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Jane Birkin : Sauvée par Munkey !

Publié le 17 novembre 2018

Grâce à son tendre confident, Jane Birkin a fait face à toutes les épreuves de la vie. Une histoire d’amour bouleversante qui aura duré trente-quatre ans.

C’est un pantin de chiffon. Son vieux pantalon rouge est passé, tout fripé, sa tignasse salie par toute une vie à avoir été traîné, câliné, secoué, aimé. Voici Munkey, le tendre compagnon de Jane Birkin, auquel la star a, de longues années durant, confié ses peines, ses peurs, ses amours et ses bonheurs aussi, un petit être fait de crin et d’étoffes que l’on peut voir dans les bras de la chanteuse, torse nu et look de gamine effrontée, sur la pochette mythique de l’album Histoire de Melody Nelson, écrit par son grand amour, et sorti en 1971. Et c’est à cet indispensable doudou que l’interprète de Je t’aime… moi non plus, qui fêtera ses 72 ans le 14 décembre, a dédié son journal intime, Munkey Diaries. La première partie, publiée ce 3 octobre, chez Fayard, s’égraine de 1957 à 1982.

« J’ai écrit mon journal à partir de 11 ans, adressé à Munkey, mon confident, ce singe en peluche habillé en jockey m’a été offert par mon oncle. Gagné dans une tombola, il a dormi à mes côtés, partageant la mélancolie de l’internat, les lits d’hôpitaux et ma vie avec John [Barry], Serge [Gainsbourg], Jacques [Doillon], il a été le témoin de toutes les joies et toutes les tristesses, doté d’un pouvoir magique, il n’y avait aucun vol d’avion, aucune hospitalisation sans sa présence. Papa avait dit : “Peut-être qu’au paradis, c’est Munkey qui nous accueillera, bras ouverts !” Kate, Charlotte et Lou avaient ses vêtements sacrés dans leurs bagages, sans quoi les voyages étaient impensables. »

Avec lui, Jane évoque sans fard ses jours et ses nuits. Elle raconte notamment ses doutes de jeune femme de 18 ans, qui va épouser son premier mari, le compositeur John Barry, un homme dont elle est follement amoureuse. Mais Jane couche aussi sur le papier des paroles très crues, celles d’une maman qui, en juin 1967, se pose bien des questions sur son comportement : « J’adore John, c’est pour ça que je trouve si difficile de lui dire qu’il est marié à une obsédée sexuelle, écrit-elle. J’ai Kate, qui est un trésor. […] Comme j’aimerais ne plus penser au sexe, mais j’ai seulement 20 ans et je l’ai seulement fait pendant deux ans, dont une année pendant laquelle j’étais enceinte et où il ne voulait pas me toucher, je ne l’ai fait qu’avec John et je parie qu’il a été comme moi avant, mais il a pu se débarrasser de tout ça avec Ulla, ce qui est une gifle pour moi parce qu’elle était si évidemment sexy et pleine de tentations. […] S’il me disait avoir été infidèle, je mourrais, je serais tellement jalouse de cette foutue fille, je la tuerais, oh oui je suis sûre que je le ferais. »


La jeune maman, qui souffre d’un manque cruel de confiance en soi, quitte pourtant son époux, sa fille, Kate, sous le bras, et se retrouve un beau jour à Paris, pour y passer une audition. C’est là qu’elle rencontre un artiste français de génie qui volera son cœur et ne le lui rendra jamais. 

Voilà les pensées que celui qui se considérait comme un poète maudit lui inspire alors : « Tellement de choses se sont passées depuis que j’ai rompu avec John, confie-t-elle à Munkey. Je viens tout juste de terminer un film appelé Slogan, en France. Il y a un homme que j’aime dedans et son nom est Serge Gainsbourg. Il a une allure très bizarre, mais je l’aime, il est si différent de tout ce que je connais, assez dégénéré mais pur en même temps. »

Dans un passage encore plus direct, en 1968, la jeune actrice raconte sa virée au bras de Serge, à la recherche d’un hôtel de passe pour y passer la nuit ! Après avoir failli se faire agresser dans une rue sombre par quatre dames ne supportant pas la concurrence, le couple choisit un hôtel sordide de Pigalle où, dans un premier temps, le gardien refuse de les laisser entrer en raison de l’apparence très juvénile de Jane. Finalement, après avoir parlementé et montré les papiers de Miss Birkin, les voilà dans une chambre, moins émoustillés par leur transgression qu’ils ne l’auraient cru : « “Joue la prostituée”, a dit Serge. Alors j’ai retiré mes bas noirs et mon porte-jarretelles. J’étais horrifiée de voir qu’il n’y avait vraiment rien dans la pièce à part le lit double et un bidet, même pas une télé ou quoi que ce soit, il était posé contre le mur, pas d’évier pour se laver les mains, juste de quoi se laver “ça”, il était très sale et le robinet gouttait, ploc, ploc, ploc, c’était le seul bruit. Mais c’était ce que je voulais, jouer la pute sordide, alors je me suis allongée sur le lit. Il était humide, je ne m’étais jamais couchée sur un lit humide avant, tu peux choper une pneumonie en une demi-heure. J’ai essayé d’avoir l’air sexy et je me suis demandé si le matelas avait des tiques. »

Jane raconte aussi à son complice comment, en 1972, elle a décidé de relooker son homme. Comme il a les pieds plats, elle lui offre des « chaussures douces comme des socquettes » trouvées chez Repetto, lui interdit le port des chaussettes, impose celui d’une « veste de gentleman » pour aller avec ses jeans et le convainc de ne pas se raser de trop près. L’égérie de Serge complète sa panoplie par un attaché-case trouvé chez Vuitton, accessoire auquel elle fera subir un traitement de choc. « Je l’avais enfoncé un soir par jalousie, écrit-elle, par jalousie pour je ne sais quelle fille. Il ne l’a jamais réparé, il aimait qu’il porte des cicatrices. Dedans, il avait des biffetons, des vêtements de Munkey et des lettres d’insultes. “Vous avez des yeux de crapaud électrocuté et vous m’avez coûté 1 franc, le prix du timbre”. »

Jane évoque par ailleurs la pudeur de son homme, qui ne se promenait jamais nu dans l’appartement, et avait une conception très personnelle de l’hygiène. Elle confie, stupéfaite, à Munkey : « Serge a pris un bain ! Le premier en trois mois ! […] Je ne peux pas dire qu’il y soit entré volontairement ou sans résistance, mais il l’a pris ! » Et quand elle s’étonnait qu’il ne transpire jamais, Gainsbourg rétorquait : « Je suis un pur esprit. » 

Un esprit de plus en plus embrumé par l’alcool, faisant le désespoir de Jane, qui en perd le goût de vivre : « Quand je suis triste, j’ai envie de mourir, et de sa main. » 

Elle finira pourtant par s’en aller avec Munkey, pour connaître un nouvel amour auprès du cinéaste Jacques Doillon. Mais cette peluche à laquelle elle livrait ses pensées les plus secrètes, Jane acceptera de s’en défaire en le déposant dans le cercueil de Gainsbourg, mort le 2 mars 1991. « Mon singe pour te protéger dans l’après-vie ».

Clara MARGAUX

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