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Jane Birkin : Confidences d’une excentrique !

Publié le 15 novembre 2019

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© BESTIMAGE Jane Birkin

Jane Birkin voulait plus que tout être aimée. Mais ses hommes, Serge Gainsbourg, Jacques Doillon ou Olivier Rolin, n’ont pas toujours été tendres avec elle.

Il y a un an paraissait le premier tome de son journal intime, Munkey Diaries (1957-1982) aux éditions Fayard, vingt-cinq ans de confidences adressées à ce petit singe en peluche, offert par son oncle quand elle avait 11 ans. Elle y racontait son enfance choyée, sa rencontre avec John Barry alors qu’elle n’a que 17 ans, la naissance de Kate et, bien sûr, la passion folle, réciproque et destructrice avec Serge Gainsbourg… Début 80, la rupture avec « l’homme à la tête de chou » est consommée. Dans les bras du cinéaste Jacques Doillon, Jane réapprend à croire en la vie à deux. Et, dans ses carnets, elle continue de confier à Munkey, les joies, les peines, les réflexions qui tissent ses jours. Second volume de son journal, Post-Scriptum (1982-2013) vient tout juste de paraître toujours dans la même maison d’éditions. à travers ces 432 pages drôles, émouvantes ou tragiques, si vivantes, on a l’impression d’entendre l’accent délicieusement british de leur auteure susurrer à notre oreille…

Le père de Charlotte est sorti de sa vie mais, dans son cœur, il garde une place à part. Jane le sait, elle l’aimera toujours, même si les dernières années étaient devenues impossibles. Ils se revoient régulièrement mais ces retrouvailles tournent parfois aux règlements de compte. Ainsi, un soir qu’ils sont ensemble à un dîner, l’auteur de La Javanaise, revenant sur leur rupture, lui assène tranquillement : « Tu étais sur le déclin et moi sur la montée. » Une autre fois, c’est Jane qui, évoquant le cauchemar de la fin de leur vie commune, confie à Serge : « Je m’en foutais d’être frappée, c’est l’indifférence qui m’a tuée. » Le 2 mars 1991, à la mort de cet homme qui l’a tant fait souffrir, la chanteuse, dévastée, choisit pourtant de ne garder que le meilleur. Dans le cercueil où repose Serge, elle dépose Munkey, son double, son ami et confident : « Mon singe pour te protéger dans l’autre vie. »

Aux côtés du réalisateur de Ponette, avec qui elle a une troisième fille, Lou, en 1982, Jane peine à se reconstruire. Même absent, Gainsbourg occupe encore beaucoup d’espace. Dans ses pensées comme dans sa maison où elle a précieusement gardé toutes les affaires héritées des dix années passées avec lui. Et puis sa fille aînée lui donne du fil à retordre. Adolescente rebelle et mal dans sa peau, Kate qui était très attachée à Serge, n’accepte pas le nouvel homme dans la vie de sa mère. Et le montre à sa façon.


Son grand jeu est de voler des choses appartenant à Doillon, ce qui a le don de le mettre hors de lui. Plus inquiétant, elle boit, fume, se drogue et, trop occupée à faire la fête, sèche la plupart des cours. Un soir, pour sortir, elle « emprunte » une des vestes préférées de sa mère. La goutte d’eau qui fait déborder le vase. Démunie face à sa fille qu’elle ne comprend plus, la chanteuse se met à hurler : « Voleuse ! » Les nerfs lâchent, Jane ne s’arrête plus de crier. Ce jour-là, elle pense devenir folle. « J’ai cru qu’on m’embarquait à l’asile », note-t-elle. Kate claque la porte, après avoir prévenu sa petite sœur Charlotte qu’elle ne reviendrait pas avant plusieurs années… Elle regagne le nid quelques semaines plus tard. Et les disputes reprennent, entre deux éclats de rires.

