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James Dean : "Fast And Furious"

Publié le 6 mars 2021

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© BESTIMAGE Marlon Brando et James Dean

Hanté par le désir brûlant de vivre vite, James Dean, le héros d'"A l'est d'Eden” est foudroyé à 24 ans. Trois films auront suffi pour le porter au statut de légende et de porte-voix de la jeunesse rebelle.

Il avait la force d'attraction d'un astre géant. James Dean a brûlé comme une comète en route vers une gloire posthume inouïe, nourrie par une carrière météorique de cinq années. « On n'a rien compris à James Dean si on n'a pas compris sa fragilité. C'était du verre. » Adeline Brookshire, sa professeure d'art dramatique se souvient d'un adolescent de 14 ans au regard ombrageux et à la dégaine maussade et mal dégrossie. Dix ans et seulement trois films plus tard, le verre devenu diamant brut aux facettes dépolies se brise sur une route ensoleillée de Californie. La légende de Jimmy est née, idolâtrée par la jeunesse pré-rock and roll et symbole de l'Amérique des fifties : rayonnante et rebelle.


Ce 30 septembre 1955, l'étoile pressée d'Hollywood monte dans sa Porsche 550 Spyder décapotable, baptisée Little Bastard, qu'il vient d'acquérir moyennant 6 900 dollars avec le cachet de son dernier film. Il embarque son mécanicien et prend la direction de Salinas où il doit participer à une course automobile. Sur la route 466, libéré d'un contrat de tournage qui lui interdisait toute activité dangereuse, il pousse sa voiture au maximum. Pendant son trajet, il est arrêté par la police et écope d'une amende pour excès de vitesse. Il reprend la route. Vers la légende. Au carrefour de la route 41 dans la ville de Cholame, une Ford Custom Tudor conduite par un étudiant de 23 ans lui coupe la priorité. Sa Porsche s'écrase contre un poteau télégraphique. Le jeune étudiant, tristement célèbre, survit avec quelques hématomes. Ironie du sort : James Dean venait de tourner une campagne de sensibilisation à la sécurité routière. Signe du destin : dans La Fureur de vivre, son personnage mourrait dans les mêmes conditions. La fin prématurée à 24 ans, du teenager rebelle d'Hollywood le propulse dans la légende. Au même rang que Marilyn Monroe, Jim Morrison ou Jimi Hendrix. « Vivre vite, mourir jeune et faire un beau cadavre », aimait-il répéter à son entourage. Son vœu sera exaucé.

James Dean naît le 8 février 1931 dans l'Indiana. Le jeune garçon est élevé à Los Angeles par une maman peu conventionnelle et férue de poésie – d'où ses prénoms, James Byron – qui l'instruit à rebours des principes d'une éducation classique. Elle lui fabrique des marionnettes en chiffon, improvise avec lui des pièces de théâtre, l'inscrit à un cours de claquettes, lui donne le goût des arts. « Nous attirons notre fatalité… nous faisons notre destin », avait-il dit. La fatalité, Jimmy la rencontre à neuf ans avec la mort de sa mère d'un cancer, suivie par son abandon par son père aux bons soins de sa tante.

Il s'initie au basket-ball mais sa myopie l'empêche de devenir un excellent joueur. Très tôt, il délaisse le modèle viril des hommes de Fairmount, dans l'Indiana, au profit du théâtre et de la musique, dans un monde rustique où la force physique constitue l'étalon des valeurs. Son destin, il en décide avant l'adolescence : il veut être acteur. Il rejoint son père en Californie, monte sur les planches à l'université et enchaîne les petits boulots.

C'est dans une publicité pour Pepsi-Cola que l'Amérique découvre sa belle gueule pour la première fois. De quoi se payer un billet pour New York et suivre les cours de l'Actor's Studio, sans pour autant se faire à la méthode de Lee Strasberg, qui a déjà formé Marilyn Monroe et Marlon Brando. Publicités, théâtre, figurations… James Dean accepte tout pour chasser l'enfance à mains nues. Il fait ses premiers pas dans des séries télévisées et sur les planches dans L'Immoraliste d'André Gide. C'est alors qu'il est repéré par Hollywood…

Le réalisateur Elia Kazan, qui prépare À l'est d'Éden, une adaptation au cinéma du roman de John Steinbeck, lui propose de jouer Cal, un homme qui s'efforce de gagner l'amour de son père. Il crève l'écran dans ce rôle qui épouse son parcours et qui fera dire à François Truffaut dès la sortie du film en France que « James Dean est le cinéma ». Nommé aux Oscars, il ferre le public et décroche la tête d'affiche de La Fureur de vivre. Il y incarne Jim Stark, un adolescent difficile, violent et révolté, en proie à un mal-être qui le pousse à se confronter à ses congénères dans des courses automobiles risquées. Le film devient rapidement culte chez les adolescents de l'époque. L'image du jeune homme en veste rouge entre dans la légende hollywoodienne et au-delà. James Dean séduit encore les spectateurs dans Géant, aux côtés d'Elizabeth Taylor et du monument Rock Hudson. Ce sera son dernier film. Son rôle lui vaut une nomination posthume pour l'Oscar du meilleur acteur. Qu'il soit tour à tour sex-symbol, fils incompris dans À l'est d'Éden, figure de la jeunesse en crise dans La Fureur de vivre ou un éleveur devenu trop vite magnat du pétrole dans Géant… ce sont, à chaque fois, ses blessures qui fondent son art si bouleversant. Cette identité douloureuse est à la fois le moteur et la matière même de son œuvre.

Chien fou, toutes dents dehors et rage dedans, James Dean s'enivre de plaisirs jusqu'à la lie. Beau comme un ange, il donne sa jeunesse et prend ce dont ses nuits débordent avec un bra-sier dans le ventre. Bisexuel, il volette, butine à plaisir ou de manière utile avec des gens en beauté. On s'extasie sur sa gueule d'ange au regard de bête blessée et sur son corps volcan qui s'enorgueillit d'une surexploitation manifeste. Des atouts qui lui assurent de belles victoires tous azimuts sur les cœurs du producteur William Bast, de la danseuse Liz Sheridan, de l'actrice Pier Angeli et d'Ursula Andress, sa dernière compagne. Le jeune homme est animé de la fureur de vivre, comme mû par le pressen-timent du destin qui le foudroiera.

À Fairmont, ses funérailles attirent une moisson de stars et de groupies éplorées. Ces dernières ont bien du mal à admettre que cet acteur si beau, si sexy, si fougueux et incandescent soit mort si jeune.

Aussi les théories foisonnent : James Dean aurait survécu à son accident, mais, défiguré, il vivrait anonymement. Ou bien il aurait été victime d'un sort jeté par l'actrice de films d'horreur Maila Nurmi, adepte de cultes sataniques. Mais le mythe le plus coriace reste celui de la malédiction de la Porsche 550 Spyder. Dans son livre Cars of the Stars, en 1974, George Barris raconte avoir acquis la célèbre épave. Selon lui, des personnes auxquelles il aurait vendu des pièces détachées de la voiture de sport auraient été victimes d'accidents. Ces fantasmes nourrissent la légende de cet acteur incandescent qui voulut cautériser les plaies de son enfance à force signes de rébellion et incarnait la jeunesse américaine inquiète de l'après-guerre. Ce héros foudroyé dont « la mort transforma la vie en destin », comme l'écrivait Malraux, aura imposé son rayonnement par-delà le temps…

Dominique PARRAVANO

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