils échangèrent un petit sourire complice. En fait, Jacques était affreusement complexé par ce qu’il appelait «sa laideur». Il croyait qu’il ne pourrait jamais plaire à une femme. Mais il plaisait déjà à «Miche». Elle fut très émue quand, le lendemain, il vint l’attendre, devant chez elle, sous la pluie glacée, un petit bouquet de fleurs à la main. Il n’avait pas osé monter chez elle et sonner à la porte. Elle le vit par la fenêtre alors qu’il piétinait dans la boue depuis près de trois heures. C’est elle qui descendit. elle reçut ses fleurs avec des larmes dans les yeux et le remercia d’un baiser.

Dès lors, ils ne devaient plus se quitter jusqu’au jour où Jacques commença à se lancer dans la grande aventure de la chanson. Pour cela, il devait vivre à Paris. Elle le laissa partir. Avec les années, bien sûr, leur grand amour allait devenir de la tendresse, de l’affection et tout simplement une merveilleuse complicité. «Miche» a toujours été près de lui dans les grands moments de son triomphe. Le reste du temps, elle s’est tenue volontairement à l’écart jusqu’à sacrifier sa vie de couple avec lui. Et vendredi dernier, lorsqu’il a été ramené d’urgence à l’Hôpital franco-musulman de Bobigny, il venait en avion privé de Genève. Genève où il était avoir «Miche», sa femme, qui, depuis quelques mois, passait la moitié de son temps en Suisse.

Cécile MOUSTIER

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