« Tout le monde dit que je suis gentille, brave, ce n’est pas vrai. J’ai passé ma vie à faire des choses uniquement pour qu’on m’aime », avoue Jane. Le problème c’est qu’on ne l’aime pas toujours comme elle le voudrait. L’alcool rendait Serge violent. Il arrive à Jacques d’être humiliant. Comme lorsque Jane, choisie par le metteur en scène Patrick Chéreau pour jouer au théâtre dans la pièce de Marivaux La fausse suivante, fait part de son trac à Doillon. Celui-ci lui décrète alors : « Tu as le rôle le plus ennuyeux de la pièce. »

Heureusement, la chanteuse est dotée d’un solide sens de l’humour. Elle a beau avoir parfois la tête dans les étoiles, elle sait traquer le drôle d’un quotidien qui ne l’est pas toujours, quitte s’il le faut à se tourner en ridicule. Des qualités héritées de sa mère, l’actrice Judy Campbell, qui adorait raconter la fois où, dans les toilettes d’un hôtel, elle avait confondu les bombes de désodorisant et de laque… Dans un autre hôtel, Jane, elle, prit le panneau Do not disturb d’une chambre voisine pour le suspendre à sa porte. Se réveillant avec une migraine carabinée, elle s’est imaginé que c’était sa mauvaise conscience qui avait parlé.

Les filles grandissent, tandis que le couple qu’elle forme avec Jacques se délite, lentement mais sûrement. Après Kate, c’est sa cadette qui fait des siennes, dans un autre genre… Inquiète pour sa grande sœur qu’elle sent si fragile, et pour son père qu’elle voit rarement sobre, Charlotte se montre « possessive et jalouse ». Adolescente introvertie et hypersensible, elle fait une dépression lorsque son premier petit ami la quitte. Jane écoute, console, s’inquiète, tente, vaille que vaille, de cultiver le bonheur et non, comme le lui avait écrit Serge dans une chanson, le fuir de peur qu’il ne se sauve

En 1992, elle se sépare de Jacques. Trois ans plus tard, lors d’un voyage humanitaire à Sarajevo, elle fait la connaissance de l’écrivain Olivier Rolin. Auprès de ce baroudeur engagé, qui la surnomme son « Anglaise excentrique », renaît l’espoir de vivre un nouvel amour, peut-être le dernier… Jane qui se dit « plus effrayée par la sexualité que par tout autre chose », déchante vite. Elle se sent vieille, regrette de ne pas avoir dix ans de moins. Son compagnon, loin de la rassurer, lui laisse silencieusement entendre qu’elle a raison. « Il est difficile de manger des œufs sur le plat face à quelqu’un qui te regarde avec dédain », écrit-elle.

Est-ce le corps qui craque ? En 1998, l’interprète de la Ballade de Melody Nelson est hospitalisée. « J’avais un petit cancer, le premier… » Si les hommes ne lui ont pas toujours donné ce qu’elle espérait, les amis, eux, ont toujours répondu présents. L’une des plus anciennes, des plus fidèles aussi, la photographe Gabrielle Crawford passe tous les jours à son chevet.

Un jour de 2012, Jane reçoit un coup de téléphone de Michel Drucker. Son premier réflexe est de se dire : « Oh putain merde, je suis déjà morte ? » Ce n’est pas le moment ! Cette période est en effet l’une des plus sereine de sa vie riche, agitée, malmenée parfois, passionnante toujours. Elle regarde avec joie ses trois filles s’épanouir, toutes avec succès. Kate est une photographe réputée, Charlotte, une actrice que s’arrachent les plus grands réalisateurs, et Lou, une chanteuse prometteuse… Serge avait raison, sur un point. Le bonheur est éphémère.

Le 11 décembre 2013, à la sortie d’un concert donné à Besançon, Birkin reçoit un coup de fil de sa cadette, effondrée. Kate, 46 ans, a basculé d’une des fenêtres de son appartement parisien situé au quatrième étage. Elle a été tuée sur le coup. Ce jour-là, c’est une part de Jane qui est morte. « Je suis tombée malade, et pourquoi pas… », écrit-elle. Ce seront les tout derniers mots de son journal.

Lili CHABLIS

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