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Jacques Chirac : Les 400 coups du président-garnement

Publié le 6 novembre 2009

À l'heure où sortent les mémoires de Jacques Chirac, ses proches se souviennent d'un fieffé farceur

L'été s'achevait paisiblement, apportant à l'ancien président de la République son lot quotidien de joies. À Saint-Tropez, où il avait joué les touristes, la vraie star, cette année, c'était lui. Jamais Jacques Chirac n'avait été autant aimé par les Français que depuis quelques mois.

Et, pour couronner le tout, pour que le personnage entre vraiment dans la légende, le recueil de ses mémoires devait sortir dans quelques jours. Le scénario était presque parfait...

Il vient de s'écrouler. En fin de semaine dernière, les juges ont notifié à l'homme d'État son renvoi devant le tribunal correctionnel pour « abus de confiance » et « détournements de fonds publics ». Cruelle ironie du sort ! Au faîte de sa gloire, voici le président relégué au rang de simple justiciable, risquant jusqu'à dix ans de prison.

Sera-t-il condamné ? L'avenir nous le dira. En attendant, nous avons décidé de nous pencher sur un sujet moins grave, sur une facette méconnue du personnage, qui n'est sans doute pas pour rien dans l'immense popularité dont il jouissait encore tout récemment.

->Voir aussi - Jacques Chirac : C'est la vraie star de Saint-Tropez

Jacques Chirac, tout homme d'État qu'il ait été, est en effet toujours resté un grand enfant, ainsi qu'en attestent les nombreux exemples relatés dans le n ° 2347 du Nouvel observateur. Blagueur, spontané, colérique, gouailleur, parfois grossier, apprêtez-vous à faire connaissance avec un gosse de... 76 ans !

Cochonaille

Qui irait imaginer cette anecdote racontée par Gérard Longuet, son ancien ministre délégué à l'Industrie ? « Une fois, lors d'un sommet agricole à Bruxelles particulièrement éprouvant, en rentrant à l'hôtel, il s'était amusé à mélanger et à cacher toutes les chaussures que les membres de la délégation française avaient laissées devant la porte de leur chambre afin qu'elles soient cirées. Comme ça, pour leur faire une niche, et voir leurs têtes le lendemain matin. »

Qui se douterait que ce goinfre impénitent a mis Alain Juppé au supplice, lui faisant avaler d'énormes sandwichs corréziens farcis de cochonnaille ? « Il insistait pour que j'en mange deux de suite, car il me trouvait trop maigre, évoque l'ancien Premier ministre. Les fois où j'ai cédé, je sortais de l'avion complètement barbouillé !» Chirac en avait même parlé aux parents de Juppé en disant : « Il faut le faire manger, ce petit !»

Lui, manger et boire, il sait faire ! Un jour, pris d'une fringale alors qu'il se rendait en Corrèze avec Bernadette, il a fait stopper madame dans un restau-route. Quelle n'a pas été la surprise des automobilistes d'apercevoir dans la file du snack la carrure présidentielle !

Sorcier

Quand il s'agissait de lever le coude, Jacques Chirac n'était pas le dernier. Il avait même fait installer une tireuse à bière dans la pièce attenante à son bureau élyséen.

Marc Blondel, l'ex-patron de Force ouvrière, ne l'a pas oublié : « Il ne savait pas s'en servir, explique-t-il. Pour éviter que la mousse ne déborde, il faut mettre le verre de biais. Lui, il le plaçait tout droit. Du coup, il n'y avait pas beaucoup de bière dans le récipient. Alors, nous buvions deux coups au lieu d'un. »

Même dans les moments graves, Jacques Chirac garde son sens de l'humour. Alors que son ami Pierre Bédier, l'actuel président du conseil général des Yvelines, était dans le coma, il est allé lui rendre visite et s'est adressé à lui ainsi : « Pierre, réveille-toi ! Je sais pourquoi tu ne veux pas sortir du coma. Tu ne veux pas avoir à choisir entre Balladur et moi ! Réveille-toi !» Et Pierre Bédier s'est réveillé !

« Ce qui s'est passé était extraordinaire, se rappelle-t-il. Il m'a parlé, il m'a touché. Comme un sorcier des campagnes d'autrefois, et je suis certain d'avoir senti sa présence. Je m'en suis sorti. Je ne peux m'empêcher de penser que c'est - au moins en partie - grâce à lui. »

Parfois, sa sympathie naturelle a pu lui jouer des tours. À l'Élysée, le président chouchoutait tellement son bichon maltais Sumo, à qui il donnait de la nourriture discrètement sous la table, qu'une fois établi dans un autre logement, le chien s'est mis à le mordre !

« Si le maître est trop cool, il ne joue pas son rôle de leader, explique le dresseur du chien. Je l'avais prévenu qu'un jour ou l'autre, il se ferait bouffer. »

À propos de sumo, on savait le président amateur de ce sport japonais. Une anecdote en atteste, qui montre elle aussi, le côté facétieux du personnage. En pleine discussion avec un ministre, il se lève soudain en prétextant « un truc urgent à faire ». « Tu n'as qu'à m'attendre là », lance-t-il à son subordonné. « Quand Chirac revient, détaillent nos confrères du Nouvel observateur, il jauge son visiteur avant de lancer : « À toi, je peux le dire : j'étais parti voir le résultat d'un match de sumo. »

Un grand enfant, on vous dit, qui, s'il a, c'est notoire, régulièrement commis des écarts dans sa vie sentimentale, n'en est pas moins toujours resté attaché à son épouse. En témoigne son ancien chauffeur : « Il ne pouvait se passer d'elle. Comme un petit enfant réclame sa mère. Dix fois par jour, il lui téléphonait. À propos de tout et de rien. »

Casque lourd

Pour finir, nul n'aura oublié les saillies parfois grossières du chef de l'État, de sa fameuse phrase : « Ça m'en touche une sans faire bouger l'autre », à cette autre, en forme de conseil prodigué à un jeune politique : « En campagne ou en déplacement, dès que tu en as l'occasion, profites-en pour pisser. Moi, là, j'ai une envie qui ne tiendrait pas dans un casque lourd ...»

Lourds... comme les soupçons qui pèsent aujourd'hui sur Jacques Chirac. Faut-il voir dans ces présumées malversations les errements d'un garnement qui, finalement, ne se prenait pas au sérieux ? Certains le prétendent. Ses défenseurs avanceront peut-être l'argument. Reste que si ces anecdotes prêtent à rire, elles auront très certainement du mal à dérider les juges...

Christian Moralès

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